Hier déjà, d’informations de sources diverses faisaient état de 54 morts par accidents, sur les routes se rendant à Touba pour le Magal. Des nombreuses vies arrêtées alors que ces personnes partaient de chez elles avec la volonté de rendre hommage à leur chef religieux, et surtout pour mieux manifester leur dévotion. Mourir sur le chemin de Dieu, y aurait-il plus belle mort ? Beaucoup de musulmans ne le pensent pas. Cependant, ces morts sur la route de Touba sont moins la marque d’une forte dévotion que le signe d’une négligence et d’un laxisme criminels. Mais malheureusement, passé le moment d’émotion, plus personne ne semble s’en émouvoir. Car il semble difficile, au fil des ans, de se rappeler d’un Magal qui n’aurait pas connu son lot de morts par accidents de la route.

Déjà, l’année dernière, la Brigade nationale des sapeurs-pompiers avait fait état, de manière officielle, en faisant son bilan, de 21 morts dus aux accidents de la route. Le lieutenant-colonel, Moussa Niang, de la Bnsp qui avait donné ces chiffres l’année dernière, avait expliqué les accidents par des causes liées entre autres, aux excès de vitesse ponctués par des dérapages et pertes de contrôle, la fatigue, la somnolence, les dépassements dangereux, le refus de certains conducteurs de céder le passage… Pour le Magal de l’année dernière, la Bnsp avait effectué 177 interventions dont 129 concernaient les accidents de la circulation. Ce qui avait abouti, pour les accidents, à l’évacuation par les pompiers, de plus de 822 victimes de la route.

Si le bilan des morts du Magal de 2016 était moindre que celui de cette année, il était néanmoins plus important que celui de 2015, qui avait enregistré 19 morts. Et il semble que chaque année, le bilan macabre des victimes de cet événement religieux s’alourdit. Car si les morts du Magal semblent plus médiatisés, parce que plus nombreux sans doute, ce n’est pas le seul moment où la route réclame un lourd tribut de pertes en vie humaine. Lors du dernier Magal de Porokhane, les accidents ont coûté la vie à 16 personnes. Le Gamou de Tivaouane, bien que moins meurtrier, a tout de même enregistré 45 accidents de la circulation, qui ont coûté la vie à 4 personnes et a fait 86 blessés plus ou moins graves. Pour être plus équitable, il faut relever que l’on n’a pas ici, donné le bilan des blessés concernant le Magal, bien qu’il soit très impressionnant.

Ces chiffres sont vite oubliés au point que l’on a l’impression que la mort lors des cérémonies religieuses nous semble banale, sinon même recherchée. Il faut en effet oser le dire, quand on voit les conditions dans lesquelles voyagent ces pèlerins. Plusieurs fois, ils s’entassent dans des camions à bestiaux, sans aucun siège sinon le plancher, pour voyager. D’autres montent sur les toits des véhicules de transport en commun, prenant tous les risques dans l’espoir d’arriver. Et ne parlons pas de ceux qui s’entassent dans des trains, dans des conditions hygiéniques à la limite du descriptible. L’essentiel dans tout cela, étant d’arriver à Touba.

Si les Forces de l’ordre se manifestent, c’est souvent pour percevoir leur dîme auprès des conducteurs, avant de les laisser poursuivre tranquillement leur route. Pour sans doute, se garantir à eux aussi, une part de paradis.

Pourtant, si ce raisonnement devait s’appliquer à toutes les fêtes religieuses, on aurait dû alors connaître le plus grand nombre de morts lors du pèlerinage à la Mecque. On se rappelle que le dernier accident survenu au Lieu le plus Saint de l’Islam l’a été en 2015. Il a compté tant de morts que jusqu’à présent, les bilans se contredisent, parce que le sujet est sensible. Là où les autorités saoudiennes parlent de 769 morts et 934 blessés, les Iraniens dénombrent 4 500 décès, tandis que des agences internationales d’information avancent jusqu’à 2 253 morts. Le Sénégal pour sa part, avait déploré 62 décès, tandis que le Mali en dénombrait plus de 400. Ces morts avaient été causés par une bousculade entre pèlerins, à Mina, vers le pont de Djamarat.

On en parle aujourd’hui parce que, quel qu’en fut le responsable, les responsables de la Mecque ont veillé à ce qu’aucun autre drame de ce genre ne puisse arriver encore. Le pèlerinage qui a suivi ainsi que celui de cette année, n’ont connu aucun décès dû à des causes autres que naturelles. Est-ce à croire qu’il y a moins de bénédiction à mourir sur le chemin de la Mecque que sur celui de Touba ?

 

Avec Le Quotidien ([email protected])

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