Au regard de la piètre prestation des Lions face à Madagascar, les Sénégalais ont eu le sentiment de déjà vu.  La rencontre entre le Sénégal et Madagascar qui s’est soldée par deux buts partout rappelle un certain Sénégal-Japon que l’on regrette encore et encore.

Chez Aliou Cissé,les mauvaises habitudes ont la vie dure. A l’heure où l’on doit voir l’équipe passer un cap, on revit les mêmes bêtises, comme en atteste ce deuxième but malgache qui ressemble à celui pris face à l’Afrique du Sud (lors du match perdu et rejoué, lors des éliminatoires de la coupe du Monde 2018). Tout part d’une faute, l’arbitre ne siffle pas et les joueurs perdent leur concentration, la défense devient une passoire fluide pour les « Baréas ». Ou encore ce gardien Alfred Gomis qui fait une bourde d’appréciation, rappelant un certain…Khadim Ndiaye encore contre… le Japon.

Ce dimanche, le Madagascar n’a pas été excellent, c’est le Sénégal qui a été mauvais dans ses dispositions, jouant un bloc très bas et attentiste là où il devait aller à l’assaut de l’adversaire. Les Lions ont laissé les malgaches avancer, prendre confiance et installer leur jeu sans jamais frémir. Même lorsqu’ils encaissent le premier but ou encore le deuxième. Le pays hôte aurait pu obtenir plus avec un peu plus d’audace face à une équipe sénégalaise sans rigueur et complètement à la rue au niveau du milieu. Même en marquant sur « un deuxième ballon » son premier but, le Sénégal n’a pas compris qu’il pêchait dans son jeu à ce niveau-là. Et les erreurs de positionnement se multiplient comme lors qu’à plusieurs reprises on retrouve Moussa Konaté obligé d’aller sur les flancs pour chercher lui-même le ballon, alors qu’il doit être le finisseur des actions sensées venir des deux « flèches » excentrées Ismaïla Sarr et Diao Baldé. Ce dernier a été toutefois l’une des rares satisfactions sénégalaises de cette rencontre. Il aurait pu être auteur d’un doublé s’il n’avait pas été très solidaire avec Sadio Mané. L’attaquant des Reds est franchement une star utile partout ailleurs dans le monde sauf pour l’équipe du Sénégal. Ce qui amène à remettre sur la table cette « Sadio-dépendance » qui ne fait que desservir le Sénégal.

La « Sadio-dépendance » n’apportera rien. Il faut s’y résoudre.

Aliou Cissé devrait prendre exemple sur Klopp et faire vivre à Sadio Mané l’expérience du banc le temps de quelques matchs avec comme luxe des piges. Il doperait la responsabilisation de son équipe. Mais comme on le sait, Aliou Cissé s’entête et reste calfeutré dans une suffisance coutumière,  avec « ses » certitudes, lesquelles sonnent creux dans les oreilles de tout le monde sauf dans celles de ses thuriféraires qui refusent de voir la réalité en face et rêvent de miracle.   L’équipe a depuis un moment des lacunes au milieu. Avec la complicité du staff et de la fédération, l’équipe du Sénégal s’est dégarnie de joueurs de valeur au milieu sans explications plausibles. On regrette les absences de Pape Alioune Ndiaye, Henri Saivet, Papa Kouly Diop, Momo Diamé.

Idrissa Gana Guèye (même s’il était là) et Cheikhou Kouayaté sont en baisse de régime depuis quelques temps. Il faut se l’avouer. Et Cheikh Ndoye doit rester un remplaçant de luxe et confiné à un certain rôle bien défini. On connaît ses qualités et ses limites. Lorsque l’opinion réclame – à juste titre parce que connaisseur – certains éléments et qu’Aliou Cissé s’y résout, c’est pour ensuite les laisser moisir sur le banc et leur offrir que de petites piges de 5 minutes, comme en attestent les cas les exemples les plus récents : Mbaye Diagne, Amath Ndiaye Diedhiou… On revit les scenarii des éliminatoires et du mondial durant lesquels certains joueurs comme Papa Kouly Diop, Diao Baldé ou encore Famara Diedhiou ont été frustrés de cirer le banc de la sélection nationale alors que leur talent pouvait leur donner droit à plus de considération.

Mbaye Diagne est plus performant que Konaté en club et pourrait être meilleur en sélection. Mais cela, on pourrait ne jamais le savoir si Aliou Cissé s’obstiner à nous imposer son « chouchou » de toujours, qui marque un but tous les six matchs. Avec ce style de jeu et un milieu bricolé, il sera difficile de mettre en valeur des avant-centres. Aussi talentueux qu’ils puissent être.

Autres vérités dans la tanière, l’épineuse question de leadership. Et ne parlez pas de Sadio Mané. Un leader, c’est avant tout celui qui sort son équipe de situation. Cette question de leadership se fait sentir sur toutes les balles arrêtées. Il n’y a pas de tireur désigné. A chaque faute, trois à quatre joueurs se disputent le ballon et au finish il  y’a un ou deux qui en ressortent frustrés aux yeux de tous, sans que le staff ne bronche. Le pis c’est que toutes les balles arrêtées sont dilapidées parce que les spécialistes du genre ne sont pas sélectionnées pour des raisons floues et subjectives. Le seul tireur valable (Salif Sané) est confiné à une mission défensive assez prenante.

L’autre vérité concerne le duo axial « Koulibaly – Sané ». Il y a certes de la qualité, mais il faut reconnaître que la paire « Koulibaly-Kara » reste meilleure.  « Koulibaly – Sané » doit être sur solution B pas celle de base. Il faut alors se résoudre à œuvrer pour récupérer Kara Mbodj et utiliser Salif Sané un peu plus en avant. Libéré de la tache défensive Salif Sané peut apporter une peu plus de densité offensive et même exécuter  les balles arrêtées. Son utilisation actuelle est un gâchis. Il faut voir combien de buts le Sénégal prend depuis qu’on les aligne ensemble (2 contre la Croatie, 1 face à la Pologne, 2 contre Japon, 1 contre la  Colombie et 2 aujourd’hui face au Madagascar). Le duo « Koulibaly-Kara » en prenait moins.

A ceux qui demande si Aliou Cissé à un style. Je leur réponds oui. Aliou Cissé a un style, celui de prendre le temps d’écouter pour ne pas vouloir entendre. Il fait semblant d’écouter pour ensuite n’en faire qu’à sa tête. Il reprend à ce sujet les mêmes erreurs que Lamine Ndiaye et Amara Traoré (dans leur dernière moitié de leur mandat). On aime bien Aliou Cissé, mais on n’aime le Sénégal et l’Equipe nationale plus. Et il faut qu’il sache qu’il n’a plus droit à l’erreur. Le temps de grâce est révolu pour lui et pour la fédération. Il faut dès aujourd’hui se donner les moyens d’aller chercher le trophée continent en 2019. Et a ce sujet seul le Sénégal compte.

Cheikh Mbacké SENE, journaliste et écrivain, auteur du livre « Lions de la Téranga: vérités et contre-vérités sur les échecs répétés 2003-2013 »

 

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