« Évite ceux qui se cherchent des amis pour conserver un statut social ou pour ouvrir des portes qu’ils n’ont jamais pu approcher. » Paolo Coelho.

Les dix millions de francs CFA que notre Ministre de l’économie aurait offert au lutteur à Modou Lô après sa victoire sur Gris Bordeaux ont de quoi donner à réfléchir sur les rapports de plus en plus problématiques de certaines autorités politiques de notre pays avec des célébrités. Le phénomène n’est pas nouveau mais il prend de l’ampleur. Il est devenu si grave qu’on ne peut plus ne pas en parler même si, pour ma part, pour l’instant, je préfère le faire sur le mode du conditionnel. Car avec les TIC, la dictature de l’instant, la culture du « buzz » et du scoop », nombre de nos « journalistes » et «citoyens-journalistes » qui agissent grâce à la facilité que procure le net, préfèrent transmettre une information douteuse à la vitesse de l’avion plutôt que de la donner d’une manière fiable, avec des sources sûres, au pas de l’âne. Ces rapports avec les célébrités du pays n’est, me semble-t-il, que l’expression de l’image dégradée, en chute libre, des politiciens auprès du peuple. Le respect qui leur était accordé s’est même effondré au fil du temps du fait de plusieurs facteurs, y compris les conditions douteuses de la nomination de certains d’entre eux depuis la présidence d’Abdoulaye Wade, les nombreux scandales qu’ils traînent, leur incompétence et amateurisme. Redorer leur image est-il encore possible? Certes, il fait bon sens que pour retrouver ce paradis perdu, comme disait Milton, que ces politiciens se lient d’amitié avec les idoles des jeunes. C’est cela qui, sans doute, explique les nombreuses audiences accordées par des politiciens, à commencer par le premier d’entre eux, à des lutteurs, chanteurs, footballeurs et marabouts ou faux marabouts en vogue. Toute occasion est bonne pour qu’ils soient notamment reçus au palais de la République. Il n’est même pas rare de voir des ministres se flatter en public, y compris à la télévision, de leur amitié, prétendue ou réelle avec des lutteurs, joueurs ou chanteurs célèbres comme pour remonter en sympathie auprès du peuple. A la lumière de ces évolutions, on peut dire qu’un changement dans leurs rapports est en train de se produire, car dans le passé, ceux-ci étaient plus distants. Tout au plus parents ou amis du même quartier pouvaient-ils se glorifier d’avoir des liens de parenté ou de voisinage avec des autorités politiques. Ce qui change, c’est que désormais ce sont les ministres ou députés, du moins certains d’entre eux, qui tentent de s’afficher avec des amis lutteurs, footballeurs, chanteurs etc… Est-ce le signe d’une dégradation de la classe des politiciens ou la preuve de leur capacité à s’adapter aux circonstances, par opportunisme? De toute évidence, les temps changent, et il faut en prendre acte. Cela dit, force est d’affirmer que Modou Lô, tout grand champion qu’il soit, n’est pas la personne la mieux indiquée à qui le ministre  doit offrir cette somme d’argent, si l’information est vraie. Puisque nous tous savons combien notre pays compte des gens qui manquent de tout. Au surplus, l’école sénégalaise est à l’agonie et les services de bases, notamment l’assainissement, sont plombés par des pénuries et des inondations. Même si l’argent sort de la poche d’Amadou Bâ, ce qui est à vérifier, le geste, s’il était fait plus discrètement, aurait été moins « choquant ». Mais quand on cherche à plaire au peuple (potentiel électorat) et à occuper les médias constamment, tout est occasion pour faire la une des journaux, surtout quand on est en mal de popularité, comme c’est le cas des membres d’un gouvernement aux abois….

 

P.S : article de leral.net :

Le ministre Amadou Ba offre 10 millions à Modou Lô

Ndoye Bosse

Montréal

[email protected]

Auteur de : L’énigmatique clé sur l’immigration; Une amitié, deux trajectoires; La rançon de la facilité.

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