Dans une société où l’enrichissement illicite est assumé au sommet de l’État et l’idée que « xaalis kenn du ko liggéey da ñu koy lijanti » est si ancrée dans beaucoup d’esprits qu’elle ne semble plus choquer; où l’on promeut la fourberie et la médiocrité en nommant par exemple des transhumants accusés de détournement de biens publics à des postes clés tout en poussant à la démission un ministre intègre et en limogeant des fonctionnaires ayant fait preuve de droiture et d’honnêteté dans l’exercice de leur fonction; où l’on encourage la ruse et décourage le travail; où prospèrent souvent « le tég-deal et le dòor-marteau»; où l’esprit de parti et de famille – qui prime souvent sur les compétences dans les nominations des postes importants – prévaut sur l’intérêt général; où l’on peut dilapider l’argent du contribuable sans conséquences et sans avoir peur de devoir rendre compte à qui que ce soit; où nos dirigeants, en véritables songe-creux, ânonnent souvent des discours d’émergence pendant les populations manquent entre autres d’eau, d’électricité et de soins sanitaires normaux, il serait pour moi étonnant que les gens s’étonnent de la fuites des épreuves de baccalauréat. Car celles-ci suivent la logique de ce climat de tromperie, de ruse et de cupidité…qui règne actuellement dans beaucoup de secteurs du pays. Cette logique vicieuse pousse toujours à vouloir trouver un malin raccourci menant à la réussite ou à l’enrichissement, ou à avoir ce que l’on veut, dût-on faillir aux règles de morale, aux valeurs et aux conditions à remplir pour l’obtenir.
Cette situation n’est pas symptomatique de la maladie dont souffre notre société, elle en est juste une métastase. L’on a souvent parlé d’assises dans les domaines de la politique et du sport, mais celui qui semble en avoir besoin le plus c’est celui des valeurs, car celles-ci sont le soubassement sur lequel tous les autres reposent. Par conséquent, si elles sont branlantes, on ne peut rien fonder de solide sur elles.
S’il y a eu une fuite des sujets du bac, c’est parce qu’il y a un ou des responsables. Les élèves ne sont généralement que les derniers à qui ces fuites sont parvenues. Dans un État sérieux, après la survenue d’un tel événement, les autorités vont faire des enquêtes poussées pour retrouver le ou les coupables afin de le(s) punir, ce qui ne doit pas être très difficile. Surtout s’il y a eu – comme c’est le cas de notre pays, quelques jours auparavant – pendant le concours général, des fuites qui ont été signalées. Mais dans notre corps social malade de son cœur qui est sa justice, l’on punit parfois plus sévèrement les coupables de soi-disant de « crime de lèse-majesté » que les coupables d’homicides et de graves crimes financiers. Ce qui pousse certains à se croire tout permis.
La pire des choses qui puisse arriver à une société est d’atteindre un niveau de dégradation et de corruption tel que ses citoyens, notamment les jeunes, ne croiront plus aux valeurs et au mérite de l’effort et du travail.
Malheureusement, dans notre cher Sénégal, les médias contribuent à l’abêtissement et à la perversion…de la jeunesse en leur choisissant et en leur proposant des prétendus modèles de réussite sociale et professionnelle indignes d’être copiés, parce que loin d’être des parangons de vertu.
Il est temps qu’on se ressaisisse et qu’on sache quel genre de pays on voudrait laisser à nos enfants et quel genre de citoyens ou voudrait avoir demain pour construire notre pays. Pour ce faire, il serait bien de méditer cette pensée de Tocqueville pour ce faire: « Ce qu’il faut craindre, ce n’est pas tant la vue de l’immoralité des grands que celle de l’immoralité menant à la grandeur. Dans la démocratie, les simples citoyens voient un homme qui sort de leurs rangs et qui parvient en peu d’années à la richesse et à la puissance ; ce spectacle excite leur surprise et leur envie : ils recherchent comment celui qui était hier leur égal est aujourd’hui revêtu du droit de les diriger. Il s’opère ainsi je ne sais quel odieux mélange entre les idées de bassesse et de pouvoir, d’indignité et de succès, d’utilité et de déshonneur. »
Bosse Ndoye
Montréal
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