La réflexion sur les mécanismes idéologiques du processus par lequel le continent noir
doit se libérer et aspirer à un développement passe inévitablement par un changement
de mentalités. Le problème de l’Afrique est plutôt endogène et ce n’est pas avec des
idées saugrenues, révolues et démodées que nous allons bâtir une Afrique forte et unie.
Rien n’est plus mobilisateur et plus subversif que la pensée et comme le constate
Viviane Forestier s’agissant de la pensée africaine, elle est corrosive. En effet cette
dernière a été coagulée et demeure pour l’essentiel malade jusqu’ à présent.
Changeons de mentalité.
Pour utiliser un langage informatique , nous devons reparamétrer le logiciel qui se
trouve dans nos têtes. Force est de constater que le brassage culturel est récurrent sur
le continent et il serait judicieux de jeter un coup d’œil sur l’histoire. Pour avoir un
développement, un pays a besoin d’une bonne politique économique. Et l’économie
suppose des préalables. Et c’est là où les pays africains pour la plupart ont échoué. On a
comme l’impression qu’on veut mettre les charrues avant les bœufs. Une économie doit
se reposer sur des institutions républicaines solides et pour celà nous devons donner
plus de crédibilité à ces dernières. Quand Nelson Mandela est arrivé au pouvoir en
Afrique du sud, il a trouvé un pays totalement dévasté par une certaine histoire de
l’apartheid mais il s’est aussitôt attelé à redresser les institutions. C’est pourquoi son
bilan ne se resume jamais sur le plan matériel mais il a pu jeter les bases d’une Afrique
du Sud prometteuse avec la suppression des inégalités sociales.
Lorsqu’on pose les fondements d’un immeuble ,il est difficile d’apprécier la beauté et la
solidité de l’édifice .Pareil pour un pays ,son développement et son indépendance ne
sont pas donnés sur un plateau d’argent .Ils nécessitent d’immenses sacrifices .Peut être
même les auteurs de cette prospérité n’en bénéficierons pas .Peut-être ils auront légué
à leurs enfants un monde où il sera bon de vivre .C’est de cette manière que sont
construits les pays que nous admirons aujourd’hui ,la Chine de Mao ,l’Angleterre de la
reine Victoria et de la révolution industrielle ,l’Amérique de Franklin Benjamin etc.…
Le véritable problème de l’Afrique est un problème de leadership. L’Afrique souffre de
véritables dirigeants à l’exception de certains pays. La véritable problématique c’est la
relation entre l’africain et le pouvoir ce qui explique l’obsession de nos chefs d’État à
vouloir coûte que coûte se maintenir au pouvoir.
Nous avons opté pour la démocratie mais est -ce que le model démocratique dont nous
aspirons tant est le model qui nous conviens le mieux? La démocratie a un prix, elle
nécessite des sacrifices. Il ne peut y avoir de véritable démocratie s il n’y a pas
d’alternance. Or cette alternance par les urnes et le respect de la limitation des mandats
constituent le véritable tendon d’Achille de notre prétendue démocratie en Afrique.
Il nous manque de véritables dirigeants qui mettent en avant les intérêts de la patrie
avant les siens pour paraphraser quelqu’un. L’intelligence africaine a du mal à se libérer
des théories occidentales qu’elle conçoit comme des dogmes venus d’un dieu blanc. Les
africains restent persuadés que leur destin doit être pris en charge par des étrangers. Il
faut changer la pensée africaine mais cette Afrique que je vois n’est rien d’autre qu’un
accès aux gloires pour l’Europe.
La jeunesse africaine actuelle est sachante, instruite et soif de liberté et de réelle
indépendance. Nous ne voulons plus de bases militaires en Afrique, nous ne voulons
plus de Franc CFA et de l’implication de la France dans nos politiques monétaires.
L’Afrique pourqu ‘elle se développe doit avoir sa propre façon de vivre. Nous devons
cesser le clientélisme politique et miser sur l’expertise car en Afrique ce ne sont pas
juste les compétences qui comptent mais celui qu’on connait. Les textes qui régissent
nos Etats doivent être revus. Ce qui nous gêne c’est de vouloir vivre comme les
occidentaux. Nous n’avons pas les mêmes réalités politiques et socioculturelles ni la
même trajectoire politique encore moins la même évolution politique avec l’Europe.
Partout en Afrique on note une absence cruelle de projet de société cohérent et d’idées
neuves. Depuis les indépendances le continent noir n’a de fait consenti aucun effort
pour se doter de véritables institutions républicaines, une politique monétaire
