VIDÉO – Ils étaient poursuivis pour violences aggravées à la suite de la bagarre survenue à Orly en août. Les deux stars, surnommées «les petits bourgeois du clash» par le procureur de Créteil, encouraient jusqu’à 10 ans de prison.

Trois minutes de bagarre, deux rappeurs médiatiques et des fans hystériques ravis d’assister à ce règlement de compte. Ce mardi, le tribunal correctionnel de Créteil a condamné les rappeurs Booba, 41 ans et Kaaris, 38 ans à 18 mois de prison avec sursis. Ils comparaissaient avec neuf autres prévenus pour violences aggravées avec circonstance aggravante à la suite d’une rixe générale survenue à l’aéroport d’Orly, le 1er août dernier. Dans ce qui est devenu le feuilleton de l’été, les deux stars du rap encouraient jusqu’à 10 ans de prison et 120.000 euros d’amende.

 

Début août, Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, croise à l’aéroport son ancien poulain, Okou Armand Gnakourzi, plus connu sous le nom de Kaaris. Ils se rendent, chacun de leur côté, à Barcelone pour des showcases, accompagnés de leur garde rapprochée. Les deux hommes, proches depuis la fin des années 2000, ont collaboré sur plusieurs projets musicaux. Mais depuis mars 2014, l’entente entre eux n’est plus au beau fixe. Le «Duc», surnom de Booba, n’a pas pardonné à son protégé de ne pas avoir pris position dans les conflits qui l’opposent avec d’autres rappeurs, à savoir La Fouine et Rohff. Kaaris lui répond en l’attaquant directement lors d’un freestyle diffusé sur la radio Skyrock: «T’es numéro un donc je n’ai pas le choix, je vais attendre que le soleil soit assez haut dans le ciel que tous me voient tuer le roi.»

Vols retardés, 50.000 euros de dégâts

Après de multiples pics virtuels, à grand renfort de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, l’affrontement prend corps dans le hall d’Orly. Pendant trois minutes, les deux bandes rivales s’échangent coups de pied et uppercuts entre les rayons d’une boutique de duty free, à l’aide de flacons de parfum subtilisés, devant des dizaines de passagers apeurés. Plusieurs vols sont retardés. La facture pour le gérant de la boutique est salée: 50.000 euros de dégâts.

 

Une fan de Booba, au tribunal de Créteil le 6 septembre, avec un tee-shirt «Libérez le duc», surnom de Booba.

Déférés devant le juge après leur garde à vue, Booba et ses six acolytes sont placés en détention provisoire à Fleury-Mérogis, tandis que l’équipe du rappeur de Sevran (Seine-Saint-Denis) est envoyée à Fresnes. Ils y restent jusqu’au 24 août, contre le paiement d’une caution de 30.000 euros. Le 6 septembre, les deux équipes se retrouvent à nouveau sur le banc des prévenus. Pendant plusieurs heures, la présidente et les juges assesseurs tentent de comprendre qui est à l’origine de la violente mêlée, devant une salle d’assise réquisitionnée pour l’occasion et bondée de jeunes venus assister au dernier show de leur star préférée.

«Ces petits bourgeois du clash ont imposé un spectacle indigne et dégradant»

Le procureur de la République de Créteil

«Je n’ai pas eu le choix, j’ai dû me défendre», répètent-ils inlassablement. Mais la version de la légitime défense plaidée jusqu’à tard dans la nuit par la défense de Kaaris peine à convaincre le tribunal: «Ça fait cinq ans que ça dure, sur les réseaux sociaux, les piques…» «Donc ça devait inévitablement finir comme ça?», lui rétorque la présidente. La vidéosurveillance penche néanmoins en sa faveur, puisque Booba, «roi de l’embrouille» selon le procureur, apparaît, à travers les images, comme l’auteur du premier coup, après avoir apostrophé son ennemi d’un aimable «Lève toi sa***e». Des propos que le rappeur assume. Ce qui fait dire au représentant d’Aéroport de Paris (ADP), constitué partie civile: «J’ai entendu très peu de regrets ce soir.»

 

«Ces petits bourgeois du clash ont imposé un spectacle indigne et dégradant», regrette le ministère public, avant de requérir un an de prison avec sursis pour les stars du rap et des peines de 6 mois avec sursis à 10 mois de prison ferme pour leurs proches. «C’est une bagarre de cour de récréation, de hall de gare, que vous avez à juger et que nous avons à défendre», reconnaît à la nuit tombée l’avocat du «Duc», Maître Le Bras.

Les deux stars ont en tout cas réussi la promotion de leurs derniers singles, boostés par ce que Maître Le Bras qualifie d’«enfantillages». Les deux rappeurs devraient donc aussi assurer leurs prochains concerts, dont celui de Booba à l’U Arena le 13 octobre prochain

Repondre

Please enter your comment!
Please enter your name here