Le Dg de l’Armp, qui aurait dû partir à la fin de ce mois, a pu trouver auprès du chef de l’État un bâton de secours qui lui permet de se fixer indéfiniment à son siège. Cela, sans même informer le Conseil de régulation, organe de contrôle de l’Armp qui avait, semble-t-il, finalisé le processus de remplacement du Dg sortant.

Juste le lendemain du jour où Le Quotidien faisait état de son parachute doré à l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), le directeur général de cette structure, M. Saër Niang, se fait offrir un bonus encore plus juteux, dans des conditions qui laissent pantoises plusieurs personnes au sein de la structure. En effet, le Président Macky Sall a signé le vendredi 24 février dernier le décret 2017-349, qui prolonge le mandat du directeur sortant de l’Armp. Le premier article du décret qui n’en compte que deux stipule que ledit mandat «est prolongé jusqu’à la finalisation de la réforme institutionnelle en cours, relative à la transformation de l’Armp en une Autorité de régulation de la commande publique».
Le second article est assez ironique en ce qu’il charge, entre autres autorités, «le président du Conseil de régulation… de veiller à l’exécution du présent décret». L’ironie est que, vérification faite, aucun membre du Conseil de régulation ne semble avoir été informé de la décision de prolongation. D’autant plus surprenant, le Conseil de régulation était arrivé au terme d’un processus de sélection du Dg qui devait succéder à Saër Niang dont le mandat était arrivé à son terme depuis la fin du mois de décembre 2016. Le Dg sortant avait excipé de l’argument de Mme Nafy Ngom Keïta pour se voir accorder un rab de 3 mois. Le fameux argument consiste à dire que si la date de sa nomination était le début du mois de janvier, sa prise de fonction effective est intervenue à la fin du mois de mars, et par conséquent, on devait considérer la fin de mars comme l’expiration de son mandat.
Mais il faut croire que la direction de l’Armp est une planque dont seuls des «inconscients désintéressés» de la trempe de Youssou Sakho pouvaient accepter de sortir de gaieté de cœur. Et Saër Niang n’est pas de la même eau. Il a pu «vendre» à Macky Sall l’idée que lui seul serait en mesure de conduire à bien le processus de transformation de l’Armp en une Autorité de régulation de la commande publique (Arcp). Le rapport de présentation du décret souligne que la création de l’Arcp se justifie par le besoin de rationaliser le «dispositif institutionnel régissant la commande publique, caractérisé par une certaine dualité fonctionnelle des organes qui le composent».
Le document de la Primature estime que l’on se trouve en face d’institutions dont les fonctions pour la plupart du temps se dédoublent. Le Premier ministre avait mis en place un Comité de réflexion sur la rationalisation des organes de la commande publique (Crocp) «pour réfléchir à l’organisation et au fonctionnement des différents organes et de formuler toute recommandation destinée à la rationalisation desdits organes», et ensuite «le cas échéant, s’inspirer de l’expérience des pays dont le système de gestion de la commande publique peut servir de référence»…
Tous ces points, ainsi que d’autres, pour arriver à la conclusion que ces modifications institutionnelles en cours «imposent» de maintenir à son poste le Dg actuel.
Ce faisant, le président de la République et son gouvernement ont mis de côté le travail mené jusque-là par le Conseil de régulation. Comme dit plus haut et confirmé par certaines sources, la sélection du remplaçant du Dg sortant était achevé et le nom de l’heureux élu devait être soumis au chef de l’Etat aussi vite que son calendrier le permettait. Et ledit élu était aussi informé. On peut donc d’ici imaginer son état d’esprit en apprenant que M. Niang et le chef de l’Etat ont pris tout le monde de vitesse.
Pis encore, le décret ne fixe pas de limite de temps au mandat de Saër Niang, car il lui laisse la latitude de continuer aussi longtemps que dure le processus de «finalisation de la réforme». En d’autres termes, si Saër Niang, qui dispose déjà à son poste de salaire et avantages exorbitants, décidait de faire traîner ledit processus pendant 4 ans par exemple, personne ne pourrait le déboulonner, car sa mission ne serait pas encore achevée. Mieux, et c’est ce qui choque encore plus les membres du Conseil, ce décret 2017-349 est venu passer outre le processus de renouvellement de leur organe. De la même manière que Saër Niang a terminé son mandat, certains membres du Conseil de régulation devraient aussi faire leurs adieux. Certains auraient même annoncé publiquement qu’ils ne souhaitaient pas voir leur mandat renouvelé. Et tous attendaient de la tutelle qu’elle désigne d’autres personnes pour les remplacer. Or, non seulement Macky ne les a pas consultés pour prolonger le mandat de Saër Niang, mais en plus, il ne semble pas se préoccuper des conditions de fonctionnement de ce Conseil, dont les membres se demandent qui va partir et qui va rempiler.

Source: lequotidien.sn

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