Le ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye, a officiellement annoncé avec beaucoup de satisfaction un projet d’envoi de travailleurs sénégalais au Qatar. Une mesure, aussi surprenante soit-elle, qui a reçu la bénédiction du chef de l’État suite à son récent périple au Moyen-Orient. D’ailleurs, ce dernier a même ordonné la mise en place d’un Comité de suivi coordonné par la présidence de la République.

En d’autres termes, le gouvernement sénégalais s’attellera à la planification et à l’exécution d’une entreprise participant à l’essor et au développement d’un autre pays au détriment du sien. Une nouvelle distillée pourtant comme une grande retombée de ce voyage du chef de l’État ; un gain positif présenté à la population active comme si on devrait s’en enorgueillir.

S’il est vrai que dans notre planète mondialisée nous assistons de plus en plus à la mobilité des employés d’un pays à un autre, que les barrières frontalières tombent de plus en plus pour permettre la libre circulation des travailleurs dans les endroits du monde où leurs compétences sont recherchées et bien rémunérées, force est de constater qu’il y a quelque chose de décevant, voire d’inquiétant dans cet accord signé avec le Qatar.

Orchestrer officiellement et volontairement le départ des forces vives de notre pays par ceux qui sont censés les retenir n’est ni plus ni moins qu’un aveu d’échec. La démonstration d’une impuissance à satisfaire l’espoir d’un peuple et la faillite aux missions pour lesquelles ils ont été élus.

Dans la gestion d’un pays, les décisions prises par les gouvernants comportent toujours une part de symbolique qui marque l’esprit des citoyens en bien ou en mal.

Que des Sénégalais décident délibérément de quitter leur terroir pour tenter leur chance ailleurs faute de trouver mieux sur place peut-être très regrettable pour l’avenir de ce pays surtout lorsque celui-ci a dépensé des milliards dans notre éducation et dans notre formation, mais que l’idée vienne de l’État lui-même n’augure rien de bon quant au futur et au mince espoir qui continuait d’habiter certains d’entre nous. C’est l’image donnée d’une équipe de dirigeants qui est incapable de régler le chômage d’une jeunesse et qui, au lieu d’en trouver des solutions efficaces et durables, s’accroche, comme une bouée de sauvetage, sur une perche tendue par un autre pays.

Ne pas être capable de porter l’espérance placée en soi est déjà dramatique, mais montrer clairement son incapacité alors qu’on avait juré d’en être à la hauteur au départ l’est en encore plus.

Quel signal veut-on donner à cette jeunesse déjà bien formée en lui disant implicitement d’aller développer un pays encore émergent? Veut-on perpétuer l’idée déjà ancrée et fausse dans la tête de notre jeunesse qu’il n’y a aucune issue en dehors de l’émigration?

Partez et soyez fiers de mettre vos connaissances et votre expertise au service des autres pays. Remplissez les coffres publics de vos pays d’accueil par les impôts qu’on prélèvera de vos revenus. Vos familles d’ici se contenteront des envois financiers mensuels qui ne servent qu’à couvrir des besoins alimentaires.

Et pour ceux qui sont partis depuis longtemps, ne pensez pas à revenir, car nous n’avons rien à vous offrir.

Le ministre des affaires étrangères ne se gène même d’énumérer les types d’emploi qui sont très en demande au Qatar : ingénieurs, infirmiers, sages-femmes.

Comme si nos ingénieurs avaient déjà bâti suffisamment de ponts, d’aéroport, de tunnels et de routes au Sénégal pour aller prêter ensuite main forte à un autre pays en essor.

Comme si nos infirmiers avaient déjà comblé la situation désastreuse du manque de personnel dans les centres hospitaliers.

Comme si le Sénégal avait déjà réglé depuis belle lurette le fléau de la mortalité des femmes pendant leur accouchement dans les zones rurales, faute de sage-femme.

C’est à croire que nos leaders politiques, à l’image des roitelets africains qui avaient vicieusement participé à l’exportation des esclaves noirs vers les plantations américaines, reproduisent naïvement l’appauvrissement de l’Afrique pour la prospérité des autres pays.

Où en serons-nous quand, dans quelques années, le Qatar aura atteint le niveau de développement des pays industriels avancés avec notre complicité?

Il y a une qualité qu’un bon leader ne devrait jamais manquer : celle de continuer à nourrir l’espoir d’un peuple surtout dans les moments d’incertitude, d’affolement et de panique. Le pouvoir d’entretenir la flamme de l’espoir que les difficultés ne sont que conjoncturelles et qu’elles préparent à des lendemains meilleurs.

