Le hold-up électoral du tandem Sall / Diallo

C’est une vérité aussi vieille que l’humanité que l’opposition vient d’apprendre à ses propres dépens. L’union fait la force, autrement dit l’union triomphe de la division. A l’issue des élections législatives les plus controversées et les plus sciemment désorganisées depuis plus de deux décennies, le pouvoir profite partiellement de la division du vote de l’opposition pour conserver son vernis de majorité fortement acquise au prix fort d’une honteuse reculade démocratique à jamais mémorable des hold-up électoraux des années 80 de l’ancien pouvoir socialiste. Le scrutin n’est ni libre, ni sincère, ni transparent et est au bas-fond de notre tradition démocratique.

Si la victoire est incontestablement sans prix pour Macky Sall et ses acolytes coalisés, elle en a tristement pour le modèle démocratique sénégalais, blessé jusqu’au fond de son âme par la remise en cause de deux des fondements de son intégrité : le droit au vote lié à la détention de la carte d’électeur et son unicité comme vecteur d’expression du vote. Que de chemin parcouru ? Que de sacrifices consentis ? Que de sueurs et sang versés au cours des 30 années pour concocter dans la douleur ce modèle démocratique ?

Au-delà des récriminations légitimement justifiées et justifiables, de l’euphorie de la victoire et des déceptions de la défaite, une lecture des résultats de ce scrutin offre plusieurs angles d’analyse.

Le premier constat d’abord, de loin le plus inquiétant est la vulnérabilité extrêmement angoissante de notre modèle démocratique -censé hermétique aux interférences politiques après deux alternances- dépourvu de toute capacité effective de résistance aux assauts d’un Ministre de l’Intérieur en mission commandée, déterminé à violer son intégrité. Le délit de non-assistance à ”modèle démocratique” en péril pourrait être facilement opposé au spectateur principal -la CENA pour ne pas la citer- qui a abdiqué lamentablement son rôle et ses prérogatives.

Il y a également la double faute politique de l’opposition qui paye au prix fort l’abdication de ses droits légitimes d’exigence d’une organisation des élections sous la supervision d’une entité indépendante -le couple ”Macky Sall / Abdoulaye Diallo” n’est et ne sera jamais un gage de fiabilité et de transparence des élections- et surtout son manque grave et scandaleux d’unité, arithmétiquement visible dans les résultats de ses expressions diverses. L’illustration parfaite est le département de Dakar où le vote agrégé des deux coalitions significatives de l’opposition -Mankoo Taxawu Sénégal & Mankoo Wattu Sénégal- (111 849 + 53 979 = 165828/337761) représente 49% alors que le pouvoir (114 603), grandement minoritaire, le gagne avec 34%.

Derrière l’euphorie de la victoire, s’abritent discrètement les inquiétudes exposées aux grands regards par l’érosion nette et incontestable de son poids électoral et sa vulnérabilité pour les futures échéances manifestes particulièrement à travers la rétention délibérée des cartes d’électeur et les restrictions imposées aux nouveaux inscrits. La dimension tsunamique et non représentative de cette victoire est partiellement le résultat du mode de scrutin disproportionnellement majoritaire (105/165) qui garantit aisément une majorité parlementaire.

Cependant, une victoire n’est pas toujours une mesure exacte de la qualité d’un candidat, de la pertinence de ses idées, de la solidité de ses arguments, de la grandeur de sa stratégie électorale ou de la performance de son équipe. A rebours, dans bien des cas comme celui qui nous interpelle, les ressorts qui la sous-tendent sont non seulement le miroir fidèle de son caractère et de sa faiblesse mais aussi une immersion totale dans l’océan des contre-valeurs et vices qu’il épouse. Séquestration judiciairement télécommandée d’un adversaire politique, inondation insolente et immorale du pays de liasses de billets de banque, infusion mûrement délibérée de la confusion et de la pagaille dans l’organisation des élections et transactions financières tous azimuts avec les consciences confuses sont les meurtrissures distinctives de l’effigie de la stratégie du hold-up électoral du pouvoir et ultimement de sa victoire violemment et bassement arrachée au forceps.

