Les immigrés font souvent face à un dilemme cornélien. Pour nombre d’entre eux, le principal défi est de demeurer tels qu’ils sont dans des pays où beaucoup de choses concourent à faire d’eux « d’autres personnes». Se pose alors un combat difficile et complexe dans leur pays de résidence. Si, en cours de chemin, certains rendent les armes en se laissant happer par leur nouvel environnement au point d’oublier qui ils sont et d’où ils sont venus, d’autres, souhaitant préserver leurs us et coutumes et vivre selon les principes dans lesquels ils ont été éduqués, tiennent bon durant toute leur vie à l’étranger. Ils sont néanmoins obligés de faire quelques concessions et de jouer régulièrement les fins équilibristes en faisant le tri entre les valeurs qu’ils veulent y conserver, celles dont ils doivent se départir – parce que ne seyant pas à leurs nouvelles réalités -, et celles qu’ils désirent y adopter. Dans ce combat quotidien, la religion occupe souvent une place centrale chez beaucoup d’immigrés. En plus de les rapprocher de la divinité à laquelle ils croient, elle leur permet souvent de rester en contact avec certains aspects de leur culture et de faire face à maintes difficultés. L’univers religieux des immigrés est peuplé de différents types de croyants :
-Pour certains d’entre eux, sortir de leur pays natal a été une aubaine, une source d’illumination. L’éloignement aidant, ils ont su mettre à profit la solitude, le temps, etc. pour améliorer leurs connaissances et pratiques religieuses afin de se rapprocher davantage de leur Seigneur : l’émigration a servi de catalyseur pour leur foi!
-Pour d’autres, la distance n’a aucun impact sur leur vie religieuse. Malgré les tentations auxquelles ils peuvent faire face dans leur nouvel environnement, ils gardent toujours la même ferveur que quand ils vivaient dans leur pays d’origine.
-Pour d’autres encore, l’étranger a été le lieu de libération, voire de perdition. C’est le cas de ceux qui, quand ils vivaient parmi les leurs, avaient parfois des tendances déviantes s. Mais la peur du qu’en-dira-t-on, la pression sociale, l’absence de liberté, le fait de se sentir constamment surveillés par une communauté au sein de laquelle la frontière entre la vie privée et la vie publique n’est pas bien définie constituaient pour eux une sorte de frein. Par conséquent, dès qu’ils se sont retrouvés seuls dans un nouvel univers, ils ont donné libre cours à tous leurs fantasmes et penchants refoulés ou cachés. Leur nouvelle vie peut les mener à laisser graduellement leurs pratiques religieuses. Vient ensuite le groupe de gens que l’on considérait « corrects » lorsqu’ils vivaient dans leur pays d’origine. Mais leur manque de personnalité et la facilité à céder à la tentation et aux mauvaises influences les ont poussés à adopter d’autres attitudes et habitudes en délaissant petit à petit leurs anciennes pratiques cultuelles. Il y a aussi le money-théistes, dont la richesse à fait un peu perdre la tête. Ils changent progressivement de divinité pour n’adorer finalement que le veau d’or.
La religion n’est qu’un des constituants de la culture que l’immigré peut « perdre » progressivement pendant sa vie à l’étranger, s’il n’y prend garde. Toutefois, pour la préserver jalousement, la vie en communauté semble être un bon rempart, une bonne solution. Car les loups ne s’attaquent généralement qu’aux brebis égarées ou à celles qui s’éloignent du troupeau; et les immigrés qui veulent suivre d’autres voies – peu recommandables – font généralement tout pour couper tous les liens les unissant aux membres de leur communauté d’origine. Cependant, autant la vie en communauté peut être salvatrice autant elle est susceptible de constituer un frein à l’intégration dans le pays de résidence. Elle peut aussi être le prolongement malheureux de la mauvaise ambiance ou de certaines tares importées du pays d’origine. C’est pourquoi beaucoup ressortissants du même pays l’évitent, parce que selon eux, elle n’est que source de tracas.
Ndoye Bosse
Montréal
[email protected]
Auteur de : L’énigmatique clé sur l’immigration; Une amitié, deux trajectoires; La rançon de la facilité.

1 Commentaire

  1. Emancipation d’une religion peut aussi signifier épanouissement personnel.
    Merci d’être un peu moins doctrinaire et un peu plus objectif, M. Ndoye.

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