L’habillement de la femme ne peut être abordé sans faire référence au problème du « voile islamique » en France qui depuis des années défraie la chronique dans ce pays et dans le monde. La France est le seul pays d’Europe et même d’Occident où le port du voile fait particulièrement l’objet de fixation. C’est le pays où le qualificatif ‘’islamique’’ est adjoint au voile, pour parler de ‘’voile islamique’’ ; alors que dans les pays de langue anglaise, on dit simplement headscarf (foulard de tête).

C’est une loi de 2004 qui est venue interdire « le port du voile islamique». L’interdiction concerne le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Les signes visés sont les plus ostensibles : le voile islamique, la kippa des garçons juifs, les grandes croix de certains chrétiens. Mais sont tolérés les signes discrets comme les petits bijoux (les petites croix chrétiennes portées comme pendentifs).

En fait, la mesure ne vise que l’habillement des femmes musulmanes. Les juifs continuent à porter leur kippa et les chrétiens leurs petites croix comme pendentifs.

C’est ainsi que des adolescentes de 15 ans à 17 ans sont refusées d’entrée dans leurs écoles pour avoir porté une tenue « non conforme ». Le Collectif contre l’Islamophobie en France a recensé 130 cas d’exclusion de collégiennes ou lycéennes en raison de leur tenue vestimentaire en 2014. Dans un lycée parisien, au mois de juillet 2016, la proviseure interdit d’entrée une élève de 17 ans convertie à l’Islam avec ce motif : sa jupe est trop longue. Dans la fonction publique française aussi le port du voile est interdit

Le paroxysme dans l’islamophobie et le ridicule vient d’une femme, Laurence Rossignol, ministre des droits de la femme (sous F. Hollande) avec en 2016 cette déclaration : … « On peut se poser la question : pourquoi faudrait-il cacher le corps des femmes ?… Je pense que quand on cache les corps des femmes, quand on les dissimule, quand on les efface, derrière, pas loin, il y a leur dissimulation et leur effacement de l’espace public. »

Cette loi a introduit des divisions même au sein du mouvement féministe français. Certaines féministes continuent à considérer le voile comme un symbole d’oppression, mais d’autres féministes combattent vigoureusement cette loi. C’est le cas de Chritine Delphy, figure de proue du féminisme en France, qui estime qu’aucun argument rationnel n’a été avancé pour interdire le port du voile à l’école ; une loi qui à ses yeux, est inique, raciste, et s’inscrit dans un aveuglement collectif. Un groupe de féministes françaises non- musulmanes ‘’Les Blédardes’’ a aussi combattu cette loi. Et ce ne sont pas les arguments qui manquent. Comment peut-on dans les écoles accepter des jeunes filles qui portent des tenues dénudant le nombril, et refuser d’autres jeunes filles qui se couvrent la tête ?

Les adversaires de la loi anti-voile pourraient se prévaloir de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, article 18, signée en France même, à Versailles, qui reconnaît ‘’la manifestation religieuse tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites’’. Le texte englobe le mode d’habillement avec le terme « les pratiques ».

Le verset 59 de la sourate 33 du Coran sur l’habillement de la femme musulmane est une recommandation ; il s’apparente plutôt à un conseil dans l’intérêt même des femmes. Si elles doivent s’- habiller comme le recommande le Coran, c’est d’abord pour qu’elles soient reconnues (you’rafna) comme musulmanes certes, mais aussi comme femmes de dignité, qui rien que par leur présentation extérieure imposent le respect et ne soient pas l’objet du voyeurisme de certains hommes et de leurs comportements malveillants. C’est pour leur éviter d’être you’zayna.

