XALIMANEWS: Le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) a obtenu des données inédites qui révèlent comment Isabel Dos Santos, fille de l’ancien Président de la République, a siphonné les caisses de l’Angola. Diamant, énergie, mines, banque, téléphonie, médias, vente aux détails, immobilier, …brasseries de bière, rien n’a échappé à la razzia. Un braquage sans précédent sous l’aile protectrice de «papa Président » comme l’a relaté Libération quotidien dans son édition de ce 21 janvier.

Elle a offert au monde une magnifique légende, celle d’une personne autodidacte, devenue la femme la plus riche d’Afrique, grâce au travail acharné. Lors d’apparitions publiques au printemps 2017, Isabel dos Santos, alors à la tête de la société pétrolière d’État angolaise, Sonangol Group, était aux côtés des stars hollywoodiennes sur la Côte d’Azur ou avec des magnats du pétrole à Houston. Ce jour-là d’ailleurs, face aux pétroliers, elle n’avait pas manqué d’asséner, devant un public conquis, que les dirigeants devaient être choisis en fonction de leurs mérites. « Je suis partie de rien en gérant de petites entreprises », disait-elle presque les armes aux yeux. Frissons dans la salle.

Un conte qui se fracasse.

Elle avait juste oublié de préciser, à son public, qu’elle a été portée à la tête de Sonangol par son père, José Eduardo dos Santos, l’autocrate angolais (1979-2017). Au fil des années, «papa» lui a accordé des contrats publics, des allégements fiscaux, des licences de télécommunications et des droits d’extraction de diamants.

Elle oublié aussi de préciser, à ses interlocuteurs, que quelques heures avant sa prise de parole, elle a ouvert la voie à l’un de ses coups les plus effrontés : le paiement de dizaines de millions de dollars provenant de la société d’Etat, qu’elle dirige, à une entreprise de Dubaï contrôlée par son… partenaire commercial.

Luanda leaks ou le braquage du siècle.

Luanda Leaks, une nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij), révèle deux décennies de deals, sans scrupule, qui ont fait d’Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique pendant que l’Angola sombrait dans la pauvreté extrême. Sur la base de plus de 715. 000 dossiers financiers et commerciaux confidentiels et de centaines d’entretiens secrets, Luanda Leaks révèle un système en vogue en Afrique: des dirigeants voleurs, souvent appelés kleptocrates, associés aux membres de leur famille pour déplacer des fonds publics mal acquis vers des paradis fiscaux avec l’aide d’éminentes sociétés occidentales. De là, l’argent est utilisé pour acheter des propriétés, des entreprises et d’autres actifs précieux ; ou il est simplement caché, à l’abri des autorités fiscales et des fouineurs.

Un empire de 400 entreprises implantées dans 41 pays.

L’Icij a établi qu’Isabel Dos Santos, son mari et leurs intermédiaires ont monté un empire commercial, avec plus de 400 entreprises implantées dans 41 pays, dont au moins 94 dans des paradis fiscaux comme Malte, Maurice ou Hong Kong. Au cours de la dernière décennie, ces entreprises ont obtenu du gouvernement angolais des prêts orduriers, des contrats de travaux publics et des licences de plusieurs milliards de dollars.

Dos Santos et son mari ont utilisé leur archipel de sociétés écrans pour éviter tout contrôle et investir dans l’immobilier, l’énergie et les médias. Des documents dénichent également des entreprises liées au couple qui gèrent les frais de consultation, les prêts et les contrats avec les sociétés écrans qu’elles contrôlent dans les îles Vierges britanniques, aux Pays-Bas et à Malte.

Dans un cas identifié par l’Icij, des milliers de familles ont été expulsées de force de leurs maisons, à Luanda, sur un terrain qui faisait partie d’un projet immobilier impliquant une entreprise de dos Santos.

Des responsables du gouvernement angolais ont déclaré à l’Icij qu’ils enquêtaient pour savoir si dos Santos et ses associés avaient pillé des centaines de millions de dollars aux sociétés de négoce de pétrole et de diamants de l’État. Ces enquêtes visent un paiement de 38 millions de dollars de Sonangol à une société basée Dubaï, contrôlée par un associé de dos Santos. Un transfert d’argent ordonné quelques heures après que le nouveau Président angolais l’a licenciée de son poste de directrice générale de la compagnie pétrolière d’État.

En décembre 2019, deux semaines après que l’Icij a transmis un questionnaire au gouvernement angolais sur les transactions commerciales de dos Santos, un tribunal de Luanda a gelé ses principaux actifs, notamment des banques, une société de télécommunications et une brasserie. Le gouvernement essaie de récupérer 1,1 milliard de dollars qui, selon lui, est dû au Trésor public par dos Santos, son mari et un proche associé du couple.

99, le premier coup grâce à papa.

Le premier acte de ce pillage général est posé en 1999 lorsque le Président José Eduardo dos Santos créé l’Angola Selling Corp qui dispose d’une licence exclusive pour commercialiser les diamants angolais. Dans la foulée, il donne à une société distincte – contrôlée par Isabel dos Santos et sa… mère – une part de 24,5% dans Angola Selling Corp. Un an plus tard, le gouvernement dos Santos octroie une licence de télécommunication mobile à une société appelée Unitel. Parmi ses propriétaires et fondateurs : Isabel dos Santos.

A peine 30 ans en ce moment, Isabel Dos Santos possédait des appartements de luxe à Londres et à Lisbonne. Elle avait déjà acquis le goût du luxe : participation à des expositions d’art à Miami, des défilés de mode Dolce & Gabbana, des week-ends à Paris… Mais, est restée proche de son père. Lors des repas de famille, les deux sortaient parfois leurs guitares pour fredonner des chansons. Touchant. Les relations de «papa » ont permis à Isabel de trouver l’une de ses relations d’affaires les plus importantes: le milliardaire portugais Américo Amorim.

