Avant même la fin de la demi-finale conclue par une déroute (7-1) face à l’Allemagne, à Belo Horizonte, les supporteurs brésiliens ont exprimé leur courroux et leur désolation. 64 ans après la défaite en finale du premier Mondial organisé en 1950 sur leurs terres, les Brésiliens revivent un nouveau drame collectif. Propos de supporteurs recueillis au stade Mineirao, dans la capitale du Minais Gerais.

Luis Villamarin, 51 ans, venu avec sa femme et son fils : « La véritable face du Brésil apparaît désormais clairement. C’est le pays de Monsieur Lula, de Dilma (Rousseff), c’est le pays du mensonge. Le pays ne va pas bien, je n’en dirai pas plus. Les problèmes d’avant le Mondial vont réapparaître. C’est un sentiment de honte et cela dépasse les absences de Neymar et de Silva, notre football traverse une mauvaise période. Luiz Felipe Scolari, c’est un coach de la vieille école, on ne peut plus réussir comme ça. »

Andrea, 35 ans : « C’est terrible. Je suis Brésilien, ça fait longtemps que je regarde les Coupes du monde et je n’ai jamais vu ça. C’est la pire génération de toute l’histoire du Brésil. Je pense que l’Allemagne sera championne du monde. Je quitte le stade (avant le coup de final), car c’est impossible que l’on revienne au score. Contre le Chili, le Brésil avait déjà mal joué. On s’était qualifié grâce à la chance. C’était aussi serré face à la Colombie. Le Brésil avait l’habitude d’avoir des bons joueurs, Rivaldo, Romario, Bebeto, Ronaldinho, là il n’y a personne. Je n’avais jamais vu une génération aussi faible. Je serai tout de même en Russie pour la prochaine. »

Khauan Canola, 15 ans : « On a quitté le stade parce qu’ils commençaient à y avoir des disputes dans les tribunes, entre supporteurs brésiliens. J’ai honte… en trente minutes. Chez nous, à la maison. C’est le pire match de l’histoire du Brésil. Je crois que sans Neymar et Thiago Silva, c’était difficile. »

Rafael Reis, ingénieur de 30 ans, maillot jaune sur les épaules : « C’est la fin. C’est fini. Pour les Brésiliens, il n’y a rien d’autre que la victoire. On voulait gagner cette Coupe du monde. La 3e place, ce n’est rien. On n’en a rien à faire. Ce soir, il y aura un mélange de colère dans le pays et la sensation que tout est fini. Je suis venu avec des copains depuis Rio donc je tiens à profiter quand même de la seconde mi-temps. On n’a rien changé à notre style et l’Allemagne a travaillé pour exploiter nos failles. Je ne comprends pas… »

Maria Carolina, 26 ans, venu avec son petit ami et une copine. Billets volés avant la rencontre, ils n’ont pas assisté au match : « On sent de la révolte, de la tristesse. Je pensais qu’il était possible que le jeu soit serré. Mais là… Prendre 5 buts en une demi-heure chez nous. »

Pedro Sala, 22 ans, venu de Sao Paulo, a acheté le billet le 8 juillet (pour 1 000 reais, soit environ 332 euros), à 5 heures du matin : « Je pense qu’il faut un grand changement dans le football brésilien en général. Felipao (Scolari) avait l’habitude de coacher il y a dix ans. Mais là, Fred était le seul à jouer devant et les ballons n’arrivaient pas. Je pensais que l’on gagnerait 2-1 ou que l’Allemagne gagnerait sur le même score. Le retour à Sao Paulo va être dur je pense.
Les élections pour Dilma Rousseff et son gouvernement vont être très difficiles. jusqu’à maintenant, les Brésiliens ne pensaient qu’au foot, plutôt qu’à des hôpitaux et à l’éducation. On va se rendre compte qu’il y a de beaux stades, mais pas d’écoles, ni d’hôpitaux… Ce match peut être un bon moment pour changer beaucoup de choses. Je suis resté en seconde mi-temps par respect. On ne peut pas abandonner l’équipe. Le match à Brasilia va être une rencontre pour l’honneur. Si l’Argentine perd face aux Pays Bas, ce sera un grand match. »

Enrique Mafio, 35 ans, collier de barbe, maillot du Brésil sur les épaules et drapeau brésilien autour du cou : « Les Allemands méritent de gagner, ils ont été meilleurs depuis le début. Mais leurs quelques supporteurs faisaient plus de bruit que le stade de 70 000 personnes. C’est une honte : les gens ici ne sont pas de vrais supporteurs. Ce ne sont pas des fans de foot, ce sont des fils à papa fortunés qui ont pu s’offir ces billets. Ce sont des fils de pute. Je suis déçu par ceux qui sont censés représenter ce pays.

Nous sommes quintuples champions du monde, on a gagné en 2002 contre les Allemands en finale de Coupe du monde. Mais la majorité des gens dans le stade aujourd’hui ne l’ont sûrement jamais su. Maintenant il y a deux possibilités : ou nous profitons de cette défaite pour nous améliorer, en sachant que nous ne sommes pas les meilleurs. Ou nous ne le faisons pas. Et alors nous sombrerons et ne verrons plus jamais le football que l’on a connu. »

lemonde.fr

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