Même dans le cas de ce scénario idéal d’acmé de l’étouffement de l’expression démocratique, le plein de voix avoisine les 50%. Historiquement, la réalité des élections législatives n’est pas forcément celle de la présidentielle. Autrement dit, une victoire aux législatives ne préfigure nullement le verdict de la prochaine présidentielle. Les victoires respectives du PS (Parti Socialiste) et de la Coalition SOPI aux législatives de 1998 et 2007 font foi.

Désormais, l’opposition doit impérativement changer son fusil d’épaule. Elle doit être unie dans la bataille pour déposséder le Ministre de l’Intérieur de l’organisation des élections et la confier à une personnalité neutre comme ce fut le cas en 2000 et 2012 si elle veut garder ses chances de victoire intactes à la présidentielle de 2019. Le coup de force électoral qui vient d’être perpétré est un avertissement et une preuve tangible de la fragilité saisissante de notre modèle démocratique. Rien n’est définitivement acquis et tout peut basculer. La démocratie a toujours besoin de sentinelles multiples, attentives et vigilantes. La volonté et la capacité de frauder de Macky Sall et de ses acolytes ne font plus l’ombre du moindre doute.

A bon entendeur, Salut !

Serigne Mass Diba,
https://xalaatuserigne.blogspot.ca/

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5 Commentaires

  1. C’est une Vérité triviale. On n’a jamais vu un match de football Sénégal-Cameroun arbitré par un Sénégalais ou un camerounais. On n’a jamais vu un match de football France-Allemagne arbitré par un français ou un allemand. On n’a jamais vu un match de football Corée-Japon arbitré par un Coréen ou un Japonais. Vous organisez un match électoral APR-Opposition arbitré par un APRien et vous voulez que l’APR perde malgré la domination de l’opposition et les très nombreux penalty (rétention des cartes, non production des cartes, distribution et production sélective des cartes, fraudes, transfert de bureaux et centres de votes, détenteurs de récépissé qui ne figurent pas sur les listes électorales, démarrage du match à 14h et même à 18h dans certains endroits, poursuite de vote à minuit alors que les bureaux doivent fermer à 19h etc) commis par l’APR non sifflés par l’arbitre central Aprien (Abdoulaye Daouda Diallo), les arbitres de touche (Cena aperien, cour d’appel aprien et conseil constitutionnel aprien).

  2. voici un combat où l’un des lutteurs est en même l’arbitre, le micro central, le cqrp et le reporter
    inouïe, non?

  3. Absolúment d’accord!C’est un truisme que la démocratie recule à pas de géant à Joloff. Un arrêt des dérives s’impose.

  4. Macky Sall disait, lors de sa saisine du CC, qu’il voulait permettre à tous de voter, avec des récépissés, anciennes CI, anciennes CE, passeports, permis. Mais aux finish, tous n’ont absolument pas pu voter. Au contraire, l’avis du CC tant brandi,les fanfaronnades des obligés de Macky, ont réussi l’effet exactement contraire de ce que Macky avait annoncé chercher et que le CC a approuvé.
    Appelons un chat un chat, la décision de Macky visait à brouiller le processus électoral, le maximum possible pour faciliter leurs fraudes. Voilà, il l’a fait. Et la suite, comme toujours, c’est qu’ils ne voudront même plus que les gens le rappellent, comme les 1213 bureaux de vote fictifs du référendum.

  5. Cela ne lui a rien apporte. Il a perdu 16% de son electorat deja et cela va accroitre vu le mecontement generalise des senegal. Votons pour 2019 avec espoir de le remplacer. Apres on pourra creer des commisdions denquete sur les 52 milliards pour les cartes, le petrole et le gaz, lorganization des elections et autres.

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