Entretien réalisé, en 2010, par Walf Grand-Place, alors quotidien du Groupe Wal Fadjri. Amath DANSOKHO s’y dévoile, parle de sa famille, de son engagement, de ses relations avec Me WADE. Et, dans une sorte de prémonition, le charismatique leader du PIT de l’époque y évoquait sa mort….  

On ne peut parler de politique au Sénégal sans parler de lui. À 72 ans, Amath Dansokho fait partie des hommes politiques les plus respectés pour sa constance dans ses idéaux. Ancien ministre sous les régimes de Diouf et de Wade, cet homme s’est battu toute sa vie durant pour combattre l’injustice sociale. Un combat qui lui tient à coeur au point qu’il en oublie sa santé. Malade depuis quelques années maintenant, le secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (Pit) ne sent pas bien. Même pour marcher, il a des problèmes avec des jambes enflées. De retour de Paris, le leader du Pit se confie à Walf Grand-Place. Autour du Damier, le Kédovin d’origine en pleurs revient sur sa vie, son exil, sa maladie, la mort… Confessions comme vous n’en avez jamais entendu. Un entretien qui s’est déroulé dans une ambiance pour le moins lourde avec un père de famille qui retient difficilement ses larmes dès qu’on évoque certains sujets.

Walf Grand-Place : Vous revenez de
France où vous avez subi des soins. Vous
semblez visiblement affaibli. Comment
vous portez-vous?
Amath Dansokho : Effectivement, je suis
affaibli. La motricité est difficile. Avant, pour
marcher, je risquais de tomber à tout moment.
Maintenant que je suis le régime, le sucre a
diminué. Mais, j’en avais trop dans mon sang.
Je suis rentré à la veille de la présentation
des conclusions des Assises.
Est-ce que vous suivez les prescriptions
du médecin ?
Je suis obligé. Parce que si je veux vivre
encore deux ou trois ans, il faut faire le régime.
J’ai eu la chance, on ne m’a pas amputé
la jambe. C’était possible car j’étais allé
trop loin avec un sang imbibé de sucre. Heureusement
que mes jambes deviennent de
plus en plus ferme.
Parlant de votre maladie, certains soutiennent
que vous avez fait la dialyse ?
Non ! Je n’en suis pas encore là. J’espère
que cela ne m’arrivera pas. Parce que si je
devais faire la dialyse, je me mettrais une
balle dans la tête pour ne pas emmerder les
gens.
Vous versez des larmes depuis un instant.
Qu’est-ce qui vous fait craquer. Que
craignez-vous ?
Je ne pleure pas pour ma maladie. Je n’ai
non plus pas peur de la mort. Je souhaite
vivre encore longtemps. Je le souhaite car on
ne m’a pas dit que je suis condamné à mourir
sous peu. Et puis, si tel était le cas, je l’aurais
dit. De même que si j’avais le cancer ou le
sida. Il n’y a pas de maladie honteuse.
Il vous arrive donc de penser à la mort ?
Non ! La mort, c’est le cadet de mes soucis.
Je sais que ça viendra un jour.
Nous vous souhaitons de vivre encore
longtemps. Mais si Dieu vous rappelle à
Lui un jour, que voulez-vous que les Sénégalais
fassent pour vous rendre hommage
?
Non, je ne veux pas d’hommage. Ce que le
peuple fait pour moi est largement suffisant.
Je ne crois pas qu’il ait une autre qui bénéficie
d’une affection comme la mienne. Je ne voudrais
pas de folklore, mais de la sobriété. La
population a beaucoup fait pour moi. Il faut
faire l’économie de chose pareille. Je demande
à être enterré dans la plus grande discrétion.
J’aurais aimé que ce soit à Kédougou, mais
ce ne sera pas facile pour ma femme et mes
enfants de se rendre souvent jusque là-bas
pour se recueillir sur ma tombe. Je n’ai pas encore fait de choix. Peut-être que j’opterai pour Dakar.

