La constitution est sacrée en Islam. Par Dr Mouhamadou Bamba Ndiaye
LA CONSTITUTION EST SACREE EN ISLAM. (DE LA NECESSITE DE LA DEFENDRE A TOUT PRIX)
L’Islam qui est une religion démocratique par essence et par excellence attache une importance capitale à la concertation, en vue d’un consensus qui doit être respecté par tous ; et c’est là , en vérité, un préalable incontournable pour la quête de la paix et du développement durable ; comme en témoigne cette importante mise en du Prophète (PSL), notre modèle et maître à penser éternel :
 - Abû Hurayra rapporte ces propos de l’Envoyé de Dieu – sur lui la grâce et la paix - : « Tant que vos princes seront les meilleurs d’entre vous et vos responsables, les plus magnanimes d’entre vous, et que vous vous consulterez pour la conduite de vos affaires, alors la surface de la terre (la vie) sera préférable pour vous. Mais lorsque vos princes seront les pires d’entre vous et vos possédants, les plus avares d’entre vous, et que vous confierez la conduite de vos affaires à vos femmes, alors le ventre de la terre (la mort) sera préférable pour vous ».
En outre, le Coran magnifie  explicitement, entre autres, ceux qui se concertent entre eux à propos de leurs affaires et qui respectent leurs engagements :
(36) Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente ; mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable pour ceux qui croient et qui placent leur confiance en leur Seigneur, (37) [ceux] qui évitent [de commettre] les péchés les plus graves, ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère, (38) [ceux] qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la prière, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, (39) et [ceux] qui, atteints par l’injustice, ripostent (selon des modalités bien codifiées). … (42. La Consultation : 36-39 – Ach-Chûrâ’)
(1) Ô les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements. … (5. La Table Servie : 1 – Al-Mâ’idah)
C’est dire que l’Islam attache une importance capitale aux lois, traités et constitutions qui sont des consensus nationaux, voire internationaux, et donc forcément des causes justes, même s’ils ne prennent pas toujours compte de certaines réalités religieuses ; c’est ainsi que pour trouver un consensus avec les mecquois d’autres confessions (juifs, chrétiens, polythéistes), le Prophète (PSL) eut même à renoncer à son titre de ‘’messager d’Allah’’ ; et vraisemblablement, c’était là la première ‘’constitution laïque’’ de l’Islam. En vérité, sans le respect de ces consensus fondamentaux, toute recherche de paix sera illusoire et aucune société ne pourra être viable ; ainsi, leur non-respect constitue un motif légitime de lutte, par tous les moyens nécessaires, comme le suggère le Coran :
… (12) Et si, après le pacte, ils violent leurs serments et attaquent votre religion, combattez alors les chefs de la mécréance – car, ils ne tiennent aucun serment – peut-être cesseront-ils ?  (9. Le Désaveu ou le Repentir : 7-12 – At-Tawbah)
En vérité, c’est la violation des pactes (ou constitutions) qui fut le principal motif de la plupart des guerres engagées au nom de l’Islam. Et certes, ces consensus sont sacrés, mais ne sont pas immuables ; ils doivent être dynamiques et donc évoluer en fonction des nouvelles réalités ; oui, des changements seront parfois nécessaires, mais ils devront forcément se faire de façon consensuelle - et donc de nos jours, par voie référendaire ou parlementaire, selon les modalités prévues, et surtout dans le respect des principes d’équité et de justice. Pas de tripatouillages !!!
Actuellement, c’est la validité de la candidature du Président Wade qui fait l’actualité et constitue, à l’évidence, une très grande menace pour la paix et la cohésion nationale ; il est donc souhaitable que nos régulateurs sociaux s’impliquent pour anticiper sur une crise qui pourrait plonger le pays dans le chaos ; et à ce titre, nos illustres chefs religieux devraient jouer les tous premiers rôles, puisqu’il s’agit là d’une question de justice ; ils doivent pouvoir s’informer et avoir un avis autorisé sur la question, afin de pouvoir entreprendre une médiation ; cela nous éviterait un arbitrage du Conseil Constitutionnel qui, dans tous les cas, sera très lourd de dangers. En vérité, l’Islam qui a pour mission essentielle de pacifier le monde, a prévu un agenda avec des mécanismes infaillibles pour la résolution de tout conflit :
(6) Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair [de crainte] que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait. [La vérification des sources est un préalable fondamental de toute médiation] … . (9) Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allah. Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables. (10) Les croyants ne sont que des frères. Établissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’on vous fasse miséricorde. (49. Les Appartements : 6-10 – Al-Hujurât)
Au demeurant, la communauté internationale gagnerait à s’inspirer de ce mécanisme de résolution des conflits proposé par l’Islam et qui préconise le combat solidaire du belligérant récalcitrant par  tous les pays, avec tous les moyens nécessaires et suffisants, jusqu’à ce qu’il s’amende ; et à l’évidence, si la résolution est respectée par tous, l’embargo  (diplomatique et ou économique) devrait suffire et nous épargnerait les interventions militaires qui sont pires que le mal qu’elles sont censées guérir –  les exemples de la Somalie, de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Libye sont là . On ferme la parenthèse !
