Et la question sécuritaire dans tout cela ?

« La paix précédé le développement »,

Cheikh Anta Diop, 1952

Depuis un moment, notre pays est traversé par des antagonismes qui se caractérisent par des fractures sociopolitiques très nettes sur la gestion des contrats, à jour, des ressources pétrolières et gazières dont l’exploitation est prévue pour 2022. Certes, cette transparence est importance pour la stabilité de la cohésion de notre nation contre les démons de la division, mais il est certainement tout aussi important de porter une attention particulier sur ce que sera notre pays lorsque ces ressources sortir de terre. Certes, le Sénégal est un pays stable, mais dans une région qui ne l’est pas, avec un défi frontaliers de taille, cinq pays limitrophes et 2 684 km de frontières et d’importants flux migratoires de part et d’autre avec des frontières poreuse. Toute chose qui l’expose.

Si la découverte d’hydrocarbure donne lieu à toutes les projections optimistes pour nombre d’observateurs et charrie d’importants enjeux financiers, elle peut être aussi synonyme d’instabilité sécuritaire pour notre pays. Ainsi, au-delà des belles perspectives économiques, les zones d’ombres qui accompagnent l’exploitation de cet or noir doivent être aussi une préoccupation de premier plan. Car, presque partout, le rapprochement entre pétrole et conflits est très souvent établi outre les risques de voir le pays livré à des rivalités entre grandes puissances autour de cette matière première très recherchée. En effet, très souvent, le danger vient de l’extérieur.

Cette contribution entre s’aligne à l’appel du Président Macky Sall, s’exprimant lors de la commémoration des 30 ans de SAGAM International, le 29 septembre 2016. En effet, il avait invité à une réflexion sur l’externalisation de certains services de gestion de la sécurité à des entités privées, perspective qui permettrait, selon lui aux structures publiques de se concentrer avec efficience et efficacité sur les questions majeures relevant de ce domaine. Pour le Président Sall, « l’Etat doit pouvoir externaliser le maximum qu’il peut externaliser pour se concentrer avec efficience et efficacité sur les questions majeures. Le faire-faire doit aussi entrer dans nos administrations pour plus d’efficacité ».Ainsi, dans le domaine de la sécurité, il faut « une bonne combinaison des missions régaliennes de l’Etat assurées par les forces de défense et de sécurité, mais aussi les nouvelles forces de sécurité issues du secteur privé ». N’est-ce pas là  ma nécessité de plus de vigilance ?

En effet, si l’économie sénégalaise, à travers « le contenu local » peut tirer le meilleur parti de l’exploitation de ces hydrocarbures, notamment à travers un tissu de PME spécialisées très dynamique, il est tout aussi important de ne pas oublier le secteur de la sécurité dans l’affirmation de ce contenu local. En effet, le succès d’une politique de contenu local est aussi à relier à notre capacité d’assurer la sécurité de son exploitation et de gestion, tant dans les sites d’extraction qu’au niveau des étapes de la transformation et de distribution.

Car, face à la complexité des dynamiques contemporaines nées de l’interpénétration des économies et des sociétés nationales (tant du point de vue social, culturel qu’économique) avec la mondialisation et le développement fulgurante des technologies de la communication l’apport des acteurs de la sécurité privée à l’action des Forces de défende er de sécurité (FDS) est certes devenue indispensable pour une meilleur protection des personnes et des biens, compte tenu que les acteurs régaliens ne peuvent plus, à eux-seuls, assurer toutes les missions de sécurité publique et les besoins des populations en la matière. Mais, dans un contexte d’insécurité globale, un meilleur suivi et un contrôle plus serré de ce secteur de la sécurité privée dans la perspective de l’exploitation du pétrole sénégalais pose d’une nécessité absolue pour la stabilité et pour un développement équilibré du pays.

La législation régissant le secteur de la sécurité privée au Sénégal est vieille de 41 ans (loi n° 78-40 du 6 juillet 1978 et son décret d’application n° 79-113 du 1er février 1979), même si le décret n°2003-447 du 18 juin 2003 abroge et remplace le décret de 1979 fixant les conditions d’exercice des activités de surveillance, gardiennage et escorte de biens privés. Or, celle-ci ne cadre plus avec le contexte actuel, notamment dans un contexte d’exploitation du pétrole sénégalais.