Vous avez récemment perdu un compagnon
en la personne de Sémou Pathé
Guèye. Que retenez-vous de cet homme ?

C’était une grande intelligence. (Il fond en
larmes).

Latif Coulibaly a fait un texte poignant
sur vous dans le journal La Gazette pour
vous rendre un hommage. Vous l’avez lu ?

Non. Je n’ai parcouru que quatre ou cinq
lignes et je me suis arrêté. Je n’ai pas
jusqu’à présent pu supporter. (Il fond à nouveau
en larmes) C’était trop fort pour moi.
C’est un proche qui m’a demandé de lire.
Mais, je n’ai pas pu. Latif est un ami. Il me
harcèle, depuis dix ans, pour que j’écrive
avec lui mes mémoires.

Il dit que vous vous êtes sacrifié pour
votre patrie. Avez-vous le sentiment
d’avoir accompli votre mission ?

Je n’ai pas fini. Je continue d’accomplir ma
mission. On n’a qu’une petite séquence dans
la vie avec ce que le destin nous donne.
Durant ces instants de lutte pour votre
patrie, avez-vous regretté des choses ?
Mon seul regret est que j’aimerais avoir
beaucoup de voix et que l’autorité et l’estime
dont je bénéficie des couches sociales se traduisent
dans l’urne. Peut-être que cela se
fera un jour. J’aurais souhaité que notre pays
se développe, se modernise le plus rapidement
possible.
Celui qui détient les rênes de ce pays est
un compagnon de longue date. Peut-on
savoir les circonstances de votre première
rencontre avec Abdoulaye Wade ?

La première fois que je l’ai rencontré,
c’est Majmouth Diop qui nous a présentés. On se trouvait au restaurant des intellectuels de l’époque, Barbier (devenu le moulin-
Rouge au Plateau). Ce jour-là, Wade était venu déjeuner à midi avec Cheikh
Anta Diop. Ils venaient tout juste de finir leur plat. Mais, notre premier contact,

c’était en 1960 au cours d’une conférence sur le
socialisme qu’il animait à Daniel Brottier en
présence de Gabriel D’Arboussier. Abdoulaye
Wade, qui vivait en France, était venu
en vacances. À la suite de sa communication,
je lui ai apporté une contradiction par
rapport au thème «socialisme et religion».
Il a souri. Ensuite, il m’a enseigné les mathématiques
économiques en 1962.

Quel genre de professeur fut M. Wade ?

Wade fut un professeur sans pédagogie
car les étudiants ne comprenaient
rien de ses cours. Il venait toujours
avec un retard de 20 mn et passait tout
son temps à parler de lui, de la politique.
Et les 10 mn qui restaient, il se
mettait à bâcler la leçon. On n’y comprenait
rien.

J’ai travaillé davantage pour son parti que
pour le mien. Je dois dire aussi qu’il s’est
constitué pour me défendre en 1964 lorsque
j’ai été arrêté.
Pour quelqu’un qui l’a côtoyé comme
vous, dites-nous deux qualités de
l’homme Wade ?
Il a un sens extraordinaire de fascination
sur son peuple. Quand il sortait dans la rue,
c’était comme s’il détenait une force surnaturelle
d’attirer les individus. Senghor et Lamine
Guèye furent certes populaires. Mais personne
n’a eu cette fusion avec la population
comme lui.

