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Publie le: sam, 21st juil, 2012

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Sida : l’espoir est à portée de main

Le 19e congrès mondial sur le VIH s’ouvre dimanche alors que les programmes n’ont jamais été aussi efficaces.

Par ÉRIC FAVEREAU

Après Vienne en 2010 et avant Melbourne en 2014, c’est à Washington que se tient le congrès mondial sur le sida, à partir de dimanche. Congrès énorme, comme seule la planète sida en a le secret, avec 25 000 chercheurs, médecins, activistes présents, il intervient à un moment clé dans l’histoire de l’épidémie. Car, tous les experts le disent depuis deux ans : on peut endiguer le virus, et là où les moyens – techniques, médicaux, financiers – sont mis en œuvre, l’épidémie recule en même temps que la vie des malades s’allonge. Mais la crise financière est arrivée, fragilisant une riposte mondiale inédite.

«Prenons le tournant ensemble», c’est le mot d’ordre de ce congrès. En ouverture, un panel spectaculaire : Bill et Hillary Clinton, des dizaines de Premiers ministres, chefs d’Etat, en passant par un message d’Aung San Suu Kyi ou de la star de l’économie du développement Jeffrey Sachs, mais aussi Bill Gates, le patron de la Banque mondiale ou encore Michel Sidibé, qui préside l’Onusida. Côté français, deux ministres vont s’y rendre – Geneviève Fioraso (Recherche) et Marisol Touraine (Santé) – et, lors de la séance d’ouverture, dimanche, un message vidéo de François Hollande sera diffusé.

Mortalité. Chiffre paradoxal, jamais autant de personnes n’ont vécu avec le sida : en 2011, elles étaient 34,2 millions. Ce nombre record s’explique par le net allongement de la vie dû aux traitements antirétroviraux. Et par la baisse du taux de mortalité : – 24% l’année dernière. Le recul le plus spectaculaire du nombre de morts a été constaté en Afrique subsaharienne. Avec environ 1,7 million décès liés au sida dans le monde en 2011, nous sommes loin du pic de mortalité qui a atteint, certaines années, plus de 3 millions de personnes.

Aujourd’hui, selon l’Onusida, plus de 8 millions de malades prennent des antirétroviraux dans les pays en développement. Là encore, c’est un nombre record, en hausse de 20% sur 2010 : depuis 2004, le nombre de séropositifs disposant d’un tel traitement dans les pays en voie de développement a été multiplié par 26. En Afrique, la hausse de la proportion de séropositifs traités avec des antirétroviraux (ARV) a été de 19%entre 2011 et 2010 pour atteindre 56% des besoins.

Selon l’Onusida, 54% des 15 millions de patients ayant besoin d’antirétroviraux dans les pays pauvres et à revenus intermédiaires disposent de ces traitements. «Mais l’accès aux ARV n’est pas encore universel», a expliqué à Libération Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida, citant des problèmes d’accès à ces traitements en Asie, en Europe de l’Est et en Asie centrale. «Ces parties du monde voient grimper les décès et le nombre de nouvelles infections à un rythme très alarmant.» Il n’empêche, «une décennie de traitement antirétroviral a transformé l’infection du VIH d’une sentence de mort en une maladie chronique gérable», selon le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Réservoirs. Towards an HIV Cure, «vers la guérison du sida» : c’est le titre d’une initiative – pour le moins explicite – lancée ce week-end à Washington par l’International Aids Society (IAS), et portée par Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine. «Aujourd’hui, les traitements marchent très bien, mais ils ne guérissent pas, dit le PJean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) et pilier de cette initiative avec le National Institutes of Health (NIH), aux Etats-Unis. On vit avec le virus, mais lorsque le patient arrête son traitement le virus revient et se reproduit.»

Les raisons ? De fait, le virus reste tapi dans des réservoirs, comme les ganglions. Comment, dès lors, les vider ? Comment faire en sorte que le patient ne soit plus obligé de prendre un traitement à vie ? «Nous avons des modèles, nous avons des patients qui ont été traités quelques jours à peine après avoir été contaminés. Et bien, ces patients-là – une cohorte de 15 séropositifs – ont reçu un traitement pendant une moyenne de 2,8 ans : quand ils ont arrêté de le prendre, tout est resté parfait, tout est contrôlé», raconte le Pr Delfraissy. Un exemple à suivre. En tout cas, des pistes se dessinent, soit vers l’objectif d’une guérison complète, soit vers une guérison fonctionnelle, c’est-à-dire une situation où la personne reste séropositive mais son virus ne se reproduit plus. L’existence même de Towards an HIV Cure est un signe fort. Montrant qu’une autre page de cette épidémie, la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité, peut s’ouvrir.

liberation.fr
Eradiquer le sida : un rêve à portée de main ?

La fin de la pandémie est envisageable, sous réserve de lever encore des obstacles. À la veille de la 19e conférence mondiale sur le sida, le médecin Alain Sobel fait le point.

« Renverser la tendance de la pandémie pour parvenir à une génération libérée du sida » : tel est le thème dominant de la 19e conférence mondiale sur le sida, qui se tient du 22 au 27 juillet à Washington et qui rassemblera 25.000 participants.

Alain Sobel, ancien chef de service à l’Hôpital Henri-Mondor et désormais consultant en immunologie clinique à l’Hôtel Dieu à Paris, veut croire que l’éradication du VIH est possible. Mais pointe aussi les défis à surmonter pour y parvenir.

Voit-on le bout de la pandémie du sida ?

