Outre-Rhin, la crainte d’un divorce sans accord est particulièrement forte, notamment en raison des conséquences sur l’économie allemande, au bord de la récession.
Ce n’est pas parce que le pire des scénarios est possible qu’il ne faut pas chercher jusqu’au bout à l’éviter. Telle est, en substance, la position d’Angela Merkel sur le Brexit. La chancelière allemande l’a redit aux côtés de Boris Johnson face à la presse, mercredi 21 août, à l’occasion de la première visite à Berlin du nouveau premier ministre britannique, en fonctions depuis le 24 juillet.

Pour Mme Merkel, un « accord négocié » avec le Royaume-Uni est encore possible « dans les trente jours ». Y compris sur le « backstop », cette clause destinée à prévenir le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord, prévue dans le traité négocié par Theresa May avec l’Union européenne (UE), mais que rejette son successeur. Pour Boris Johnson, le « backstop » est « antidémocratique » et risque de maintenir « indéfiniment » le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE. D’où sa volonté de renégocier le traité de retrait, au risque de parvenir à un Brexit sans accord à la date butoir du 31 octobre.
La chancelière allemande n’est pas fermée à une discussion sur le « backstop ». Elle a toutefois rappelé que celui-ci avait été prévu pour un délai de deux ans, le temps que le Royaume-Uni et l’UE définissent leurs nouvelles relations. « Mais on peut peut-être arriver à trouver [une solution] dans les trente prochains jours, pourquoi pas… », a-t-elle ajouté.
La position de Mme Merkel n’est pas une surprise. Outre-Rhin, la crainte d’un « Brexit dur » est particulièrement forte, notamment en raison des conséquences qu’une sortie sans accord du Royaume-Uni de l’UE pourrait avoir sur l’économie allemande, au bord de la récession.
Berlin n’entend pas pour autant donner le sentiment de laisser Londres mener la danse. D’où l’appel lancé par Mme Merkel à M. Johnson, mercredi, lui demandant d’expliciter avec une « clarté totale » la façon dont il envisage la future relation de son pays avec l’UE.
Tout en reconnaissant que le délai de trente jours proposé par Mme Merkel était « serré », M. Johnson, qui doit être reçu jeudi par Emmanuel Macron à l’Elysée, n’a pas eu d’autre choix que d’accepter cette main tendue. Ce qu’il a résumé en trois mots prononcés en allemand aux côtés de Mme Merkel : « Wir schaffen das » (« Nous y arriverons »), la fameuse formule employée par la chancelière allemande, le 31 août 2015, en pleine crise des réfugiés.

Après le Brexit sans accord, Londres menace de stopper « immédiatement » la libre circulation des personnes
En cas de Brexit sans accord le 31 octobre, le gouvernement britannique a annoncé lundi 19 août vouloir mettre « immédiatement » fin à la libre circulation des citoyens européens. Cette position constitue un durcissement de la part de Londres.

L’ancienne première ministre Theresa May, à qui Boris Johnson a succédé le 24 juillet, prévoyait en effet une « période de transition » même en cas d’absence d’accord de divorce avec l’Union européenne (UE), permettant aux citoyens européens de se rendre au Royaume-Uni, d’y travailler ou d’y étudier sans démarches particulières. La liberté de circulation des personnes permet aux citoyens européens de voyager et séjourner librement au sein des pays de l’UE. Elle est l’une des quatre libertés fondamentales du marché unique, avec la libre circulation des capitaux, des biens et des services.

Une porte-parole du 10 Downing Street a précisé lundi les intentions de M. Johnson. « Par exemple, nous introduirons immédiatement des règles plus strictes en matière de criminalité pour les personnes entrant au Royaume-Uni », a-t-elle fait savoir, précisant que les autres changements immédiats en vue de la mise en place d’un nouveau système d’immigration étaient « en cours d’élaboration ». Elle a rappelé que Boris Johnson souhaitait introduire un système à points, sur le modèle de l’Australie.

Le Monde

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