Tous ces appels à l’amnistie, à la grâce, relèvent des combines entre crocodiles du même marigot : une République qui ressemble plus à une maison close où batifole une faune politique aux mœurs légères

Amnistie, grâce pour l’un, révision du procès ou annulation des peines pour l’autre, le pays bruit depuis quelques jours de cris stridents de cigales d’un nouveau genre : des agitateurs politiques qui polluent l’atmosphère politique du pays et participent en l’aggravant, à l’affaiblissement des institutions.

Parce que, c’est quand-même si facile, si cruellement ridicule et politiquement hypocrite, que d’entonner sur tous les tons, comme des leitmotivs péremptoires, ces appels au pardon à celui qui est totalement, absolument, et le seul responsable de la situation judiciaires de ces personnalités. Nonobstant « leurs fautes » de gestion de la chose publique. 

Voilà un chef d’Etat à la recherche d’un second mandat, qui en a fait une question de vie ou de…mort politique, décide pour cela, pour cet objectif-là, de s’asseoir sur tous les principes républicains, chahute pour cela la Justice, met sur pied des Cours spéciales destinées, dit-on, à juger en mode « fast track » avant l’heure (bon d’accord y avait la cadence à accélérer) des coupables sélectionnés parmi les dizaines de grands voleurs-chapardeurs de deniers publics devant l’Eternel et nous autres mortels.

Tollés multiples d’une indignation…molle, partisane, aveugle, rien n’y fit : la messe avait déjà été dite depuis longtemps : il fallait, d’une part, sabrer le fils du vieux qui a voulu vous amener sur l’échafaud, d’autre part, dompter l’outrecuidant maire qui mettait en doute, en danger, le soutien de son parti à votre candidature. Oui, il refusait que son parti se déculotte et rejoigne le camp des défroqués politiques. Vous lui cherchez des poux, vous en trouvez bien sûr, (même s’il n’est pas le seul ; d’accord c’est faiblard comme argument), vous le jugez en mode cric crac, « joni joni » avec une cadence judiciaire hyper accélérée, pour boucler la boucle avec l’échéance présidentielle. Vous l’embastillez bien hermétiquement, vous balancez les clés du cachot, vous le dépouillez pour bien faire, de son poste et mandat de maire de la capitale… Vous faites tout ça, et il se trouve des âmes fragiles, d’une hypocrisie insolente, pour enfourcher depuis quelques semaines, depuis qu’on agite cette sucette anesthésiante nommée « dialogue national », par ci, « dialogue politique » par là, ou pour être plus juste, « dialogue entre politiciens pour huiler les conditions de conquête et de conservation du pouvoir ». C’est tout ! Il n’y a pas à nous pomper l’air, nous enfumer, avec de ridicules supposées divergences sur le président de ce futur machin, ses assesseurs, ses adjoints et patati et patata !     

Certains vont mêmes jusqu’à nous vendre des psychodrames ridicules du genre : « d’accord avec la libération de Khalifa Sall pour des raisons humanitaires et pour la préservation de la paix sociale ». Quelles imbécilités ! Raisons humanitaires, mon œil ! De quel humanisme parle-t-on ? Serait-il malade ? A l’article de la mort ? Son état de santé si dégradé pour qu’il  faille le sortir dare-dare de Rebeuss avant qu’il ne meure ? Comme ce Cheikh dont la Justice a semble t-il douté de la maladie, et surtout de sa gravité. Il ne faut surtout pas une autre mort dans nos prisons, surtout d’une personnalité comme l’ex-maire de Dakar !

