Que d’aria !  Que de tristesse ! Que d’amertume ! Que d’impuissance ! Que de regrets !   Que de confusion ! Que de piètres scènes politiques savamment orchestrées pour se défendre ou pour jeter l’opprobre sur l’autre.

Encore les démons de la violence que l’on pensait s’être retiré momentanément de l’espace public avec la fin de la crise scolaire ont rejailli à nouveau de façon brutale de leur profonde cachette ténébreuse aux senteurs de l’enfer pour façonner l’actualité de la pire manière qu’il soit.

Cette fois, les démons ont pris en possession l’esprit d’un gendarme qui a fatalement tiré sur un jeune étudiant de l’Université Gaston Berger de Saint Louis du nom de Mouhamadou Fallou Sene complètement désarmé.

Comment un gendarme censé protéger les citoyens se permet-il de tuer dans une Université en violation des francises ? En France, le Vendredi 23 Mars 2018, lors d’une prise d’otages perpétré dans le Sud-Ouest de la France par Redouane Lakdim, un Français d’origine marocaine de 25 ans, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame s’était livré à lui en échange de libération des otages. Il a succombé malheureusement suite à ses blessures. En donnant sa vie,  ce gendarme a sauvé celle des otages conformément à son devoir.  Il aurait pu ne pas le faire en se soustrayant de son devoir de gendarme à mettre sa vie en danger au nom de la république. Il ne l’a pas fait. Il a choisi d’être gendarme jusqu’au bout. Une profession délicate, de risque, de don de soi à la république et à ses concitoyens.

Cependant  au moment où on parle de cette bavure  macabre de ce gendarme anti –modèle qui a conduit à la mort de Mouhamadou Fallou Sene dont personne ne doit être fier ni la république ni les gendarmes ni les citoyens, un officier de la gendarmerie a montré  une autre manière de maintenir l’ordre en nouant un dialogue citoyen avec les étudiants qui  manifestaient leur colère légitime.

D’après les comptes rendus de la presse, de source de la légion de la gendarmerie de Saint Louis, le commandant du peloton sur le théâtre des opérations a tiré sur les étudiants pour dégager ses hommes qui étaient encerclés et pris en tenaille par les étudiants.

La vie d’un gendarme vaut-il plus que celle d’un étudiant ? Doit-on comprendre par-là aussi que les forces de sécurité et de défense ont le droit de mort et de vie sur d’honnêtes citoyens non armés qui manifestent leur courroux ?. Or les gendarmes ont comme mission principale entre autres d’assurer la sécurité aux citoyens  et la défense du pays contre l’agression extérieure d’où qu’elle vienne.

 

La mort successive d’étudiants dans les francises des Universités de Dakar et de Saint Louis ne doit pas être considérée comme un épiphénomène ou une brise qui passe qui ne deviendra jamais un ouragan. Les forces de sécurité et de défense ont l’organisation, la logistique, l’art de la guerre et les armes avec elles. Ce que ne détient pas le peuple des étudiants.

La répression systématique de toute manifestation, héritage d’un l’Etat colonial brutal sans pitié doit céder sa place au dialogue citoyen cinquante-huit ans après de notre accession à l’indépendance nationale. Cette culture de répression est omniprésente et s’illustre par le nombre de morts de simples citoyens que les forces de sécurité et de défense ont provoqués dans notre histoire.

Pour rappel, le citoyen n’est plus taillable et corvéable comme à l’époque coloniale. Cette époque est révolue. Nous avons fait beaucoup de progrès malgré l’importance de ce qui reste à faire. On est désormais entre sénégalais dans un pays indépendant depuis 1960. Ce pays nous appartient à tous. Personne n’a le droit dans un Etat de droit de brimer gratuitement autrui sans répondre de ses actes fut il gendarme ou policier ?

Dans un Sénégal de tous et pour tous, personne n’a le droit de priver de l’ombre du baobab Sénégal au plus faible des citoyens. Aussi, personne ne devra se sentir si faible au point de renoncer à son droit d’être à l’ombre de notre baobab.