Une base opérationnelle à Lisbonne.

Pour gérer leur empire en pleine croissance, Isabel dos Santos et son mari ont installé une base opérationnelle dans le centre de Lisbonne, sur la chic Avenida da Liberdade, au-dessus du magasin Louis Vuitton. C’est ici qu’est logé Fudequity, le cabinet de gestion d’Isabel dos Santos. Mario Filipe Moreira Leite da Silva, un ancien comptable de Big Four PwC, a rejoint la boîte. Silva, qu’une chaine de télé portugaise a présenté comme l’un des hommes les plus puissants du pays, va devenir un précieux conseiller pour le couple mais aussi le directeur d’une dizaine d’entreprises de dos Santos.

Pour le volet juridique de ces affaires, la file à papa s’est tournée vers Jorge Brito Pereira, un éminent juriste qui était à l’époque associé avec le cabinet d’avocats Plmj, basé à Lisbonne.

Dokolo, le mari qui savait aussi se servir…

En 2005, Amorim et Sonangol concluent un accord qui donnait à Isabel et à son mari une participation précieuse dans une société d’énergie à un prix avantageux. C’était leur premier accord international majeur. En effet, le milliardaire portugais et Sonangol ont formé une société d’investissement, Amorim Energia Bv, qui a ensuite acheté un tiers de la société d’énergie du Portugal, Galp Energia.

La coentreprise Amorim-Sonangol a nommé Sindika Dokolo, l’époux d’Isabel, au sein de son conseil d’administration. Dos Santos a eu «une influence notable» sur l’entreprise, selon un rapport confidentiel sur ses avoirs préparé par ses conseillers financiers.

Un an plus tard, Sonangol a vendu 40% de sa participation dans la coentreprise à la société suisse de Dokolo, Exem Holding Ag. Le prix d’achat était de 99 millions de dollars, mais Sonangol a accepté de prêter à Exem la majeure partie de l’argent nécessaire pour conclure la vente, ne recevant que… 15 millions de dollars à l’avance. Aujourd’hui, l’opération a rapporté à Isabel dos Santos et à son époux la rondelette somme de 800 millions de dollars.

50.000 dollars pour les rideaux de madame.

En 2009, l’empire d’Isabel s’est élargi pour inclure des participations dans des banques et des sociétés de médias portugaises, ce qui lui a rapporté des millions de dollars de dividendes. A Lisbonne, elle a rénové son penthouse en duplex pour la «modique» somme de 2,5 millions de dollars. Rien que pour les rideaux, elle a dépensé 50.000 dollars. Six ans plus tard, elle a acheté un deuxième appartement, au même étage, pour 2,3 millions de dollars.

Au cours de la décennie qui va suivre, celle qui deviendra la femme la plus riche d’Afrique mettra en place des sociétés écrans dans de nombreux paradis fiscaux. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux qu’elle allait s’installer : Malte. Ce minuscule pays méditerranéen, maintenant plongé dans une crise politique à la suite du meurtre à la bombe d’un journaliste d’investigation en 2017, est connu pour l’application laxiste des lois contre le blanchiment d’argent. A Malte, dos Santos sollicite l’expertise du cabinet PwC. Elle et son mari ont utilisé une société écran maltaise, Athol Limited, pour acheter un appartement de 55 millions de dollars à Monte Carlo, selon des documents.

Un appartement de 55 millions de dollars à Monte Carlo.

En 2010, Dokolo passe aussi par deux sociétés maltaises pour acquérir une participation majoritaire dans un joaillier suisse de luxe en difficulté, Grisogono. Son partenaire commercial dans le deal était l’agence angolaise de commerce de diamants, Sodiam, qui était… copropriétaire des entités maltaises. Sodiam a aidé à financer l’acquisition en plus de prêter, à la société de joaillerie, plus de 120 millions de dollars, selon les documents de l’Icij.

A vrai dire, l’empire du couple, composé de sociétés écrans, n’a cessé de croître. En mars 2013, Dokolo et son épouse avaient déjà créé ou investi dans au moins 94 entreprises dans 19 pays. Un tiers d’entre elles étaient des sociétés écrans.

Elle contrôle tout même la…bière angolaise.

À l’âge de 40 ans, dos Santos avait accumulé des participations importantes dans les médias, les banques, l’énergie, la vente au détail etc. Elle détenait 25% d’Unitel, la société de téléphonie mobile qui s’était transformée en distributeur automatique de billets. De 2006 à 2015, l’entreprise a versé plus de 5 milliards de dollars de dividendes aux actionnaires. Isabel détenait des participations dans deux banques portugaises, Banco Bic et Banco Bpi, un groupe de communication appelé Zon multimédia et sa filiale, Zap, un service de télévision par satellite.

Elle contrôlait le plus grand producteur de ciment angolais, Nova Cimangola et s’apprêtait à lancer Candando, une chaîne de supermarchés, ou Sodiba, une société de boisson qui a lancé Luandina, la fameuse bière angolaise. Dos Santos était désormais une force économique de premier plan en Angola, ses entreprises employaient des milliers de personnes. À Luanda, les consommateurs porteront bientôt des sacs Candando, regarderaient Zap TV et siroteraient Luandina lager. Les magasins Unitel étaient partout.

En 2013, peu après avoir été nommée milliardaire en dollars, Isabel déclarait au Financial Times que son esprit d’entreprise remontait à l’âge de 6 ans, lorsqu’elle a lancé sa première société en vendant des œufs de poule pour soutenir son…papa.

Une légende de plus qui vient de s’écrouler à la face du monde…

avec Liberationonline

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