Outre, l’identification obligatoire des agences de sécurité privée, il est devenu indispensable que chaque agent de sécurité privée soit identifier auprès des services de l’État. Pour ce faire un système de « Permis  d’Agence» et de « Permis d’Agent » devra obligatoirement être institué. Ces permis devront être renouvelés chaque année auprès des services compétentes pour permettre à son titulaire, tant l’Agence que l’Agent  de disposer du droit d’exercer dans le domaine.

Ce dispositif devrait permettre d’assainir le secteur dans lequel on note une certaine anarchie en ne laissant dans le secteur que des acteurs viables et disposant de capacités nécessaires pour exercer les missions qui leur sont dévolues. Mais aussi, il devrait permettre un meilleur suivi du secteur vis-à-vis des enjeux et défis actuels en matière de sécurité, tout en garantissant les capacités de collaboration entre les acteurs publics et les acteurs privés de la sécurité. Il s’agit simplement de mieux l’organiser le secteur, de le rendre plus efficace face aux enjeux du moment.

En effet, selon le dernier rapport du Bureau maritime international (BMI), certes les actes de pirates en mer sont au plus bas niveau depuis 22 ans, toutefois, certaines régions au large du continent africain restent encore dangereuses. C’est le cas des eaux au large de la Somalie, mais aussi du golfe de Guinée. En 2017, sur 16 incidents recensés à travers le monde, sept ont eu lieu au niveau de cette zone. Ainsi, cette dernière région est devenue l’un point chaud de la piraterie maritime dans le monde. Dans cette région on a noté une augmentation de près de 76% des attaques armées contre des bateaux entre 2015 et 2016, selon un rapport publié par la fondation One Earth Future. En effet, selon cette organisation, on y a dénombré 95 incidents en 2016 contre 54 en 2015. Cette augmentation des actes de piraterie a un coût : 793,7 millions de dollars en 2016. Une menace qui reste encore bien présente, malgré les initiatives entreprises pour la juguler.

Avant, les pirates s’attaquaient aux navires pour voler une partie de leur cargaison, en la déchargeant dans de petites embarcations. Ces opérations étant complexes, les pirates ont ensuite réorientés leurs modus operandi en s’attaquant directement aux équipages qu’ils kidnappent les retiennent en otage jusqu’à paiement d’une rançon. C’est le cas par exemple du pétrolier « Le Marine express » porté disparu le golfe de Guinée dans en février 2018 avec à son bord, 22 membres d’équipage de nationalité indienne et 13 500 tonnes de carburant.

Par ailleurs, depuis les années 1990, on assiste à une prolifération à travers le monde, en Afrique en particulier, des Entreprises Militaire et de Sécurité Privée (EMSP), autrement appelés les « Chiens de guerre », les « dogs of war » en anglais ou encore les « contractors » ou les «  mercenaires ». Cette tendance qui a suivi la privatisation de la sécurité (et de la guerre), semble aujourd’hui irréversible, compte tenu de la dimension des conflits actuels (basse intensité et de plus en plus asymétriques), mais également des moyens de plus en plus sophistiqués pour assurer la sécurité de plus en plus exigeante. Ainsi, de grands groupes pétroliers comme British Petroleum (BP), Exxon Mobil, Total ou Royal Dutch Shell ont engagé des EMSP pour sécuriser leurs opérations en Irak et dans d’autres pays. Même le système des Nations Unies a recours aux services de ces EMSP dans nombre de ses opérations sur le terrain. Quatre groupes dominent le marché, il s’agit de : G4S, Aegis Defence Services, Blackwater et Control Risks. Le Group 4 Securicor (G4S), dans presque tous les pays de la sous-région ouest africaine.

