En dépit des slogans creux (décentralisation, déconcentration, moins d’État et mieux d’État, efficacité organisationnelle, organisation et méthode, etc.) l’organisation du travail dans l’administration sénégalaise n’a pas beaucoup évolué depuis notre accès à la souveraineté. Aucun changement substantiel, innovateur et efficace n’a été entrepris de façon déterminée pour améliorer le legs reçu de l’administration coloniale. La longueur des procédures d’engagement, de vérification et de liquidation des dépenses publiques n’échappe pas à la règle et les retards permanents enregistrés dans le paiement des bourses des étudiants en est la parfaite illustration. En effet, 20 jours se sont écoulé entre l’émission d’un bon d’engagement par la Direction des Bourses (13 avril 2018) et la remise des deux chèques à Écobank (2 mai 2018). Vingt (20) jours pour établir et valider un bon d’engagement, obtenir le visa de l’ordonnateur compétent, procéder à l’émission du mandat, établir les 2 chèques, valider ces deux chèques avant de les remettre à Écobank. Vingt (20) jours de procédures dans un monde transformé par l’usage généralisé et efficace des nouvelles technologies de l’information. Sur quelle planète se trouve le Sénégal de Macky Sall ?
La longueur de ce processus, nous renvoie à l’époque taylorienne et met en exergue le caractère inefficace, démodé, rétrograde et inadéquat du modèle sur lequel repose l’organisation du travail dans l’administration publique sénégalaise en général. En effet, le modèle bureaucratique ou mécanique hérité de la colonisation est resté en l’état dans ses grands traits en dépit de quelques réformettes. C’est un modèle qui se caractérise par la présence de nombreux paliers hiérarchiques et de multiples fonctions. C’est aussi un modèle qui fonctionne sur la base d’un processus décisionnel centralisé. Il est reconnu qu’un tel modèle ne prospère que dans un environnement stable pour ne pas dire immuable compte tenu de sa rigidité. Ce modèle est donc inapproprié lorsqu’on vit dans un environnement évolutif, dynamique, voire compétitif. Hélas, nos fonctionnaires s’y complaisent, car leur permettant de jouer leur numéro personnel et de montrer leur relative « importance » (pour leur ego).
Aujourd’hui, la réingénierie des processus de travail découlant du modèle bureaucratique actuel s’impose. La réingénierie s’entend, au sens de Hammer et Champy (2003), comme étant le processus qui vise à repenser les fondements de l’organisation du travail, à modifier radicalement l’organisation du travail, à axer les activités sur les processus et non sur les postes, les structures ou les personnes dans le but d’améliorer considérablement la performance. Concrètement, cela voudrait dire, dans le cas des procédures de paiement des bourses des étudiants (et bien dans d’autres cas), que toutes les personnes impliquées à un degré ou un autre dans ce processus, partageraient un seul et unique réseau où toutes les informations pertinentes seraient disponibles pour traiter le paiement des bourses. Chacune de ces personnes disposerait des accès limités à ses attributions (vérification, validation, autorisation, émission, etc.). Avec ce changement radical, on aura plus besoin de porter le dossier de bureau en bureau. On réduirait considérablement les délais en les ramenant de 20 jours à une journée, voire à 3 jours au maximum.
Pour faire cela, il faut avoir une vision adossée sur un courage et une détermination à toute épreuve, c’est-à-dire disposer d’une colonne vertébrale. Nul besoin de commettre l’IGE sur un problème dont on connaît les solutions et dont sa résolution ne nécessite qu’une volonté politique. Ce que, malheureusement, Macky Sall n’a pas. Les fonctionnaires des finances n’accepteront pas de gré des réformes de cette ampleur, car cela leur ferait sortir de leurs zones de confort habituelles (la routine administrative et la lourdeur bureaucratique) et leur ôterait toute possibilité de contact avec des démarcheurs de tout acabit, donc toute possibilité de magouille. Au-delà de la mort déplorable de l’étudiant Fallou Sène, le prix de l’inaction est l’agonie de plusieurs entreprises sénégalaises confrontées aux mêmes lenteurs de paiement, lesquelles risqueraient d’entraîner leur faillite, donc la perte de milliers d’emplois si ce n’est déjà le cas.
Ibrahima Sadikh NDour
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