Les échanges récents que j’ai eus avec des amis révèlent un dénominateur commun chez les jeunes sénégalais: un sentiment général de pessimisme et d’échec.

Ils se sentent opprimés, invisibles, livrés à eux-mêmes et abandonnés par un gouvernement, une classe politique qui ne tient pas en compte leurs préoccupations.

Récemment, la presse sénégalaise diffusait une information inquiétante, 75% des jeunes sénégalais âgés de 15 à 35 ans souhaitent quitter le Sénégal.

Aucun homme politique ne s’est intéressé à cette étude pourtant réalisée par le sérieux Institut Fondamental de l’Afrique Noir (IFAN).

Aucune raison de se battre ou de s’accrocher n’est proposée à cette jeunesse perdue, désespérée.

Pendant ce temps, nous assistons à des alliances et coalitions éhontées au sein de la classe politique qui n’est ni plus, ni moins qu’une usine à consensus, un groupement d’hommes interchangeables, les Malthus des temps modernes qui défendent bec et ongles leurs acquis : une rémunération faramineuse au détriment d’un peuple en détresse, la mise en place d’institutions qui n’ont pour autre finalité que de permettre aux compagnons politiques de bénéficier d’une retraite dorée…

Ils cherchent à asseoir leur plan diabolique: arracher des mains du peuple sa légitimité en le réduisant au silence. Par tous moyens, ils essayent d’obtenir du peuple une renonciation pure et simple à son droit démocratique le plus sacré : le vote. A chaque échéance électorale, nous constatons avec amertume l’accroissement du taux d’abstention.

A tous ces jeunes sénégalais qui ont substitué leurs diplômes par un commerce informel,

A tous ces doctorants sénégalais qui ont préféré être vigiles ou travailler dans la restauration en occident plutôt que regagner un pays qui ne leur offre aucune perspective professionnelle,

A tous ces jeunes étudiants qui ont été obligés de se priver de nourriture afin que soit entendu leur droit à passer des examens,

A tous ces enseignants sénégalais qui ont fait don d’eux-mêmes pour un Sénégal meilleur,

A tous ces jeunes sénégalais qui ont été amenés à mettre un terme à leurs études sans aucune qualification professionnelle,

A tous ces jeunes diplômés dont l’activité quotidienne se résume à surveiller les concours organisés par l’État, puis qu’aucun autre moyen d’insertion professionnelle ne leur est proposé,

A tous ces jeunes sénégalais qui peuplent les plages de Ngor et de Yerakh non pas par fainéantise ou par amour du sport, mais pour fuir le regard cruel d’une société qui leur rappelle constamment leur condition de « sans emploi »,

A tous ces jeunes qui sont contraints de s’enfermer dans leurs chambres à longueur de journée non pas par manque d’ambition mais parce qu’il leur est insupportable d’affronter le regard désespéré et hagard de leurs parents qui comptaient sur eux afin de prendre dignement la relève,

A tous ces jeunes reçus à la fonction publique, qui y entrent pleins de rêves et d’ambitions pour tirer le pays vers le haut et qui sont obligés de se conformer aux décisions arbitraires prises par une hiérarchie souvent peu patriotique,

A vous tous chers sénégalais, ensemble, levons-nous, redressons-nous et avançons la tête haute. Nous avons manqué manqué de chance en naissant dans une société où une infime minorité tient en otage tout un peuple, mais nous n’avons pas échoué.

Ce sont eux qui ont échoué. Ce sont les régimes qui se sont succédé au sein de notre pays qui ont lamentablement échoué. Leur échec est général puisqu’il a mis à genoux un système éducatif qui a vu naître Cheikh Anta Diop, Waldiodio Ndiaye, et l’a remplacé par un système où des individus sont prêts à manger du cirage pour briller en société, pour paraphraser Coluche.

Ce sont eux qui ont échoué en mettant en agonie un système de santé qu’ils vont bientôt euthanasier.

Ils ont échoué en transformant la Chambre du peuple en un espace de cacophonie où ne se tiennent que des discours dithyrambiques à l’égard du Président de la République.

Ils ont échoué en mettant sur notre scène politique des hommes dont l’unique mission se résume à tenir un discours flatteur au profit du détenteur du pouvoir, s’assurant ainsi que leur niveau de vie ne soit jamais ébranlé.

Ils ont échoué en se détendant au pays de Marianne et dans les émirats alors que les dépouilles de nos frères gisent sur les côtes libyennes, que la population se consume sous les feux de Madina Gounas et de Dakar, que Bettenty repêche dans la profondeur de ses eaux mères, épouses, filles avec les bras meurtris de ses braves enfants.

Il nous revient, il nous revient de porter la voix de la dissidence et de marteler la fin de la passivité.

Il nous revient l’obligation de faire face à un adversaire que constitue le système qui cherche à vider toute élection de sa substance et de la réduire en une simple formalité.

Nous avons le devoir de défendre notre intégrité professionnelle à l’image de Nafi Ngom Keita, de faire nôtre l’indépendance de la justice comme le martèle le Juge Dème, d’élever le niveau du débat politique à l’instar de Ousmane SONKO le patriote, d’avoir le courage de dire non en nous inspirant de Thierno Alassane Sall, d’accomplir notre mission avec toute la rigueur qui sied conformément aux principes de l’inébranlable Abdoul Mbaye, servir notre pays avec le même honneur que le Colonel Ndaw.

Nous devons également œuvrer dans le social, chacun à hauteur de ses moyens ou de ses capacités physiques, pour suivre les pas du valeureux Gorgui Sy Dieng.

Il est de notre devoir de militer par tous moyens, de droit, et de désobéissance si nécessaire, afin de nover l’harmattan par un nouveau vent pour que souffle sur notre Sénégal un vent d’audace, d’ambition, et de développement économique responsable et profitable à tous. Par devoir de génération.

Pour une jeunesse qui dit non à la peur qui fait fuir, et dit oui à l’appel de l’honneur.”

Ndèye Rokhaya THIAM
Une citoyenne comme une autre
Facebook: Goorgol THIAM

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1 Commentaire

  1. Il y a lieu d esperer en lisant ces lignes venant de notre jeunesse. J ajouterai à la liste le patriote Mody Niang. Je suis sûre qu’ il y en a tant d’ autre mais “ku lim jûm”.

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