La présence des EMSP sur le continent inquiète, notamment avec l’absence de règlementation claire et spécifique, de contrôle ou de surveillance efficaces, que ce soit de la part des États et des organismes contractants, des États frontaliers ou des États d’origine de leurs agents (statut et moralité des agents, sous-traitance, usage excessif de la force, torture, élimination physique en zones de conflits et rapports avec les civiles et les communautés locales, etc.) ; risque de conflits juridiques entre différentes lois relatives à la sécurité privée ; vulnérabilité accrue des forces de défense et de sécurité locales (débauchage des meilleurs éléments et recrutement de retraités des FDS); menaces sur la paix et la sécurité liées à l’usage de mercenaires dans les conflits locaux et enfin, risques de trafic d’armes, de drogues au profit de leurs clients ou pour d’autres.

Or, chaque année, une tranche des jeunes, à peine sortie de l’adolescence, s’enrôle dans l’Armée pour défendre l’intégrité territoriale. A la fin de leur engagement, ces jeunes soldats libérés se retrouvent confrontés aux difficultés de réinsertion sociale. Certains livrés à eux-mêmes se jettent dans la jungle du marché de la sécurité privée. Il en est de même d’une partie d’anciens militaires à la retraite. Alors pourquoi pas ne pas mettre le contenu local à travers secteur de la sécurité en réformant les dispositions la régissant, ce qui permettrait d’une part la insertion de ces deux composantes (militaires libérés et retraités) et d’autre part assurer une meilleure sécurité au pays. En effet, ces jeunes soldats bien formés aux techniques de la guerre et au maniement des armes les anciens militaires pourraient être une bombe à retardement ou jouer un rôle salutaire pour le pays. Concrètement, il s’agit de revisiter la loi n° 78-40 du 6 juillet 1978 et le décret n°2003-447 du 18 juin 2003 pour une meilleure prise en compte du secteur de la sécurité privée dans le « contenu local » des outputs dérivant de l’exploitation du pétrole et du gaz notamment, la prise en compte des acteurs locaux aussi bien dans la sécurité des lieux de résidence sur terre des expatriés travaillant sur les plateformes en mer, les quais d’embarquement qu’au niveau les plateformes elles-mêmes, outre l’action des FDS compte tenu des défis sécuritaires du moment, tant au niveau local que dans la sous-région ouest-africaine. Il s’agira aussi de garder notre souveraineté en matière de sécurité nationale face aux défis que pose l’usage des Entreprises Militaire et de Sécurité Privée auxquelles les entreprises exploitants le pétrole et le gaz peuvent faire recours.

Dr Djibril DIOP

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4 Commentaires

  1. Une très belle réflexion contributive,voila le maître mot interpellatrice pour tous. Un texte à ajouter à la belle panoplie des idées salvatrices pour une économie nouvelle de pétrole, énergies renouvelables et de gaz au Sénégal. Une démarche que tous nous devrions emprunter de façon constructive et responsable. Bravo et merci

    • Mon très cher docteur c est avec une immense joie que je vous ai lu sur lu sur Xalima en y exposant votre souci sur la sécurité qui doit propulser du petrole. Chose légitime légale et responsable mais moi j aurai envie de dire de quelle les sénégalais en ont vraiment besoin de façon pérenne?
      En premier lieu je crois qu’on doit pointer le mal c est quels genre de peut sonnes nous envoyons pour négocier au nom du Sénégal c est la question fondamentale que l’on doit résoudre comment se comportent ces gens devant une catastrophe naturelle ça n a rien de polique on doit avoir des écoles de formations très bien cotées dans ce domaine à nous former des sénégalais hors pairs qui savent mesurer le sens de leur responsabilité devant la nation sénégalaise nous n aurons pas besoin de littéraires dans ce domaine plutôt des techniciens en économie et en droit d affaires publiques et peut
      En deuxieme lieu il va falloir que tous les dans leur totale entité puisse jouir des dividens que nous rapportent ce pétrole et gaz et que toutes les négociations soient publiées de façons transparentes
      Et en troisième lieu il faut que nos gouvernants s’ activent à concrétiser les rêves permis à se dépasser de leur moi moi ils se doivent d exceller dans leur domaine si vraiment ils ont une bonne volonté politique et un bon sens de responsabilités nous pourrons nous installer au loge des grands pays pays pétroliers à l’instar de Dubaï Qatar Abudabi Saoudia Algérie Russie USA France et j en passe
      Sans cela votre sécurité que hé me permettrai d appeler mécanique sera une milice d autodéfense qui ne profitera qui aux courtiers et aux multibationales etrangeres