- Aujourd’hui, on sait interrompre la pandémie en traitant les gens atteints. L’efficacité des médicaments reste la base de la lutte contre le sida. La diffusion des traitements limite considérablement la propagation de la maladie dans les pays occidentaux, et dans certains pays africains : partout où ils sont accessibles, avec une protection sociale qui fonctionne, les patients vont bien. Ils n’ont plus de virus en grande quantité dans leurs sécrétions génitales, et ne le transmettent plus. Nous avons résolu la question qui a longtemps divisé la communauté scientifique : le traitement peut aussi servir à la prévention. Dans ces conditions, l’enjeu de l’éradication est déporté sur la question de l’accès aux soins.

En France, quels sont encore les obstacle à l’éradication du VIH ?

- En France, tous les malades sont traités, grâce à un système de protection sociale extraordinaire. C’est le seul pays au monde où le VIH est pris en charge pour tous sans exception, y compris pour les sans-papiers. Et pourtant, il reste plus de 3.000 personnes nouvellement contaminées chaque années, principalement de jeunes homosexuels. J’en vois venir un par semaine à l’Hôtel Dieu. Dans cette population, festive, parisienne, il y a même une augmentation de la prise de risque sexuelle.

L’épidémie n’est donc pas encore contenue. Et comme les gens ne meurent plus, le nombre de malades à traiter augmente. Pour y mettre un terme, nous avons plusieurs défis à relever : traiter plus de monde, valider l’hypothèse des médicaments pré-exposition sexuelle type Truvada, et dépister plus rapidement, puisque c’est au moment de la primo-infection, dans les six semaines qui suivent la contamination, que la personne contaminée est la plus contagieuse.

En matière de dépistage, des progrès ont déjà été faits…

Il y a surtout une nouveauté : les tests de dépistage rapides d’orientation diagnostique – les « Trod », dans le jargon. Ces tests sont absolument formidables ! A partir d’une goutte de sang, ils donnent un résultat dans la minute, fiable à quasi 100% à condition de le lire correctement. Ils sont actuellement disponibles dans certains centres de dépistage et points de rencontre de la communauté homo. L’association AIDES, qui a un programme ad hoc, a réalisé plus de 1.500 tests en 2012, dans des endroits très chauds à Paris (boîtes, lieux de rencontre alternatifs…), en assurant un « councelling avant-après » pour éviter que les personnes ayant un test positif ne partent à la dérive.

Il y a certes une limite : le Trod ne permet pas de dépister les autres maladies, comme l’hépatite C. Mais il est urgent d’en généraliser l’utilisation, en précisant qui le fait, qu’est-ce qu’on fait après… Exemple : peut-on le faire seul chez soi ? Faut-il fournir tous les médecins généralistes de France, qui ne voient guère plus de deux malades par an ? Pas sûr. En revanche, si on veut éradiquer la pandémie, il est indispensable de le diffuser dans les lieux à risque et de maintenir les consignes de prévention.

Autre population lourdement touchée par le sida, les Africains. La fin de la pandémie est-elle imaginable de l’autre côté de la Méditerranée ?

- Je l’ai longtemps cru mais depuis un an, j’en doute. Point positif : l’accès aux soins de la population est beaucoup plus important grâce aux différentes opérations internationales de l’OMS, de l’Unaids (programme sida de l’Onu), ou du Fond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme créé il y a une dizaine d’années et alimenté par les pays riches. Ce fond participe à la diffusion des médicaments, à la prise en charge des malades pour quelques dollars par an, au suivi logistique. Au total, plus de 3 millions de malades ont pu être traités en 2010.

En revanche, la situation reste très inégale d’une région à l’autre. Dans les Grands Lacs, la situation semble se stabiliser. Il y a des zones où la maladie est traitée comme en France. A Abidjan en Côte d’Ivoire en revanche, où la corruption est forte au sein d’une société désorganisée, la situation est catastrophique : 1 femme enceinte sur 5 est contaminée, contre 0,2 pour 1000 en France ! D’une façon générale, les contaminations sont moins nombreuses dans les pays musulmans, comme le Sénégal, où les relations sexuelles sont moins libérées. Dans les pays d’Afrique australe, dans lesquels sont souvent faits les essais thérapeutiques, la situation s’améliore également.

Alors quel sont les obstacles ?

- D’abord, l’effondrement du soutien international à ces opérations. Michel Kazatchkine a démissionné de la direction du Fond mondial en janvier pour dénoncer la baisse des dons, à cause de la crise. Autre problème, propre aux pays émergents : l’irrégularité de la prise des traitements. Là bas, les malades ont accès à trois types de médicaments : les mêmes qu’en France, financés par le Fond mondial ou les laboratoires, des génériques de très bonne qualité fabriqués en Inde ou au Brésil, et puis… des faux médicaments. Et tout cela n’est pas géré au mieux dans l’intérêt des patients, qui manquent aussi d’examens de surveillance.

Résultat : on voit apparaître des formes de VIH multirésistantes. Un phénomène récent, pas encore quantifié mais très préoccupant. Le problème ne vient pas du fait que les Africains ne prendraient pas régulièrement leurs médicaments, mais de l’abondement irrégulier des médicaments. Or il n’y a rien de pire que les ruptures de traitement pour développer les résistances. Si elles apparaissaient de façon importantes, on s’exposerait à de grosses difficultés, y compris en France, où les malades venus d’Afrique représentent la moitié des nouveaux patients. On risque de se retrouver à courir derrière des mutations génétiques virales, qui mettront un terme à tout espoir d’éradication du virus.

A moins de découvrir un vaccin…

- C’est un enjeu passionnant pour la recherche, d’autant que les découvertes servirons pour d’autres maladies. On progresse rapidement dans la connaissance de l’immunité mais nous sommes encore très loin de pouvoir distribuer un vaccins comme celui de l’hépatite B.

tempsreel.nouvelobs.com

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