Paradoxalement, pendant que nous déplorions tous sans distinction la mort de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sene causée par un tir d’un gendarme dans l’enceinte de l’Université Gaston Berger de Saint Louis, un autre officier de gendarme nous donne l’espoir et des raisons de croire en l’humanité et en sa capacité de surmonter les problèmes par le dialogue. Cet officier a fait montre d’un  sens élevé du droit et de respect  de la liberté de manifester  inscrite dans notre constitution. Son comportement doit être enseigné dans les écoles de formation de la gendarmerie pour servir d’exemple.

On dit que Mouhamadou Fallou Sene avait faim. Il n’avait plus de ticket pour payer ses repas à l’instar de tous ses camarades de l’Université Gaston Berger de Saint Louis qui n’avaient pas perçu leur bourse. Ils étaient tous dans la même situation. Dans ce cas, force est de constater que le jeu de la solidarité agissante notoire entre étudiants était indubitablement crispé par cette dèche partagée par tous. Donc, quand ils sont tous dans la même situation, personne ne peut aider personne. La seule chose qui reste à faire c’est aller chercher de quoi manger.

Située en périphérie de la ville de Saint Louis, l’Université Gaston Berger n’offre aucune alternative de choix aux étudiants en de pareilles circonstances au risque de mourir de faim. Dans ce contexte, où peuvent-ils à trouver à manger pour calmer leur faim ? C’est naturellement dans les restaurants de l’Université. Pour y accéder, il faut payer son ticket. Avec quoi les étudiants allaient-ils payer leur ticket alors qu’ils n’ont pas perçu leur bourse ?

En somme, l’étudiant Mouhamadou Fallou Sene voulait tout simplement manger sans payer à l’instar de tous les étudiants qui attendaient leur bourse qui n’arrivait pas encore dont ils ne pouvaient situer le niveau de parcours administratif. Car il n’y a eu aucune communication de la part des entités impliquées dans la bourse en direction des étudiants. Ce silence coupable a fonctionné comme un tison qui a alimenté le feu dans l’esprit et les cœurs des étudiants.

C’est dommage ! En conséquence, la Direction des bourses doit mettre en place un système de porte parolat pour améliorer sa communication. Si les étudiants étaient informés à temps utiles de la situation de leur bourse, ils n’auraient pas agi de la sorte mêmes s’ils avaient faim et dépourvus d’argent.

Ce qui semble inacceptable pour les citoyens, d’ailleurs même pour les étudiants, c’est le fait de les préparer à manger moyennant de payer le ticket alors que tout le monde sait qu’ils n’ont pas perçu leur bourse puis de les interdire l’accès au restaurant et de manger sur la base d’une information reçue faisant état qu’ils ont décidé de manger sans payer. Or le montant de la restauration des étudiants aurait couté  3,7000000 francs.  Pour cette modique somme, par un manque de discernement et de sens élevé de l’être humain, un jeune étudiant est mort, laissant derrière lui une veuve et un enfant en détresse et une famille meurtrie par la douleur des circonstances qui l’ont conduit de vie à trépas.

Depuis la mort de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sene ce 15 Mai 2018, des hommes et des femmes politiques défilent chez le domicile du père à Patar pour lui présenter leurs condoléances.  Les partisans du pouvoir regrettent et brandissent le limogeage du recteur de l’Université et du directeur du CROUS.  L’opposition et les étudiants  crient au scandale du siècle.

Au total, les autorités doivent se saisir de cette opportunité malheureuse et déplorable pour apporter les reformes qui s’imposent tant aux niveaux des forces de sécurité et de défense qu’aux niveaux des procédures de paiement des étudiants et de la communication. La bourse est vitale surtout pour les étudiants en provenance des régions issues de familles pauvres et sans soutien.

Que vive l’étudiant !

 

Par Baba Gallé DIALLO

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