Depuis ce 05 janvier la Turquie à envoyé des forces armées en Libye. Selon la version officielle, c’est pour soutenir le Gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, contre les forces du maréchal Khalifa Haftar. Une initiative qui intervient dans un contexte régional compliqué et instable. Dès lors, Comment expliquer la décision d’Ankara  et quel peut être ses conséquences dans la zone ? Décryptage.
En effet, ce 2 janvier les députés Turcs ont approuvé une motion permettant  à la Turquie d’envoyer son Armée en Libye. La Libye, pays en totale dislocation depuis le conflit qui a conduit à la Chute de Mouammar Khadafi. Il faut sans doute préciser que depuis ce conflit, la Libye est contrôlée par deux principales forces, et est devenue le terrain de jeux de puissances étrangères régionales comme occidentales. Et cela pour plusieurs raisons.
Des enjeux idéologiques: l’Iran, l’Arabie Saoudite, les Frères musulmans…D’un côté on a le Gouvernement d’union nationale, sous la houlette de Faïez Al Sarraj qui, a pris le contrôle de la Tripolitaine. Al Sarraj bénéficie d’une reconnaissance des Nations Unies et de certaines puissances occidentales.  En outre, il compte parmi ses alliés le Qatar et la Turquie, en plus d’un appui plus discret de l’Iran. Par ce biais, l’Iran saisit l’opportunité de contrer l’influence saoudienne, sur la question idéologique entre autres.  D’un autre côté, on a l’armée nationale libyenne, dirigée par le maréchal Haftar, qui contrôle la partie Est du pays. Cette faction a la main-mise sur le trafic du pétrole, des migrants mais aussi la vente de la ferraille. Il nous faut préciser que le maréchal Haftar est soutenu par l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Egypte, la Russie et quelques mercenaires soudanais. Pour Bakary Samb, chercheur et directeur de l’institut Timbuktu, ces pays qui soutiennent le Maréchal Haftar « partagent la préoccupation de limiter l’influence des Frères musulmans dans le monde arabe ». A cela, The Libya Observer ajoute que l’offre turque intervient à un moment où la capitale libyenne, Tripoli, est la cible d’une offensive à grande échelle des milices du «seigneur de guerre» Khalifa Haftar.
La Libye est dès lors le lieu de luttes idéologiques et culturelles, entre des puissances du monde musulman. Cependant, cette lutte se déplace sur un autre terrain, celle de l’accès aux hydrocarbures de cette zone, dans un contexte de raréfaction pour certains acteurs.
Une compétition pour l’accès aux richesses naturelles, du Gaz dans l’air…Il faut préciser que plusieurs rencontres ont eu lieu entre les autorités turques et Fayez al Sarraj. Des rencontres qui ont permis de signer d’importants accords entre les deux parties. Au-delà de la coopération sécuritaire, Ankara a signé avec Fayez Al Sarraj un accord de coopération maritime, permettant à la Turquie d’étendre ses possibilités dans la méditerranée orientales . Une zone qui contient d’énormes gisements de gaz naturel,soit près de 100 mille milliards de mètres cubes. La Turquie a d’énormes besoin en énergie, mais pas assez de ressources malgré de nombreux forages. Donc cet accord est une aubaine. Surtout qu’elle vient contrecarrer l’accord eastmed conclu entre la Grèce, Israël et Chypre. Eastemed propose de sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Europe en méditerranée orientale. Bien entendu, ces 3 pays ont dénoncé l’accord turco-libyen, car ce texte permet à Istanbul de revendiquer des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientales riches en hydrocarbures, dont le gouvernement turc a prévenu qu’il empêcherait toute exploration sans son autorisation.
Un contexte régional marqué par des foyers de tensionFaut-il négliger le fait que la Lybie est entourée de parts et d’autres, de pays en conflits. Sur sa partie ouest, on a l’Algérie en phase de transition politique, le Mali et le Niger. Sur sa partie sud on a le Tchad et le Soudan. Ces pays font généralement face aux mêmes problématiques, sources d’instabilité : groupes terroristes, conflits inter-ethniques, transition politique fragile. Dès lors, ces multiples présence militaires en Libye ne contribuent pas en notre sens, à stabiliser ce pays, encore moins à en régler le conflit. Le plus inquiétant c’est la circulation incontrôlée et incontrôlable des armes dans cette zone. Ce qui risque d’augmenter la violence et la gravité des affrontements en cours dans la région. Faut-il rappeler que les mêmes armes qui ont fait tomber Kadhafi en 2011,ont livré le Mali et le Burkina aux groupes terroristes. Ce sont ces armes qui alimentent la criminalité transfrontalière, ainsi que l’essentiel des conflits armés de la région.

Moussa Aïdara Diop

Analyste politique.

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