Le président du Turkménistan nous a gratifié d’une vidéo improbable vantant ses qualités de chef de guerre.

Un pick up débarque à vive allure sur une route poussièreuse. Le tout sur une bande sonore tirée du film “Commando”, dont certains passages figurent au montage. Du véhicule à l’arrêt sort Gourbangouly Berdymoukhamedov, le président turkmène. Tant pis pour le raccord. Ce que souhaite ce président au nom imprononçable, c’est en mettre plein la vue.

Vêtu d’un treilli militaire, les yeux cachés derrière des lunettes noires, Berdymoukhamedov fait face à des militaires alignés prêts pour la démonstration. Il s’empare tour à tour de fusils mitrailleurs, d’une arme de poing, pour terminer par un lancer de couteaux sur cible silhouette. Une prouesse saluée par les applaudissements du petit auditoire qui, ensuite, va embarquer dans des hélicoptères de combat pour une petite démonstration. Le tout sous les yeux du boss.

De dentiste à “patron protecteur”
Par cette capsule vidéo postée le 1er août sur Youtube, Berdymoukhamedov se replace dans la course au classement de la meilleure mise en scène du culte de la personnalité, au sommet duquel figurent Kim Jong-un et Vladimir Poutine et sa balade à cheval torse nu. Quoi de plus normal au final pour un homme qui est s’autoproclame “Arkadag” (“le patron protecteur”) depuis son arrivée au pouvoir en 2007.

Réélu à deux reprises (2012 et 2017) avec 97,14% et 98% des voix, Berdymoukhamedov était, au départ, loin d’être un chef de guerre. Né le 29 juin 1957, il s’est illustré dans la science dentaire, devenant le dentiste personnel de Saparmyrat Nyýazow, président depuis la chute du bloc soviétique. Un poste qui lui permet d’être nommé ministre de la Santé en 1997.

Poèmes à la Une
À la mort de Nyýazow en 2006, Berdy se sert des services secrets pour s’emparer de la présidence. Si, dans un premier temps, il semble vouloir rompre avec le pouvoir sans partage exercé par son prédécesseur, il finit par consolider sa fonction et à mettre en place son propre culte de la personnalité. Il se fait ériger des statues en or, censure la presse et exige la publication de ses propres poèmes en Une des journaux.

Berdymoukhamedov utilise les ressources financières des réserves de gaz de son pays pour assouvir sa soif de construire, à l’image de son palais présidentiel à 250 millions de dollars ou un nouvel aéroport en forme d’oiseau estimé à deux milliards de dollars malgré, comme le précise Paris Match, une affluence touristique quasi nulle. Pour l’anecdote, Achkhabat, la capitale, figure dans le Guiness Book des records comme étant la ville à la plus grande concentration au monde de bâtiments en marbre blanc.

Malgré ces signes extérieurs de richesse, le pays traverse des difficultées liées à la chute des prix des hydrocarbures qui pourraient pousser le président à faire payer au peuple le gaz, l’électricité et l’eau, jusqu’ici gratuits. En 2015, les autorités ont dû dévaluer la monnaie nationale d’un cinquième de sa valeur, le pays devenant de plus en plus dépendant de la Chine, acheteuse de trois-quart des exportations en hydrocarbures. Malgré ces difficultés, les médias d’Etat envoient des messages positifs aux citoyens, leur rappelant qu’ils vivent une “ère de bonheur suprême”. Normal, leur chef se prend pour John Matrix.



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