commune, des structures industrielles régionales et sous régionales solides pour
pouvoir réduire sa dépendance à l’égard de l’extérieur. Seule émerge de cette inertie
organisée une ambition crépusculaire, celle de rester soi-même à n’importe quel prix au
pouvoir. Cependant au lieu de s’atteler à la création de ces ensembles économiques sus-
nommés qui conditionnent notre survie, nous nous adonnons à la victimisation de
l’histoire face à un coupable occidental qui devrait par conséquent nous indemniser.
Nos véritables défis c’est d’assurer l’autosuffisance alimentaire, créer des unités de
transformations, orienter les étudiants vers les filières de la technologie (mécanique,
informatique, électronique), doter nos chercheurs de moyens matériels et financiers.
Les doctrines politico économiques telles que le socialisme, le communisme et le capitalisme n’ont rien à voir avec les réalités africaines. Quand Karl Marx conceptualisait
le marxisme il ne se souciait pas ni du pauvre paysan sérère du fond de Baol ni du petit
ouvrier du fond du Saloum, Quand Adam Smith concevait le capitalisme, il ne prenait
pas en compte le petit pécheur lébou de soumbédioune encore moins le petit berger de
Dara. Ce sont des théories que nous avons adaptées et dont nous avons du mal à
mettre en exécution car ne répondant pas à nos réalités politiques, économiques et
socioculturelles. L’Afrique n’a jamais manqué de grands penseurs. Les enseignements de
Thierno Souleymane Baal servent de repères et de références pour toutes les
générations futures. Mais nous avons choisi de mettre à côté la théorie des grands
penseurs africains et adopter celles qui nous viennent de l’étranger. Axelle kabou n’avait
pas tort dans son œuvre monumentale, inextricable et rocambolesque et qui continue
encore aujourd’hui à avoir des résonnances percutantes dans l’univers littéraire, il s’agit
sans doute de « Et si l’Afrique refusait le développement ». Cette jeune écrivaine
camerounaise pose le problème du sous-développement de l’Afrique en termes de
mentalités. Elle prône une Afrique qui s’assume, maitresse de son destin et qui joue
pleinement, largement et sans complexe son rôle surtout sur les questions relatives à sa
propre économie et sa propre politique monétaire. Nous, jeunesse africaine prônons
une Afrique large, forte et digne qui ne sera plus la vache laitière de l’occident. C’est
justement en changeant nos mentalités que nous pouvons résoudre l’inextricable
équation du sous développent. Mais les maux sont encore-là, la gabegie du pouvoir, la
démagogie, l’intoxication, les guerres tribales et ethniques, la corruption, l’analphabetisation, l’instrumentalisation des institutions républicaines, l’absence de
libertés d’expression, les coups d’état militaires etc…
L’Afrique doit être invitée à repenser ses choix idéologiques et sociaux et celà passe
inévitablement par un examen critique du continent noir qui vise à changer et à éveiller
les mentalités. Chaque africain a une mission que l’histoire lui a conférée celle de
défendre ce continent à sa manière et c’est justement ce que Kemi Seba , Claudie Siar
Guy Marie Sagna et tant d’autres activistes panafricanistes sont en train de faire car
comme le dit Franz Fanon dans Peau noire masque blanc « chaque génération dans une
relative opacité doit découvrir sa mission ,la remplir ou la trahir ».On en a marre des
chef d’État qui sont des adeptes des présidents français et qui manifestent un excès de
zèle en terme de servilité pour la France. Les présidents africains se doivent d’être
beaucoup plus patriotiques, plus nationalistes, plus fermes envers leurs homologues
occidentaux et moins enclins par les prestiges du pouvoir car seul le pouvoir de Dieu est
éternel .Enfin pour conclure il me serait judicieux de citer encore une fois Franz Fanon
dans son œuvre citée plus haut : « il faut aider le noir à se libérer de l’arsenal
complexuel qui a germé au sein de la situation coloniale »

2 Commentaires

  1. Le Hic après la problématique structurelle,c’est toujours l’éternelle et insoluble question: Comment et quoi faire pour s’en sortir et décoller? Sortons des critiques surannées et des lamentations et échafaudons des plans pertinents et adéquats pour notre futur. Nos économistes et politiciens sont devenus muets et sans réponse aucune.Aussi le cycle infernal de cercle vicieux continue son rythme et ses effets amplifiants.Toute bonne volonté doit être absolument éclairée

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