Le mouvement d’humeur qui affecte le Prytanée Militaire de Saint Louis ces temps- ci est révélateur du malaise qui existe, fort longtemps, dans cet établissement. Le redéploiement de dix sept enseignants dont la plupart ont cumulé au minimum vingt ans d’expérience, vers d’autres établissements n’est que révélateur d’un besoin de reforme  en profondeur.
Si l’école est crée en 1923, il a fallu attendre 1949 pour que les classes primaires soient progressivement remplacées par  celles  du cycle moyen secondaire et c’est finalement en 1973  que établissement prit le nom de Prytanée Militaire Charles N’TCHORERE de saint LOUIS (PMS).
Aujourd’hui, l’école présente une spécificité, c’est un établissement public  militaire  qui réunit  des élèves de nationalité Sénégalaise et étrangère (Mali, Gabon, Niger, Centrafrique, Tchad, Cote d’ivoire, Guinée Bissau, République de Guinée, Burkina Faso et  la France). Les textes qui le régissent actuellement datent de 1975. C’est le décret 75-266 du  12 mars 1975 qui organise le fonctionnement de l’établissement. Il est temps de réadapter ces textes au contexte actuel fait  de changements et de complexité. Le PMS n’a plus le monopole de l’excellence et l’école  est confrontée à plusieurs difficultés qu’il convient d’appréhender avec intelligence. On ne citera  ici que les  difficultés qui sont relatives au statut de l’enseignant du prytanée, des rapports entre le commandement de l’école  et la direction  des études.
Les enseignants qui sont affectés dans l’établissement sont des agents mis a la disposition du ministre des forces armées. Ils ne bénéficient d’aucun privilège.
Si certains, dans un passe récent, ont pu bénéficie de logement, ce n’est plus le cas depuis 2005, date à partir de laquelle, ce privilège a été  fortement réduit.  Le statut du professeur du PMS ne diffère  pas de celui des autres professeurs des lycées et collèges du Senegal. Dans les faits, ce sont des fonctionnaires mis à la disposition du ministre des forces armées, donc mis en position d’activité.
Cependant, dans les textes, il est bien précisé qu’ils sont détachés.

Dans le guide du prytanée qui reprend essentiel du décret 75 -266  du 12  mars 1975, il est bel et bien précisé que « l’enseignement général, identique à  celui en cours  dans les autres lycées du Sénégal est dispensé par des professeurs Sénégalais, tous détachés par le ministère de l’éducation Nationale ».

Ainsi, le professeur du PMS est légalement en position de  détachement mais ne bénéficie dans les faits d’aucun privilège émanant de ce statut.  Il est important de clarifier le statut de l’enseignant du PMS : Est-il en position de détachement ou  en position d’activité ?
Les rapports entre le commandant d’école et les professeurs et entre celui-ci et le directeur des études  influent  fortement sur les performances de l’école. Chaque fois que le commandant d’école a institué une gestion inclusive et participative qui implique toutes les composantes de l’école, il sen est suivi un climat psychologique  serein qui a impacté  positivement sur les résultats.
Le directeur des études, conseiller pédagogique, est chargé notamment de l’organisation pédagogique de l’établissement ainsi que du contrôle direct du personnel enseignant. La part de l’autonomie est relativement importante dans les métiers de l’enseignement qui suppose  une part de créativité importante.

Dans les circonstances actuelles, une forme d’autonomie plus professionnelle et plus  collective au sein l’équipe pédagogique et éducative est souhaitée. Ainsi, il devient nécessaire de revoir les rapports de hiérarchie entre le commandement militaire et l’équipe pédagogique, plus particulièrement  avec le directeur des études.

Le professeur du PMS a une obligation de résultat car étant dans une école d’excellence .Or, l’excellence a un prix. Depuis 2013, les bourses allouées aux enfants de troupes ont connu une hausse substantielle, mais les conditions de rémunérations des professeurs n’ont connu aucune avancée. Pire, certains acquis ont été même annulés : c’est le cas  des primes  du concours d’entrée au prytanée qui ont  connu, depuis 2017, une baisse aussi bien en montant qu’en nombre de professeurs mobilisés. Les frustrations sont d’autant plus fortes  que les enseignants du lycée  d’excellence de Diourbel, établissement créé récemment, bénéficient de prime de motivation, alors que l’enseignant du prytanée n’en dispose pas.

Résoudre durablement cette crise, implique d’organiser des états généraux du prytanée qui regrouperont tous les  acteurs : les enfants de troupes, les professeurs, l’encadrement militaire, les anciens enfants de troupes, les anciens directeurs d’études, les anciens professeurs, l’inspection d’académie etc.…..pour une reforme en profondeur du système actuel.

Tabouré Agne
Ancien professeur au prytanée Militaire de Saint-Louis

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