En vérité, les oulémas accomplis qui sont les héritiers du Prophète (PSL) sont tous dotés de sagesse et détiennent de facto une expertise avérée en matière de jugement, même pour des affaires ‘’profanes’’ - Dieu n’est-Il pas le meilleur des juges ? (95. Le Figuier : 8 – At-Tîn) - ; à ce titre, le Coran rapporte l’expertise des prophètes David, Salomon (Souleymane), Moïse, Jésus, etc. ; et à l’évidence, la mise en garde suivante adressée à David garde toute son actualité :
(17) Endure ce qu’ils disent ; et rappelle-toi David, Notre serviteur, doué de force et plein de repentir [à Allah].  … (20) Nous renforçâmes son royaume et lui donnâmes la sagesse et la faculté de bien juger. … (26) « Ô David ! Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas ta passion : sinon elle t’égarera du sentir d’Allah ». Et ceux qui s’égarent du sentir d’Allah auront un dur châtiment pour avoir oublié le Jour des Comptes. (38. Çad : 17-26 – Çâd)
En vérité, Dieu a manifestement facilité la tâche à nos chefs religieux, à propos de la validité de la candidature du Président Wade, car c’est lui-même qui a déclaré que la constitution dont il est le maître d’œuvre et qu’il a verrouillée lui interdit formellement de prétendre à un troisième mandat ; de plus, son âge trop avancé ne le lui permet plus, en dépit du bilan reluisant que ressasse interminablement ses partisans – c’est là une réalité évidente ! Ainsi, le meilleur conseil que nos illustres khalifes peuvent lui donner, c’est de renoncer à son projet et de prétendre à un repos bien mérité. Et s’il s’entête, ce sera un devoir d’ordre divin de le condamner ouvertement, puis de lui mettre la pression de la manière la plus appropriée, jusqu’à ce qu’il s’amende, conformément à l’exhortation divine citée tantôt (49. Les Appartements : 6-10 – Al-Hujurât). On peut espérer qu’on n’en arrivera pas là et que ce mois béni de Ramadan qui est un moment privilégié d’introspection apportera plus de clairvoyance aux uns et aux autres pour faciliter cette noble entreprise de médiation. Et au demeurant, de rappeler aux oulémas, toutes obédiences et toutes générations confondues, qu’ils sont, au même titre que tous les autres citoyens, astreints à la législation en vigueur qui, du reste, a la primauté sur le droit islamique académique (théorique) ; dès lors, ils doivent connaître la constitution et tout l’arsenal juridique mieux que quiconque, afin de pouvoir proposer des amendements opportuns et pertinents qui, à terme, les rendront plus conformes avec les convictions de la très grande majorité de la population (plus de 95%), sans priver les minorités confessionnelles de leurs droits fondamentaux – Oui, c’est cela la démocratie ! N’est-ce pas ? Et à l’évidence, tout cela confirme la nécessité pour les oulémas de s’impliquer en politique, comme le suggère les sages propos de nos illustres maîtres : Selon Cheikh Ahmad TIDJANI Chérif – le « Sceau des Saints », celui qui n’est pas en phase avec son temps est certainement égaré ; selon Cheikh Seydi El Hadj Malick SY, celui qui renonce à la vie présente (dont la politique) perdra sa religion et risque de ne plus la retrouver ; et enfin, selon Serigne Babacar SY, les hommes politiques croient en nos prières, mais sous-estiment notre pensée, alors que les deux doivent aller de paire ; elles sont synergiques. (*)
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Docteur Mouhamadou Bamba NDIAYE
Ancien Interne des Hôpitaux de Dakar
Pédiatre à Thiès
Recteur de l’Université Virtuelle ‘’La Sagesse’’ de la Fondation Serigne Babacar SY Ihsaan – Bienfaisance (Thiès).http://sites.google.com/site/
(*) Dits et écrits de Son Eminence Serigne El Hadj Madior CISSE – Qu’Allah l’agrée !













