L’histoire de l’incorruptible policier, Amul Yaakaar est si peu ordinaire dans notre pays, qu’elle y  a été relatée par plusieurs journaux ces derniers jours. Elle a même été relayée au-delà de nos frontières par entre autres Rfi et Le Monde Afrique tant elle semble rare sous nos cieux. Mais, contrairement à nombre de mes concitoyens qui s’en sont réjouis, je me suis senti mal à l’aise en plus d’avoir éprouvé une certaine honte après l’avoir parcourue. Dès lors moult interrogations et inquiétudes me sont passées par la tête. Non que je veuille minimiser le comportement ô combien exemplaire du policier dans notre société où la confiance, devenue une denrée rare de nos jours, déserte de plus en plus les relations interpersonnelles. Non que je refuse de voir cet ilot de lumière dans un archipel enténébré. Non que sa médiatisation me dérange…tant s’en faut. Mais simplement parce qu’elle constitue en même temps une sorte d’anathème, un discrédit jeté sur une profession dont l’importance et la nécessité ne sont plus à discuter quand il s’agit de la sécurité, de la cohésion et du bon fonctionnement d’un pays. De plus, quand ce qui aurait dû être la règle semble devenir l’exception, surtout dans un corps professionnel censé faire régner l’ordre et préserver la sécurité d’une société, c’est qu’il y a de quoi s’inquiéter pour cette dernière.
Je me dis toutefois pour me rassurer qu’il existe certainement plusieurs autres Amul Yaakar au sein de nos services de l’ordre. Ils sont juste restés discrets ou sont méconnus ou moins médiatisés que lui. Mais il y a quelque chose qui me fait penser que si tel était le cas, du moins au niveau de la circulation, les gens le sauraient puisque dara du umpe si dëkk bi. Du coup, je reste d’autant plus dubitatif et confus que ceux qui prennent les routes régulièrement chantent souvent la même antienne. Ils peignent une image peu glorieuse de la plupart des nombreux agents de la paix qu’ils rencontrent sur leurs chemins. Certaines vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux, montrant quelques-uns d’entre eux pris en flagrant délit de corruption ne les démentent pas. Mais ce qui m’inquiète le plus c’est que si beaucoup d’agents de la paix se laissent corrompre aussi facilement, toute honte bue, au vu et au su de tout le monde pour des sommes dérisoires, qu’est-ce qu’ils ne seraient pas capables de faire à l’abri de regards indiscrets si on leur proposait des sommes colossales? Le comportement de beaucoup d’entre eux n’est pas sans rapport avec l’augmentation du nombre de morts sur les routes vu qu’un billet de banque peut dispenser le chauffeur qui accepte de le donner de certaines visites techniques obligatoires ou du respect du code de la route.
Il faut tout de même signaler que dans un pays normal, où les institutions fonctionnent convenablement, le comportement d’Amul Yaakaar serait peut-être passé inaperçu. Parce qu’il n’y a rien d’extraordinaire qu’un fonctionnaire payé par le contribuable fasse son travail en toute honnêteté pour le bien de l’intérêt général. Tout au plus aurait-il fait l’objet d’une note de bas page dans le livre de l’histoire des policiers affectés à la circulation. Mais si de nombreux textes sont consacrés à Amul Yaakaar, c’est parce qu’il constitue une sorte d’oasis de probité dans un désert de malhonnêteté. Ce qui est symptomatique de quelques-unes des maux dont souffre actuellement notre société : la corruption et l’absence de confiance grandissante d’une population envers son service de l’ordre.
Mais il ne faut pas oublier que le poisson pourrit toujours par la tête. Dans un pays où nombre de dirigeants, devenus riches à milliards du jour au lendemain, ne peuvent pas justifier leur fortune colossale, où l’avoir et le paraître tendent à se substituer à l’être, tous les moyens sont bienvenus pour devenir riche. C’est aussi important de noter qu’être policier et être consciencieux et honnête ne sont pas antinomiques. Comme d’ailleurs toutes les autres professions. Même s’il en existe quelques-unes où l’on est plus exposé à la corruption que d’autres.
Bosse Ndoye
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