D’Amadou Gueye Ngom, je garde l’image d’un pére moderne, cultivé, génèreux et ouvert aux enjeux de son époque, qui voulait tout savoir, comprendre, expliquer et démontrer.

En fait, mon artiste de pére aimait bien faire ce challenge avec son esprit, ce pari avec son intelligence.

De son vivant, je n’osais jamais lui écrire un message, aussi court soit-il, sans le lire et relire dix fois avant de me décider à appuyer sur la touche  » Envoyer » de mon ordinateur portable qu’il m’a lui meme imposé d’acheter pour non seulement être en contact permanent avec lui, mais aussi pour acquérir des connaissances.

Un dictionnaire restait  donc toujours à ma portée au cas ou je doutais une seule seconde de l’orthographe d’un mot ou d’une expression. N’empêche, il me trouvera forcément une faute soit de grammaire ou de conjugaison qu’il soulignera tout de suite en rouge avant de me répondre, quelque soit l’urgence du probléme que je voulais lui soumettre.

Pour l’écrivain, l’écriture est sacrée! L’on se doit de placer des mots et expressions justes dans leur contexte précis, sans jamais verser dans du verbiage ou extrapolation. Il se voulait trés pointu  et avait une plume raffinée surtout pour ses chroniques.

C’est d’ailleurs par la suite que j’ai pu découvrir que nombreux sont les intellectuels de notre pays  qui ne faisaient rien ou n’écrivaient presque rien de sérieux sans le porter à son attention.

L’homme était trop exigeant mais n’attendait par contre rien de personne sinon qu’à lui meme d’abord.

J’ai eu la chance de vivre avec lui aussi bien au Sénégal qu’en Floride ou je l’ai vraiment découvert.

Dans sa propre chambre où il m’a demandé de dormir alors qu’il était en vacances au Sénégal, il n’y avait rien d’autre que des livres, des stylos, des dossiers, un ordinateur, un téléphone.

Trés certainement, il voulait que je prenne gout à la lecture  comme il l’avait fait 25 ans auparavent en nous inscrivant mes fréres et moi  à la bibliothéque du centre culturel Francais de Dakar. Mon pére savait qu’on avait des points en commun.

Il me demandait souvent mon avis sur des choses auxquelles je ne savais quoi répondre au juste. Comme par enchentement, on a eu à peu prés le même parcours… mais pas la même carcasse! Il le savait un peu et avait l’habitude de me signaler que je ne pourrais jamais être comme lui parcequ’il était unique et pas ordinaire!

Figurez-vous qu’il a démarré, comble de coincidences me diriez-vous! sa toute première carrière comme enseignant, ce fut mon cas. Il a étè journaliste, moi aussi- Guéye Ngom a travaillé pour le ministère de la culture , pareil pour moi- L’artiste a étudié le cinéma; idem pour moi!

Arrivé au USA, avec le soutien du président Senghor, il a eu comme premier job, en attendant de recevoir sa bourse,  à exercer le métier de  boulanger dans une firme, ce fut aussi mon premier boulot aux USA.

L’homme avait des gouts raffinés pour toutes les cuisines du monde qu’il savait absolument faire dans ses moindres détails, mais pouvait manger n’importe quoi aussi pour ne pas déranger la sensibilité des autres. Chaque jour, il inventait une cuisine différente et me demandait de bien vouloir l’observer et l’assister au cas où il aurait besoin de petits services.

Je me souviens du jour où il était venu me voir au Michigan. Je gardais encore du couscous que m’avait emballé ma mère quand j’etais en vacances à Dakar, et que j’avais bien voulu préparer pour lui ce soir là. Malheureusement j’ai raté la sauce qu’il a lui même rectifiée. C’était du  »Mbuum » qu’il aimait bien manger en se caressant le petit ventre s’il savait que du bon thé à la menthe viendrait arroser son diner. Il lui faudra nécessairement aprés, son ice-cream ou du lait pour rester bien dans sa peau.

PA NGOM, comme l’appelaient affectueusement ses nombreux lecteurs de Seneweb avait un emploi du temps précis pour ses activités. Ses chroniques du lundi étaient capitales pour lui.

Une toute petite phrase pouvait lui prendre des heures à pondre dans son petit laptop dont il tapait fortement le clavier sans bavarder avec qui que soit dans la maison.

Ses projets étaient ambitieux, son rêve pour ce pays était noble, sa passion pour la culture partagée. En effet, sa journée commence véritablement  à 5 h du matin! Son café est déja sur place, il consulte rapidement son email, envoie ses messages et se met a lire le coran jusqu’a 6 h du matin . Le nouvel éléve s’était payé les services d’un Oustaz pour rapidement maitriser les versets et la langue arabe.

Certainement, il voulait charmer Dieu une fois qu’il sera en face de Lui en haut de son avion en partance vers l’Amérique ce Jeudi là, pour une parfaite communication bien que le Seigneur lui-même, comprend et connait toutes les langues!

Dés 8h , son chauffeur se pointe et le voila parti pour toute la journée. L’écrivain se disait critique social à juste titre car il connaissait trés bien son beau et fragile pays qu’il savait peindre et représenter dignement dans les grandes instances internationales.

L’homme avait toute sorte d’amis. Du plombier au ministre, il savait respecter et donner de la valeur à tout le monde.

Le penseur m’a confié un jour que la médiocrité n’existe pas en soi, ce sont les autres qui pourraient y enfermer la personne  dés qu’elle manque de courage ou de vigileance!

Combien de fois l’ai- je entendu au téléphone engeuler des personnalités de ce pays?

C’est dire qu’il ne savait pas garder sa langue dans la poche, et que même si sa façon de parler dérange, il ne la changerait point. L’artiste n’était pas patient du tout. Son temps est précieux et il ne rate jamais de rendez-vous.

En réalité, ce grand philosophe au coeur des enjeux de son époque n’était pas trop certain qu’il allait encore vivre longtemps. C’est pourquoi, le jour de la Tabaski, aprés avoir lui-même immolé le mouton, il nous confiait que ce sera certainement son dernier voyage sur Dakar.

S’il nous a quittés à sa grande satisfaction, c’est parcequ’il était certain que ses cinq garçons qu’il a  tous réunis à la veille de son départ sont indivisibles.

L’ancien collaborateur du président Senghor, le grand frére et homonyme d’Amadou Lamine Sall le poéte,  était heureux d’avoir un petit-fils qui porte en plus son nom . Au soir de son départ , il a serré fortement pendant longtemps contre sa poitrine, le Petit Amadou .

L’heureux grand-pére a  planifié déja un programme pour son petit-fils. Il voulait qu’il soit trés intelligent, cultivé et différent des enfants de son âge.

Sa plus grande joie était de partager son savoir. L’enseignant a fini son dernier jour avec ses pairs, ses élèves, sa famille, ses amis à la maison de la culture où il animait une remarquable conférence sur la musique. La salle était pleine de monde. Visiblement, monsieur Ngom avait beaucoup d’énergie qu’il voulait simplement vider, d’énormes connaissances qu’il voulait offrir avec plaisir et en finir ce Jour là!

Au cimetiére de Yoff où il se repose royalement, il nous donne rendez-vous pour lui restituer ce qu’il nous avait donné!

Moctar Tall Ngom
Michigan- USA
[email protected]

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