Dans un monde où les principales informations qui occupent la une des médias nationaux comme internationaux se relaient parfois à la vitesse de l’éclair, il n’est plus étonnant de voir certains événements ayant défrayé la chronique même pendant quelques heures ou quelques jours tomber aux oubliettes. Mais la ronde incessante continue puisque d’autres phénomènes surgissent pour, aussitôt, les remplacer. Le Sénégal n’échappe pas à cette mode de dimension presque planétaire. C’est ainsi que beaucoup d’affaires ou de cas, pourtant très sensibles, ayant fait couler beaucoup d’encre et de salive dans ce pays ont été aussi vite oubliés qu’ils étaient survenus. Les exemples sont légion pour l’attester.
Tiens, dans le brulant dossier du colonel Keita, on nous avait promis, pour ne prendre que ce cas, révélations, radiations, voire condamnations. Tout le monde s’en souvient. Il s’agissait d’une sensible affaire de drogue qui avait, en son temps, secoué le sommet de la police nationale. Puis, plus rien. Le temps a-t-il fait son œuvre salvatrice si on ose dire? Le fait est qu’au bout d’une certaine période on peut constater qu’aucune décision marquante n’a été prise par l’État et la fureur et les bruits des medias ont disparu. Bref, on peut dire autant en emporte le vent!
Dans un autre dossier très médiatisé, celui portant sur les révélations contenues dans le livre du colonel Ndao sur la gendarmerie et le fonctionnement de l’État ces dernières années, ce fut, là également, un feu de paille là où l’on s’attendait à voir tomber des têtes ou une remise en question de beaucoup de pratiques au cœur du pouvoir.
L’affaire Maty Mbodj – nom de ce mannequin mort dans des circonstances nébuleuses – demeure toujours non élucidée malgré tout le grand battage médiatique qu’elle avait occasionné en son temps.
En tenant compte de ces reflux dans ces affaires qui secouent la nation par intervalles plus ou moins réguliers, on peut même se risquer de considérer que, si l’on n’y prend garde, le double meurtre de Médinatoul Salam dans lequel le guide des Thiantacounes a été impliqué va connaître le même sort. Car depuis cinq ans rien ne semble bouger, et la liberté provisoire de celui-ci, qui commence à s’étirer dans le temps, est en passe de devenir définitive. Cette situation nous pousse à nous demander si c’est la notoriété du guide des Thiantacounes qui met notre justice en mauvaise posture pour qu’un procès n’ait pas encore lieu; ou si l’institution judiciaire est incompétente et frileuse; ou si l’on se retrouve dans tous ces cas de figure?
Parce qu’on a constaté cette justice à propension à trainer les pieds quand des personnalités sont impliquées dans les dossiers qui lui sont soumis. Pour étouffer certaines affaires sans que la population ne s’en rende compte, elle adopte souvent la même posture en se servant de procédés dilatoires pour noyer le poisson dans ses eaux trouble, tout en espérant que de nouveaux événements viennent faire oublier ceux qui tenaient l’opinion publique en haleine.
Cependant, il arrive parfois que l’État, la justice veuille agir. Mais en ayant peur d’affronter les gros bonnets impliqués dans certains cas. On ne reconnait plus alors cette justice, d’habitude si prompte à « envoyer à l’échafaud » une frange de la population, à s’en prendre à ces laissés-pour-compte qui n’ont ni la force ni les moyens financiers de passer entre les mailles de ses filets.
En tout état de cause, le peuple doit être édifié sur le double meurtre de Médinatoul Salam ainsi que sur d’autres grands dossiers pendants dans les tribunaux. Il a besoin d’être rassuré car il perd de plus en plus confiance en son institution judicaire. Trop d’atermoiements décrédibilisent une justice. De plus, tout comme les accusés ont besoin qu’une sentence soit dite pour faire cesser les soupçons qui pèsent sur eux – s’ils ne sont pas coupables de ce dont ils sont accusés -, les familles éplorées ont besoin que les véritables coupables soient arrêtés pour enfin mettre fin à leur deuil qui dure depuis plusieurs années. Qui plus est, ces dernières doivent se sentir très mal de vivre dans la douleur de la perte de leurs enfants pendant que leurs meurtriers vaquent gaiement et librement à leurs occupations.
Tout bien considéré, seule une opinion publique consciente et éprise de justice est capable de faire changer l’attitude de ceux qui nous gouvernent. Car comme disait Abraham Lincoln : « L’opinion publique est la clé; avec elle, rien ne peut faillir; sans elle, rien ne peut réussir… ». Mais quand la plus grande préoccupation de la majeure partie de cette opinion publique est confrontée à la résolution de ses besoins élémentaires, il est peu probable qu’elle s’insurge contre ce système inique.

Bosse Ndoye

Montréal

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Auteur de : L’énigmatique clé de l’immigration; Une amitié, deux trajectoires; La rançon de la facilité

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