Deux défauts que vous avez remarqués
chez le Président Wade ?
La conviction qu’il sait tout et son refus de
partager l’opinion des autres. C’est le président
qui a le plus de conseillers au monde, mais on
ne se rend pas compte de leur travail. Je suis
certain qu’il aime le peuple, croit à sa grandeur,
mais il fait les choses dans le désordre. Le malheur
est qu’il est arrivé au pouvoir avec un âge
avancé et veut tout réaliser en si peu de temps.
Alors que personne n’a la chance de tout accomplir
sur cette terre. Même le prophète (Psl)
n’a pas eu cette opportunité.
On dit que jamais il ne vous emprisonnera
car vous aurez vécu des choses
fortes. Peut-on avoir une idée de ce qui
vous lie ?
Ce que Abdoulaye Wade et moi avons vécu
de fort, n’est rien d’autre que la passion pour
le Sénégal. C’est moi qui ai eu l’intuition que
le changement passerait par lui. J’ai dit un
jour : «Avec tous les défauts qu’on lui connaît,
il faut le soutenir.» C’était le chemin obligé, le
plus court du changement car aucun d’entre
nous n’avait la surface populaire requise pour
conduire le changement. Je savais que pour
cette étape de la démocratie, Wade fut
l’homme idéal. Je ne me suis pas trompé.
C’est lui qui a changé.
Je me rappelle le soir de sa victoire, on
s’est congratulé. Nous étions au Point E, debout
sur des chaises, saluant le peuple. Je ne
lui demandais pas de me confier un poste.
Wade sait que je ne suis pas du genre à me
casser devant qui que ce soit. Avant son
élection, on se voyait tous les jours. Dès que
je le quitte pour me mettre même à table, il
rappelle pour me demander de revenir. J’habitais
à Liberté 6. Mais, je faisais cinq fois le trajet
Sicap-Point E. On était viscéralement très lié.
J’ai failli perdre mon enfant à cause de lui.
Perdre votre bébé ? Comment ?
Parce que ma femme a failli accoucher dans
la rue. C’était le 25 décembre 1978. J’habitais à
Liberté 6. Samba Diouldé Thiam et moi étions
partis rencontrer le parti de Wade pour nouer
une alliance. Nous y sommes allés à 21h pour
ne quitter qu’à 5h du matin. A mon retour, j’ai
trouvé Sémou (Ndlr : le défunt Sémou Pathé
Guèye) et ma femme, en train de chercher
désespérément un taxi.On l’a amenée à l’hôpital, Le Dantec.

Et dès qu’elle a franchi le seuil de la salle d’accouchement,
le bébé est sorti dans des conditions
horribles.
Qu’est-ce qui vous a marqué chez Wade,
ce compagnon d’antan ?
Je dirais ses dons linguistiques qui font
marrer plus d’un. Il a une connaissance extraordinaire
de la langue wolof, mais aussi du
Français. Wade est dans le crâne des Sénégalais
comme il puise dans un ordinateur.
Pendant longtemps, il les a manipulés. C’est
une tête extraordinaire. Et quiconque lui nie
ses dons raconte des histoires.
Quand est-ce que vous vous êtes rencontrés
pour la dernière fois pour discuter ?
C’était le 9 novembre 2006, lorsqu’il m’a demandé,
