« La justice est une gigantesque toile d’araignée qui attrape la petite mouche et laisse passer guêpes et frelons. » J.J Rousseau –
Bien qu’ayant tristement marqué les esprits au Sénégal ces derniers temps, les affaires Amy collé, Ouleye Mané et Penda Bâ ont tout au moins eu le mérite de montrer encore une fois que la vitesse ou la lenteur de traitement et d’exécution de nombre d’affaires judiciaires dans notre pays dépend souvent de la « stature » de la personne mise en cause. Ainsi, si celle-ci est très peu influente et ne dispose que de modestes moyens financiers, son sort est généralement vite scellé et elle tombe souvent dans l’oubli. Mais dans le cas contraire, la justice a la propension à trainer les pieds comme pour jouer avec le temps et l’oubli. Elle semble envahie par une sorte de « peur » l’empêchant d’aller de l’avant pour affronter les gros bonnets impliqués dans des crimes ou délits. Dès lors l’expression justice à deux vitesses prend tout son sens. Par conséquent l’égalité entre citoyens que stipule la constitution est souvent mise à mal par cette justice.
Cela dit, dans le cas des trois femmes incarcérées, certains pourraient objecter qu’Amy Collé – que d’aucuns disent dépressive – est célèbre, même si on ne lui connait pas une « grande richesse». Je leur répondrai qu’elle n’a ni l’influence de Taib Socé encore moins la célébrité de Thione Seck ou la richesse du guide des Thiantacounes, pour ne citer que ceux-là. Rappelons-nous que ces derniers, bien qu’étant respectivement impliqués dans une affaire d’escroquerie, de trafic de faux billets et de double meurtre bénéficient encore d’une liberté provisoire qui pourrait être définitive puisque la justice ne semble pas très pressée de rouvrir leurs dossiers, contrairement aux cas des trois femmes qui ont été très rapidement arrêtées et incarcérées.
Même s’il est évident que selon leur degré de complexité, certaines affaires sont plus faciles à juger que d’autres, aux yeux des citoyens, les décisions rendues par notre justice depuis quelques années sont tout sauf rassurantes. Elles semblent toutes manipulées par des forces invisibles; ce qui conduit inexorablement au deux poids, deux mesures. Du reste, si Karim Wade a été gracié dans le grand dossier de l’enrichissement illicite, nos trois sœurs, qui n’ont ni tué ni spolié les biens publics, méritent la clémence de la justice. D’autant que leur arrestation et leur incarcération constituent non seulement une menace qui pèse sur les libertés publiques – même si on ne soutient pas ce qu’elles ont fait – mais écornent l’image de notre jeune démocratie dans le monde.
Tout bien considéré, une justice bien rendue est d’autant plus profitable à la société que l’iniquité la ruine financièrement en plus de semer la zizanie et l’insécurité qu’elle y fait naitre. Car certains de nos concitoyens n’hésitent pas à se faire justice eux-mêmes, menaçant ainsi le vivre-ensemble, pendant que d’autres prennent tout le loisir de détourner l’argent du contribuable. Ils profitent de leur position sociale et l’absence de contrôle efficace sur les fonds publics qu’ils gèrent.
Bosse Ndoye
Montréal
Momarboss@gmail.com

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2 Commentaires

  1. C’est la face hideuse de la justice sénégalaise. Cà confirme le Coran: ceux qui jugent en dehors de sa législation sont …………

  2. La démocratie commence par une justice totalement indépendante qui ne peut s´accommoder de corruption, d´injustice ni d´impunité.
    Dire qu´on est en démocratie, petite ou moyenne reste de la pure hypocrisie.
    On est en démocratie ou on n y est pas…

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