Pas nécessairement se compromettre à moins que ce soit nécessaire. Les africains semblent marmonner ce  refrain débilitant, du fond des gouffres afin d’émerger. Ne savent-ils pas que cette résignation et ce don de soi ne sont pas conditions d’envol économique, mais effets de servitude? Ils font suite à la promotion et à la férocité des plus nantis. En réalité, le citoyen modèle, rampe de lancement au développement, n’est que mythe. Il est simple produit dressé par le capitalisme triomphant qui est parvenu à tasser toute valeur ainsi que toute autre motivation si ce n’est l’appât du gain. Les noirs africains, pris au piège, s’y débattent en désespoir de cause.

Il ne s’agit pas d’un simple niveau de vie en progression, il est aussi question de mutations sociales. C’est dans le rapport de ces deux paramètres que l’espièglerie du plébiscité modèle perd l’Afrique dans sa naïve aspiration au mieux-être qu’elle a du mal à accorder à sa farouche volonté de conservation. Béni-oui-oui, l’élite s’en prend au laxisme, à l’indiscipline et aux autres tares contreproductives des masses, prétextant de la nécessité de réunir les conditions gagnantes. Elle perd de vue le rapport de détermination entre le niveau d’organisation des pays dits développés et la posture de leurs citoyens assujettis aux boursicoteurs.

Endettés, bourrés de préjugés et sevrés d’amitié et de fraternité, les toubabs sont tenus au respect de la bonne marche des sociétés de consommation. Dès lors, le génie du libéralisme consiste à faire croire que l’ordre ne tient qu’à l’engagement et au dévouement des quidams. Les africains succombent à cette supercherie vraisemblablement condition et modalité de prospérité. Ils ont fini par croire que pour se ‘développer’, il leur faut d’abord se livrer à la finance du maître investi de missions d’allaiteuse, se confondre ensuite dans le beurre et l’argent du beurre avant de s’enchaîner en simples forces productives. Les africains, aliénés comme tout, en sont à la deuxième étape, celle des tergiversations sur qui doit faire figure de héros national et autres casse-croûtes du genre.

Pourtant, jusque dans l’hexagone, il n’est que question d’asservissement de démunis, compactés au rang de nécessiteux, pris de peur, écrasés par sa majesté le capital. Faut-il rappeler les difficultés de voir émerger de véritables investisseurs en terre africaine, tellement les liens de solidarité domestiques restreignent les marges de manœuvre individuelles? Difficile de concilier les mécanismes de partage encore ancrés avec l’exigence nouvelle d’accumulation de biens. Faut-il, sous le poids du froid modèle des accapareurs, renoncer à la légèreté, générosité tant décriée parce qu’incomprise. La recette du capitalisme individualisant consiste à supplanter la confiance à la providence à la peur solitaire du lendemain.

La confusion s’amène jusque dans le champ de la protection des milieux naturels. Comment expliquer l’aberration d’une formation politique écologiste-libérale sous les tropiques si ce n’est par le trouble né des fougueuses résistances aux habituels commandements du nord. Pareil pour l’incursion du mouvement féministe, précarisation de la femme africaine, égalitarisme brut et voilé, castrateur de l’homme jusqu’à sa virile coquetterie. Elle détourne la femme africaine, la perd, écartelée entre des aspirations autonomistes et prétextes rentables de féminité.

Dorénavant, il nous faut militer pour une organisation accordée aux enjeux localisés, en lieu et place de ce fantasme de développement, étrange sédatif. Cette cible, focus sur un meilleur et distinct ordre de gouvernance, est finalité renouvelée de réconciliation avec nous-mêmes. Elle raccorde la tâche d’amélioration du niveau de vie à notre indéfectible quête de sens et  à  notre impérieuse ouverture au monde. L’illusion des promesses d’ajustement et de rattrapage ne nous a coûtés, en burlesques candidats à l’internationalisation, que folies. Tournons la page. Non! Changeons de livre. Mais, non! Il est temps d’écrire pour nous.

Birame Waltako Ndiaye

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