pour la 9e fois, de rentrer dans le gouvernement.
Ce que j’ai toujours refusé. Car,
comme on ne partage pas les mêmes convictions,
je risque de me faire limoger, 24h après.
(Rires).
Etes-vous allé présenter vos condoléances
lors du décès de sa belle fille, Karine ?
Je suis arrivé à Paris le 19. D’habitude je
dormais, mais je me suis rendu dans la demeure
mortuaire. On s’est rencontré, j’ai embrassé
Viviane Wade. Elle a beaucoup
d’affection pour moi car elle sait que j’ai beaucoup
aidé son homme. Il en est de même
pour ses enfants, Karim et Sindiély qui me
considèrent comme leur oncle. En 2008,
quand j’étais hospitalisé en France, Karim m’a
téléphoné et il m’a dit : «Tonton, je suis à
Paris, il paraît que vous êtes malade, je viens
vous voir.» Il était en route pour la Chine et a
tout fait pour me retrouver. J’étais vraiment
surpris. Karim me dit que toute sa famille a de
l’affection pour moi. Et je ne crois pas que ce
soit faux.
Pensez-vous que Karim Wade a les compétences
pour gouverner un jour le Sénégal ?
La question n’est pas là. Karim Wade est un
Sénégalais à part entière. Je ne partage pas
l’avis de ceux qui estiment qu’il n’est pas Sénégalais
parce qu’il est blanc. La Constitution
ne se base pas sur des critères pigmentaires.
Elle le reconnaît comme citoyen sénégalais.
De ce point de vue, il peut être candidat. Ce
qu’on ne peut accepter, c’est qu’on dise qu’il
doit succéder à son père. Or, il nous semble
que ce dernier fait des choses qui vont en ce
sens. Mais, si les Sénégalais votent pour
Karim, je serais le premier à reconnaître sa
victoire.
Aussi, je tiens à préciser que si quelque
chose arrive à Karim, je porterais plainte
contre Abdoulaye Wade pour l’avoir poussé
dans une aventure suicidaire. Je prendrais
cette responsabilité, en tant que citoyen.
Avec Karim Wade, vous discutez souvent
de politique ?
Quand Karim est venu chez moi, c’était
pour me remercier. À Paris, il était venu s’enquérir
de mon état de santé. Pour vous dire
qu’on ne parle pas de politique.
Parlant de votre santé, il se susurre que
vous avez refusé la prise en charge médicale
qu’Abdoulaye Wade vous a offerte
pour aller vous soigner à Paris. Qu’en est-il ?
C’était en 2004. C’est vrai qu’il avait pris
toutes les mesures pour que j’aille me soigner
à Paris. Je n’ai pas refusé. J’ai apprécié. D’ailleurs,
c’est lui qui m’a appris que j’étais
presque au bord de l’effondrement. Heureusement
qu’il m’a averti. La preuve, à Paris, j’ai
perdu connaissance dans un restaurant. Je
n’ai pas pris les soins parce que je n’en avais
pas besoin dans le seul but que je suis totalement
assuré par mon épouse qui travaille à
l’Organisation mondiale de la santé (Oms).
Seulement, j’avoue que si Wade n’avait pas
attiré mon attention sur la nécessité de me
soigner rapidement, le pire pourrait arriver. Il
avait pris des mesures extraordinaires en