Submergés et noyés par les affres de la deuxième guerre mondiale, voici ce que Churchill déclara à ses concitoyens le 04 juin 1940: « Je n’ai rien à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Nous avons devant nous une route terriblement difficile. Nous avons devant nous de très longs mois de combats et de souffrances. Vous demandez : quel est notre but? Ma réponse tient en un seul mot : la victoire. […] parce que sans la victoire il n’y aura pas de survie.»

Et la survie du peuple africain -et du Sénégal en particulier- passera inéluctablement par la foi de sa jeunesse en ses leaders, la conviction ferme d’un avenir radieux qui ne se fera pas sans nous et la certitude que nos descendants n’auront pas à vivre ailleurs pour être heureux.

Mais a-t-on raison de garder espoir?

Lamine Niang

Montréal, Qc

[email protected]

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14 Commentaires

  1. MR NIANG VRAIMENT VOUS N’ETES PAS SERIEUX. VOUS ETES AU CANADA EN TRAIN DE VOUS TAPER DES DOLLARS ET VOUS ETES CONTRE NOS COMPRATRIOTES GORGORLOU D’ESSAYER DE SE TAPER DES DINARS. LES OUVRIERS AU PAYS TRAVAILLENT TRES DUR POUR DES SOMMES MORIBONDES. CECI EST UNE CHANCE POUR EUX DE SE FAIRE UNE ECONOMIE, DES REALISATIONS ET DANS UN FUTUR PRET ILS SERONT LES ENTREPRENEURS DE DEMAIN. ALLEZ Y TRAVAILLER POUR LES RADIOS ET AUTRES MAISONS DE PRESSE AU SENEGAL ET VOUS SAUREZ CE QUE NOS FRERES ET SOEURS ENDURENT.

  2. Il faut arreter de critiquer pour critiquer…
    Meme les pays developpes signent ce genre d’accord avec des pays a forte demande de mains d’oeuvre qualifiees pour permettre a leurs ressortissants d’avoir des opportunites de travail dans ces derniers. Un exemple patent est l’acord entre la france et le quebec pour l’echange de competences. L’accord entre le Mexique et le canada qui permet a des milliers de Mexicains de venir chaque annee effectuer des travaux saisonnier comme la plantation ou la coupe d’arbres, la recolte des champs ici meme au quebec en est un autre exemple patent.
    De grace quand vous contribuer faites le de facon positif, et ayez l’honnete d’encourager les bons points du gouvernement. Ce geste du gouvernement est a encourager car il permet a des gens qualifies d’avoir l’opportunnite comme toi d’aller monnayer leur talent ailleurs et dans de bonnes conditions faute de trouver un travail correspondant a leur qualification au pays.

    Sans rancune !

  3. Merci Lamine , j’aime bien ton analyse et ca merite certainement des reflexions.
    Il faut cependant reconnaitre que dans ce business de ressources humaines, nous ne tirons pas les ficelles. Nous avons des pas a franchir pour vendre le label Africain qui nest pas tres attractif dans beaucoup de pays emergents. Aujoudhui, Singhapour qui est une coquille vide , brilles de milles feux car beaucoup de multinationaux y atterissent, meme chose pour l’inde et le vietname.
    Y’a pas de secrets pourquoi ils attirent, ils sont asssi eduques que nous, ils se cloisonnent pas dans ce francais de pauvres et surtout, leur environnement politico social est beacoup plus solide et plus credible que le notre. Alors a defaut de les attirer au Senegal et booster notre economie, si nous arrivons a envoyer des gens formes et serieux peut etre que cest le debit d’un partenariat qui pourra fleurir dans kes annees a venir et changer leur regard sur nous. Mais jusque la, nous ne pouvons que former et faire le marketing de notre expertise.

  4. Je pense que les réactions à cet article sont éloquentes, inutile d’en rajouter. Moi je m’attendais à un appel à la prudence notamment sur les conditions dans lesquelles nos compatriotes seront placés. C’est extrêment important dans ces pays où les droits humains, notamment des étrangers, n’ont aucune signification. Dans tous les pays du Moyens Orient, les employeurs respectent rarement les contrats signés avec les travailleurs étrangers. Ces derniers sont mal payés, maltraités, et constamment menacés d’expulsion. Leurs documents de voyage sont confisqués dès leur arrivée et il sont souvent parqués dans des camps.
    Si le gouvernement ne peut se permettre de négliger une offre de ce genre, sa gestion devrait être laissée aux autorités compétentes. L’implication de la Presidence pourrait être risquée car en cas de problèmes, elle sera exposée. Et, croyez moi, là où des pays comme l’egypte, l’inde, le pakistan, les philippines pour ne citer que les plus importants, ne peuvent grand chose contre le traitement de leurs compatriotes, le Sénégal ne pèsera pas lourd.

