La dichotomie entre les actions menées par la BCEAO derrière ses murs pour être cohérente avec l’environnement économique et institutionnel dans lequel elle évolue et le contenu de ses communiqués continue de persister. En effet, comme ce sera le cas pour encore longtemps, les communiqués du comité de politique monétaire comme celui de juin 2018 annonceront un statu quo sur ce que la BCEAO considère comme ses instruments de politique monétaire, à savoir ses taux d’intérêt directeurs et son taux de réserves obligatoires. Nous avons déjà expliqué dans nos précédentes contributions l’impertinence de ces deux instruments pour la politique que peut mener la BCEAO. Le taux de réserves obligatoires n’est actuellement pas contraignant pour les banques dans leur ensemble et les taux d’intérêt directeurs de la BCEAO ne déterminent pas les taux du marché monétaire. Ces derniers sont bien au-dessus du taux de son guichet de prêt marginal qui ne fonctionne pas comme un guichet de dernier recours plafond du marché, son accès étant limité.

Par contre, l’action pertinente que la BCEAO est actuellement en train de mener et qu’elle ne résume pas dans son principal communiqué est la réduction relative de son offre de refinancement aux banques par rapport à leur demande pour atteindre la principale cible que lui impose son cadre institutionnel–reconstituer un niveau de réserves de change adéquat. La réduction relative de son offre de refinancement pour renverser la dynamique de financement des pertes de réserves de change qu’elle a subies de son fait a un impact sur la liquidité disponible des banques et sur leur participation au marché des titres d’états et aux crédits à l’économie. Grâce aux deux locomotives de l’UEMOA, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui ont considérablement réduit leurs émissions nettes de dettes sur le marché régional au profit des marchés internationaux, les banques arrivent à supporter la réduction du soutien de la BCEAO, financer le secteur privé, et accommoder la politique de reconstitution des réserves de change qui sont en hausse.

Cette dynamique est tributaire des stratégies d’endettement du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui vont devoir maintenir leurs présences sur les marchés internationaux jusqu’à ce que leurs déficits budgétaires soient considérablement réduits. Le Sénégal ayant été sur le marché international bien au-delà de ses besoins annoncés de financement hors UEMOA de l’année 2018, et voulant économiser une partie de cette émission pour l’année 2019 comme recommandé par le FMI, et voulant en même temps éviter d’émettre sur le marché régional comme prévu, se retrouve avec des tensions de trésorerie dans l’exécution de son budget 2018. Cette réalité s’ajoute à l’impact de la hausse des prix des produits pétroliers qui a réduit la manne financière que l’état collectait sur le dos des citoyens depuis 3 ans n’ayant répercuté que partiellement la baisse des prix internationaux des produits pétroliers en 2014-2016. Comme nous le signalions en 2016 déjà, c’est cette manne artificielle qui a disparu plutôt qu’une subvention que l’état serait en train de consentir en ne répercutant pas la hausse récente des prix internationaux sur le contribuable. Augmenter les prix serait une taxe supplémentaire pour soutenir des dépenses trop élevées.

Il va falloir avec une loi de finance rectificative choisir entre réduire les investissements ou laisser filer le déficit en utilisant la manne financière disponible ou émettre sur le marché régional au détriment du secteur privé et de la cible prévue de contribution aux réserves de change de la BCEAO. Cette dernière est en partie à l’origine de ces difficultés du fait de sa politique des 4 dernières années qui a mal utilisé nos marges de manœuvre mais ne subit aucune des conséquences de l’ajustement nécessaire. Ce n’est pas non plus de sa faute car on lui a demandé, ou elle a décidé par erreur de soutenir une politique macroéconomique qui est incompatible avec le régime du FCFA. Elle se doit de le dire au minimum dans ses communiqués pour soutenir les changements nécessaires qui semblent maintenant faire consensus.

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

1 Commentaire

  1. Ça permet de comprendre que la hausse des prix du pétrole n’est pas la cause des tensions de trésorerie mais bien la folie dépensière au détriment du citoyen.

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