choisissant des médecins de niveau exceptionnel
pour s’occuper de mon cas. Mieux, il
avait demandé à ce qu’on me transporte
chaque jour mon régime, de Dakar à Paris.
Malgré les divergences politiques, Abdoulaye
Wade compatit à votre maladie ?
Tout comme moi qui ne peux parler de lui
sans verser des larmes. Je suis un humain qui
a des sentiments. J’ai de l’affection pour Abdoulaye
Wade. J’ai fait des choses avec cet
homme. Viviane m’a une fois invité chez lui.
Et dès que je me suis mis à dérouler des séquences
de ce que l’on a vécu, j’ai craqué. Je
ne lui veux pas de malheurs. C’est pourquoi
je veux qu’il parte pour son intérêt et celui du
peuple. Les sentiments existent. J’aime
Wade. Il a posé des actes à saluer. Cette autoroute
à péage est une grande œuvre. Idem
pour la Corniche. Ce qu’on ne peut accepter,
ce sont les surfacturations. Pour le cimetière,
je lui ai dit : «Si vous y touchez, les Lébous
vont se soulever.» Heureusement qu’il a suivi
mes conseils.
Au-delà de Wade, vous travaillez dans
l’opposition avec des leaders comme
Moustapha Niasse, Tanor Dieng qui ne
s’entendent pas souvent. Comment parvenez-
vous à les gérer ?
Je n’ai pas à les gérer. Ce sont de gros gaillards.
Nous travaillons ensemble parce que
nous sommes des esprits rationnels. Je crois
qu’il y a aussi le fait que nous subordonnons
tous à notre patrie. C’est une dimension partagée
qui fait que quel que soit notre état
d’âme, quel que soit ce que nous pensons les
uns des autres, on doit se mettre ensemble.
Ils se rencontrent souvent chez moi. Nous
avons souvent des hypothèses différentes. Je
ne dis pas qu’il n’y a pas de problème, mais
cela ne peut empêcher qu’ils travaillent ensemble.
Ce qu’ils font depuis 2002.
J’avoue qu’ils sont des dirigeants d’une
grande qualité qui ont occupé d’importants
postes. Tanor Dieng, par exemple, a l’esprit rigoureux
et travailleur. Niasse est une intelligence
étincelante et très cultivée avec une
culture d’Etat. Ils ont beaucoup appris sous
Senghor.
Dites-nous quels sont les défauts de
Tanor Dieng et Moustapha Niasse?
Non, je n’aime pas juger les gens.
Vous rêviez de devenir président de la
République du Sénégal ?
Cela ne m’a jamais effleuré l’esprit. Je ne
suis pas devenu marxiste pour la galerie.
C’est juste la libération de l’homme sous tous
les rapports.
Vous vivez seul dans votre maison. Où
sont vos enfants et leur maman ?
J’en ai quatre. L’aînée Yacine, une ancienne
camarade de classe de Karim au collège des
Maristes, est née en 1968. Ils vivent tous à
l’étranger et ont pratiquement terminé leurs
études en sciences politiques, sociologie, télécommunication…
Ils se nomment Adèle, Laurence, Alcalie, Elsa.
Leur maman est médecin. Elle se trouve actuellement
en mission au Tchad. Elle est l’assistante
d’Eva Marie Coll Seck. On a des boulots
différents et chacun respecte le choix de l’autre.
Je dors tout seul. Ce n’est pas prudent (Il rigole).
Quand je vais mourir ici… Comme la maison ne
désemplit pas, je n’ai jusqu’à présent pas pensé
à chercher quelqu’un pour me tenir compagnie.
Après tant d’années passées dans la politique,
c’est quoi le patrimoine de Dansokho.
Des comptes bancaires en Suisse ?
Comptes bancaires ! Je n’ai aucun sou dans
une banque du monde. J’ai deux maisons à Liberté
6 et à côté de l’aéroport que je viens de
solder. Cet appartement de Mermoz, je le loue.
Mon enfant qui étudie encore, je dois le soutenir.
Les frais de France pour ma maladie ne sont
pas gratuits. Même si on me rembourse mes
médicaments.
Peut-on avoir une idée du genre d’enfance
que vous avez eue ?