  5. Your 2 guys you’re very stupid you never see any rich country sign any contract like that Macky he’s very stupid he can’t manage this country very stupid president

  6. J’ai jamais lu d’article plus stupide. Arrétons cette propension de vouloir diaboliser tout ce que l’Etat fait. Que ce soit dans le cadre d’accord ou pas les sénégalais partiront travailler ailleurs. Cela a commencé bien avant l’indépendance et cela continuera. Alors il faudrait plutot demander à ce que cela soit organisé, qu’il n’y ait pas de favoritisme et que des conditions de travail décentes soient garanties.
    Lamine Niang tu as réellement un probléme. Je me demande à quoi tu sers au canadiens si ce sont ces genres de raisonnement que tu es sensé leur pondre.

  7. Francehement, il faut seulement être un partisan zélé pour ne pas accepter la pertinence de cet article. Dans ma compréhension, l’auteur critique surtout le fait que le Sénégal envoit des jeunes bien formés à l’étranger alors qu’il en a besoin. Moi, je suis surtout déçu de la partisanerie excessive de mes compatriotes

  8. L’hypocrisie de Niang est risible. Il écrit son texte du Canada critiquant l’envoi de sénégalais pour travailler dans d’autres pays comme … le Canada.
    Autant je suis d’accord avec lui sur la perception d’échec autant je suis en réserve sur de ses affirmations trop généralistes. Je ne suis pas aussi sur que ses forces la soient présentement aussi vives qu’il le veuillez au Sénégal du mal-emploi. J’ai entendu une fois l’histoire d’un chirurgien sénégalais qui a succombé aux sirènes de l’émigration canadienne pour se retrouver dans une usine à “plier” des cartons.
    Pour dire notre main d’œuvre ne va pas être usitée au Sénégal a cause du système affairiste, corporatiste, dirigiste et népotique qui accapare les richesses du Sénégal. Ce transfert arrange plutôt ceux qui sont au top: moins de gens à gérer ici, plus de revenus venant de l’etranger a taxer et mettre dans leur poche. Et ceci ne date pas d’aujourd’hui.
    De l’autre côté (silverlining?) c’est peut être un signe que la coopération sénégalaise rampe pour marcher un jour. Espérer que (je ne retiens pas mon souffle nak) qu’ils vont emprunter l’autre sens et aider ces immigrés à retourner au pays avec plus que de l’argent: une initiative entreprenariale.
    Cato

  9. Merci lamine pour cette brillante analyse !!!
    cependant restez objectif quand même car certains pans de votre argumentaire ne tiennent pas la route!
    La Chine est la première puissance économique mondiale mais les chinois sont partout dans le monde ,faites un tour au boulevard centenaire à Dakar…
    Gardons espoir car aucun président ne peut faire des miracles ou encore moins changer la vie des Sénégalais d’une baguette magique,(suivez ce qui se passe aux USA,en France… au niveau de la problématique de l’emploi)et arrêtons l’intoxication quasi permanente qui se fait dans notre pays

  10. Je ne suis peut-être pas d’accord sur certaines parties du texte, mais je salue la qualité de votre plume et la pertience de l’argumentaire. Le Sénégalais dafa beug lou yomb, donc foumou gueuneu neekhé falay dem

  11. Beaucoup!!!!chinois, indiens, pakistanais…ext…OUI mais eux vont s’expatrier pas aller à l’immigration (une résiduelle,peut être) le reste y va avec un capitale pour faire du commerce,ils ont une banque pour ça prêt à les donner des outils de travail et en générale ils ne sont que le dernier “mayon”…Très rare de les trouver dans une situation de détresse ni dans des banlieues louches presque jamais dans des problèmes de (un euro)Jamais encore dans les “hauts…” peut être dans la médecine…(traditionnelle);Remarque:(pas la misère du monde….)ET L’Afrique n’est pas encore sur peuplé et jais peur si lui, notre Afrique: ne sera la terre recherchée avec la mondialisation!…Merci.

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