De toute évidence les élites ont confisqué la démocratie. Nous vivons une crise du régime qui se manifeste par une crise de la représentation. Il y a un grand fossé entre les représentants et les représentés. C’est une ambiance dans laquelle les citoyens ne se sentent plus représentés par les politiciens. Nous évoluons toujours sous le même régime, malgré les deux alternances que le Sénégal a connues. Il n’y a aucune différence fondamentale entre le pouvoir des socialistes, celui des libéraux et de celui des républicains. Tout se déroule à l’intérieur du même régime. Ainsi, a chaque fois que le peuple a attendu un changement démocratique, il a eu une restauration oligarchique ; ceci a engendré une stagnation de notre démocratie.

La cupidité et la corruption sont les poumons du puissant régime de prédation en place depuis plusieurs décennies. Abdou Diouf avait ses dignitaires intouchables qui avaient participé au pillage sans précédent de l’économie nationale. La gouvernance du népotisme et de l’impunité a été inaugurée et codifiée par les socialistes. Abdoulaye Wade avait mis sa famille au cœur de la grande scandaleuse prédation. Il a accentué la culture de prédation laissée par les socialistes. Macky Sall a accéléré la privatisation de la République et des ressources naturelles au profit de son clan et de sa famille. La famille est citée dans les scandales du pays. C’est toujours le même groupe qui continue d’exercer sa domination sur le peuple appauvri. Donc le régime reste le même, celui d’un présidentialisme corrompu qui assure sa survie par « la politique de la corruption ». Il tolère des alternances en son sein mais s’oppose à toute alternative. S. Roman écrit dans Nous, Machiavel et la démocratie : «Le système interdit toute alternative, mais tolère et encourage les alternances. Nous avons le droit d’être en désaccord, mais nous n’avons pas le droit de changer les règles du jeu. La contestation ne peut plus être extérieure au système, elle devient du coup inoffensive ».

Il y a comme l’écrit E. Laclau dans La raison populiste, «la constitution d’un fossé de plus en plus grand entre le système institutionnel et les gens». Notre système politique est infecté par la corruption et tend dangereusement vers une berlusconisation. Les principaux leaders de la classe politique sont tous impliqués dans des scandales. Le pouvoir de l’argent détruit la démocratie. On dirait que pour faire une carrière politique, il faut voler l’argent du contribuable et procéder à une redistribution. Nous avons nos Berlusconi tropicaux. Ils pillent l’économie nationale. Les élites travaillent pour s’enrichir sur le dos du peuple. Elles travaillent à maintenir le même régime avec son lot de privilégiés. Elles pensent que tout se réduit au gain, au profit et à l’intérêt personnel et égoïste. Elles se comportent comme des loups qui accourent partout où ils flairent une proie.

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