J’ai eu une enfance heureuse dans une famille
aisée et très sociale. Tous les fonctionnaires
qui débarquaient à Kédougou logeaient
chez nous. C’était une famille élargie avec un
père qui eut quatre épouses. J’y ai fait l’école
primaire. Avant d’aller faire mon entrée en 6e
à Saint-Louis, à l’école Duval. En 1951, mon
père nous a envoyés, mon frère et moi, chez
ses collègues fonctionnaires. On était dans la
maison de son ami, Mbagnick Diouf, l’oncle à
Abdou Diouf.
Pouvez-vous nous dire quel élève vous
étiez ?
Je fus remuant à la limite non-conformiste.
J’écoutais ce que je voulais savoir. Déjà au
cm2, je fus un Senghoriste fanatique. Mes
maîtres comme Macodou Diène, l’ancien footballeur
Abdoulaye Thiam, devenu administrateur
civil, peuvent en témoigner. Ils étaient
tous inquiets car au moment où mes camarades
se mettaient aux révisions pour préparer
l’examen, je suivais ceux qu’on
surnommait les va-nu-pieds à l’époque. Ensemble,
nous préparions la venue de Senghor
dans la capitale du Nord. Comme anecdote,
j’ai assisté au discours de Senghor en 1951
au cinéma Rex. Pour vous expliquer combien
je l’aimais, je lui ai serré la main jusqu’à la
porte, j’ai failli me faire écraser par la foule.
Je suis venu à Dakar après le baccalauréat.
Je me suis inscrit au département d’Economie
de l’Université de Dakar. À la première assemblée
générale, on m’a élu vice-président,
directeur de publication du journal Dakar étudiant.
Je fus tellement actif dans les mouvements
de lutte que la plupart des élèves me
connaissaient de nom. C’est à cause de cet
engagement dans le mouvement estudiantin
que j’ai arrêté mes cours. Puis, j’ai fait du journalisme
en vrac en tant que patron de ce journal.
Comme j’avais un besoin d’expression et
que je luttais contre les Français, on n’est
paru qu’une seule fois. Senghor nous a interdit
de parution à l’imprimerie Diop. Comme
solution, j’allais tous les mois à Conakry pour
faire éditer, mettre les exemplaires dans les
valises à destination de Dakar.
C’est ce qui a fait que vous n’avez
pas pu faire des études universitaires
poussées ?
Effectivement, cet incident en fait partie.
Mais j’apprends toujours. Et je n’ai rien à envier
à ceux qui ont fait des études poussées
en sociologie, histoire, économie… D’ailleurs,
j’étudie toujours. Je me cultive.
Comment êtes-vous entré en politique ?
Je suis entré dans la politique en 1949 dès
que le Bds (Ndlr : Bloc démocratique sénégalais)
est né dans l’atelier du fondateur du parti
à Kédougou. Je n’avais que 10 ans. J’entendais
parler de Senghor, le savant qui fut capable
de dire le nombre de feuilles qu’il y a
dans un arbre. Et c’est ce savoir qui fascinait
chez lui. C’est pourquoi quand je l’ai quitté, j’ai
pris la gauche.
Qu’est-ce que cela vous fait d’idolâtrer
une personne, la côtoyer puis la quitter
pour des divergences idéologiques ?
C’est une question d’évolution. J’ai su beaucoup
de choses au fur et à mesure que je
grandissais. J’avais adhéré à une idéologie.
C’est pourquoi quand je ne me retrouvais plus
j’ai intégré le Pit. Mon premier cadeau après
mon entrée en sixième fut un livre sur le communisme
offert par Mady Cissokho, le premier
ministre d’Etat du Sénégal. C’est de cette manière
que je me suis décidé à faire avancer la
démocratie et la justice sociale.
Vous avez été contraint à l’exil sous le
régime de Léopold Senghor. Racontez nous
ce que vous avez vécu au Mali ?
C’était en 1964. J’ai été arrêté pour activités
clandestines et j’ai bénéficié d’une liberté provisoire.
Je suis parti donc absent au moment
du procès. Je vivais au Mali dans la résidence
que Modibo nous avait offerte. C’est dur de
vivre loin des siens. On a annoncé ma mort.
Ce n’est qu’en septembre 1968, quand je suis
venu au congrès du Parti démocratique de
Guinée (Pdg) à Conakry que les journalistes
m’ont interviewé à l’aéroport. De 1964 à 1968,
je n’ai eu les nouvelles de personne dans ma
famille. Elle me manquait tant. L’exil peut
détruire une personne.
C’était quoi vos activités durant ces
quatre années d’exil ?
Je faisais du journalisme dans l’organe
théorique d’informations des partis communistes
dans le monde. Ce n’est pas facile.
Heureusement que je n’ai jamais été coupé
du pays car je suivais l’actualité. Même pour
manger, je me mettais à la cuisine. Je sais
faire le thiébou dieune, couscous… D’ailleurs,
c’est de là que je tiens l’habitude de faire le
marché. Tous les vendeurs de Soumbédioune,
Castor me connaissent. Je m’y rends
souvent. J’en connais les thiofs, dorâtes, mulets
et le meilleur qu’est le yaboye.
Un message à lancer ?
Je souhaite plein succès à Walf Grand-
Place  tout en renouvelant mes
longues amitiés avec Sidy Lamine Niasse
(décédé le 4 décembre 2018) qui a joué un
rôle important pour mon entrée dans le gouvernement
de Diouf. C’était lors de la crise de
1989. Sidy venait souvent me voir à mon
siège à Khar Yalla. Je prie pour que notre
pays ne connaisse jamais les turbulences
nées des mauvaises gestions.

Réalisé par Ndèye Awa LO

Walf Grand-Place

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