Ils ajoutent avec des trémolos plein la bouche pour faire peur (tu parles !) au lion qui ne dort plus dans son Palais depuis son « coup KO au premier tour », et sa nouvelle trouvaille anglophone que tout ce que sa cour compte de faux jetons, faux-culs et autres arrivistes, reprennent dans un choeur plus psalmodié que chanté ; ils ajoutent donc que ces libérations, ces gestes de grandeur du dépositaire de notre liberté, visent « la préservation de la paix sociale » ! Ou vous avez vu dans ce pays le début seulement d’une guerre sociale ? Même au plus profond de ces affaires (Khalifa et Karim), le pays n’a jamais été au bord d’une déflagration sociale. Parce que voyez-vous, les citoyens, quelle que soit l’empathie qu’ils ont pour ces « victimes », quelle que soit l’injustice et l’inégalité de traitement dont ces personnalités politiques publiques sont victimes, au plus profond d’eux-mêmes, les citoyens se disent : ils ont quand même détourné ou mal géré l’argent publique, mais nom de Dieu, ils ne sont pas les seuls ! Où sont les autres ? Pourquoi eux et pas les autres ?

Oui, nous sommes bien en face, englué, enfoncé, dans notre société d’archaïque, de réactionnaire : le mythe du « Buur », du Maître omnipotent, du détenteur des titres fonciers de nos villes, villages, régions etc. Le « Buur » peut s’accaparer de vos terres, vous soumettre en esclavage, prendre possession de vos épouses, son excellence, et après, dans un geste de magnanimité propre aux Grands Seigneurs, vous pardonner, effacer vos fautes, nettoyer vos casiers judiciaires, vous remettre « dans le jeu » politique, ce marigot infecté de crocodiles, qui eux, sont les seuls à pouvoir chanter de peau et de couleur, en changeant juste de …marigot politique.

Ainsi va la comédie politique au Sénégal ! Des autoproclamés « société civile » veulent coûte que coûte nous faire croire qu’en République, il n’y a pas de règles, il n’y a que des combines ; qu’on peut prostituer les principes au gré des adversités du moment entre candidat à l’usufruit de nos deniers ; on justifie à postériori les manquements de la Justice qui a pris le parti du parti pris ; qui a décidé que pour exister, elle doit user d’une balance  hautement bancale mais socialement utile.

Oui, tous ces appels à l’amnistie, grâce etc. relèvent des combines entre crocodiles du même marigot trouble : une République qui ressemble plus à une maison close où batifole toute une faune politique aux mœurs légères…

Oui, pendant qu’ils continueront à amuser la galerie Sénégal, les bourses des étudiants ne seront toujours pas payées, des villages seront toujours privés d’eau et les manifestants se retrouvent dans les cachots des gendarmes ; la SNHLM peut toujours payer une bagnole à 45 briques à son président du Conseil d’administration, alors que les employés vivent avec des retards de paiement de salaires, absence de prise en charge médicale, manque de carburant ; pendant qu’un DG dégommé continue de signer des actes qui engagent la société (la Poste) et traine les pieds pour passer la main, des délinquants sexuels continuent de violer et de tuer, des chauffards de tuer sur nos routes mouroirs, des contrôles techniques-Sparadraps grâce à des pieds glissés dans les permis ; des pneus usagers qui explosent au moindre contact avec des nids ressemblant plus à ceux d’éléphants que ceux des poules.

Oui, il y a tout ça et ils amusent la galerie avec leur cirque politique. Décidément, aucun respect pour les citoyens. Mais bon, eux aussi n’ont certainement que la classe politique qu’ils méritent. Ça leur apprendra que le changement de leur vie c’est tous les sept ou cinq ans avec leur carte électorale. Entre-temps, c’est délégation de pouvoir et totale liberté pour les prédateurs !  Avec la complicité de la cohorte des « spécialistes es-enfumage»! Des nouveaux « humanistes » qui ne veulent que nous sauver des enfers que nous préparent nos politiciens…  SALAM !

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1 Commentaire

  1. Merci Demba de ce texte tres inspire par le verbe et par le fond.Vous avez catapulte d’une pelle mecanique ces voyous de la republique.Ce pays a touche le fond le jour ou il a eu la malchance d’avoir ce president dont je refuserai de Sommer le nom par degout et depit tant qu?’il sera aux commandes.

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