  2. Merci cher grand frère je suis parvenu à parcourir votre texte de façon furtive à plusierurs reprises je vous vois parler de sécurité et de sécurité mais pour calmer vos soucis je crois la première sécurité c est de savoir bien choisir les gens qui vont négocier au nom des des sénégalais il nous faudra savoir leur degré de responsabilité devant une catastrophe au est ce qu’ils privilégient en premier
    La deuxième sécurité ces accords passent dans tous les flux légaux sans cache cache et on doit mettre le Sénégal à l abris des courtiers véreux
    Troisième sécurité c est que les dividende aillent dans le pagner des sénégalais et que le Sénégal soit rebatuu a l’instar de tous les grands pays pétroliers Abu Dabi Dubaï Saudia Algérie Koweif Qatar USA FranceJordanie Russie cela revient à dire réaliser les rêves cela est possible si le gouvernement est anime de bonne foi.
    Sans cela très cher docteur votre sécurité mécanique tournera en milices d’autodéfense

  3. Mon cher docteur c est avec un très sentiment mitigé tantôt de joie tantôt d anxiété que je viens de parcourir votre texte pour le devenir de notre cher pays face aux défis futuristes. En effet votre souci majeur qui est celui de tout bon sénégalais qui est LA SECURITE face à ces défis majeurs le sens de RESPONSABLITE sera bien tranchant. J aurai envie d’ évoquer le sixième sens.
    De quelle sécurité a t on vraiment besoin d’ abord?
    En premier nos gouvernants doivent etre assez forts pour se dépasser et a se remettre continuellement sur le sens des responsabilités
    Quels types de cadres devons nous former pour négocier au nom du Sénégal quel sera leur attitude devant une catastrophe nationales quel est leur sens d anticipation dans les négociations
    Est ce de personnes prêtes à périr pour sauvegarder l intérêt du Sénégal partout où besoin se fait sentir sur ce nous ne pourrons pas nous fier aux simples litteraires. Il nous faut des techniciens en économie et en affaires (droit)publiques et privées d’où l’urgence d ouvrir des écoles de formations en négociation dans les affaires publiques et privées .
    En deuxième lieu les dividendes assorties du pétrole doivent aller dans les pagners de tous les sénégalais,que chaque sénégalais fonctionnaire ouvrier paysan chômeur se sente bien d être sénégalais ce qui revient a dire corriger l injustice. Nul ne doit être au dessus de la loi cela ne doit être un simple slogan dans un pays pétrolier et gazier mais des actes concrets
    En troisième point le rêve qui a été toujours permis doit être concrétisé si nos gouvernants sont animes de bonne foi et de bon sens ils se doivent d’exceller à mieux faire pour nous loger dans les rangs des grands pays pétroliers comme Dubai, Qatar, Koweit, Saoudia, Algérie, Abudabi, Egypte Russie et j en passe. C est possible de réaliser tous ces rêves si nos gouvernants se font une obligation notoire de sortir de leur carcan administratif et qu’ils rangent de côté leur sens de moi moi
    L intérêt national prime sur tout
    Très cher docteur si ces paramètres cités sont bien remplis nous aurons la meilleure des sécurités et nous serons à l abris de tout danger extérieur et intérieur car notre économie sera très responsable et intelligent ce faisant nous serons les premiers sentinelles de notre cher pays sans nous faire prier ou amadouer par un quelconque appel politicien ,nous ferons de bons patriotes sénégalais
    Nous saurons anticiper tout danger pour protéger nos intérêts sans cela toute sécurité mécanique ou je ne sais quoi, quelque soit le qualificatif employé sera vaine et cela ne profitera qu’ aux courtiers et aux multinationales privées d’où le rattachement du pétrole à la malédiction
    Il nous faut réfléchir a créer de nouveaux types de sénégalais responsables intelligents corrects enviables de bons conscients du développement de notre cher Sénégal
    Est ce que l’État du Sénégal est suffisamment outillé pour ce nouveau décollage?

    Elhadji Fofana

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