Le terme coranique (you’zayna ) est rendu dans les langues indo-européennes de traduction du verset par une gamme de mots tels que ‘’agacer’’, ‘’importuner’’, ‘’tourmenter’’, ‘’offenser’’, ‘’injurier’’ … Ils revoient tous au terme ‘’harceler’’. Il est recommandé à la femme musulmane de s’habiller d’une façon qui impose le respect. Cette recommandation est valable pour la femme qui sort de son domicile. Il est certain qu’une femme dont le corps est bien couvert a bien moins de chances d’être objet de convoitise de la part de certains hommes. Il s’agit donc de mesure de prévention et de protection, d’autant plus que le harcèlement sexuel dont sont victimes bon nombre de femmes dans la rue, dans les lieux de travail, dans les transports en commun, est non seulement stressant, aliénant, mais ouvre la voie bien souvent au viol.

Pour l’Egyptienne Safinaz Kazim, le voile est un ‘’imperméable moral’’ qui permet de se dérober du viol visuel par lequel certains hommes jouissent d’une femme sans son consentement. Pour elle, cette façon de s’habiller libère la femme de l’ostentation, lui évite d’être considérée comme un simple objet de désir ; c’est une illusion pour la femme de penser qu’elle se libère en dénudant aux yeux de tous une grande partie de son corps. Il convient tout de même de préciser que la façon qu’ont certaines femmes d’Asie centrale (Ouzbékistan, Afghanistan, Pakistan …) de s’habiller en burqa (tout en noir, le visage couvert ne laissant voir que les yeux) relève de leur culture et non de préceptes islamiques.

Simone de Beauvoir dans son livre Le deuxième sexe, 1949, qui est la Bible du féminisme, évoque la mode féminine d’habillement qui transforme la femme en objet pour le voyeurisme des hommes, avec une société qui lui demande de se transformer en objet érotique, pour être offerte comme une proie aux désirs mâles (p. 392). La romancière canadienne Nancy Huston apporte un autre éclairage sur le port du voile. Elle constate que la société actuelle est allumeuse, avec la présence partout de la nudité féminine. Aussi estime -t- elle, le port du voile chez certaines femmes signifie un refus de se soumettre aux diktats d’une société qui a décidé de tout montrer, et les femmes voilées ne sont pas plus opprimées que les femmes-mannequins squelettiques, refaites de la tête aux pieds, immobiles, figées dans des positions grotesques. Et de citer sa collègue québécoise Nelly Arcan : ‘’la burqa de chair ne vaut pas mieux que la burqa de tissu.’’

Le Français Julien Suaudeau, écrivain, enseignant aux Etats-Unis condamne ces mesures d’interdiction dans un article de presse intitulé ‘’La France contre le reste du monde’’ (7 septembre 2016) pour parler de «délire», « d’hystérie collective », « d’obsessions et névroses identitaires ». Comment la femme peut-elle revendiquer d’être traitée comme une égale si elle adopte un style vestimentaire qui amène les hommes à ne se focaliser que sur son corps partiellement dénudé, faisant totalement l’impasse sur sa personnalité, ses capacités intellectuelles et professionnelles ?

A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, de plus en plus d’étudiantes adoptent la tenue voilée, pour certaines, moins par conviction religieuse que par souci de faire barrage au harcèlement sexiste de leurs camarades étudiants ; ces derniers soit les respectent, soit les trouvent moins séduisantes. Ne voit-on pas dans les pays occidentaux des femmes célibataires porter l’alliance pour faire barrage à des hommes trop entreprenants ? Ce n’est pas le port du voile qui empêche la femme de penser et de s’exprimer. Les Ecritures du Judéo-christianisme ont-elles une position sur le problème de l’habillement de la femme ?

Dans le Judaïsme, les rabbins maudissent l’homme qui laisse voir les cheveux de sa femme, et la femme qui laisse voir ses cheveux est indexée comme apportant la pauvreté. Dans l’ancienne société juive, le voile était considéré comme un signe de respectabilité, de dignité, raison pour laquelle il était interdit aux prostituées de le porter. Dans la société juive actuelle, beaucoup de femmes ont tendance à substituer la perruque au voile. Dans le Nouveau Testament, Première Lettre de Paul à Timothée, on peut lire : – ‘’Je désire aussi que les femmes s’habillent d’une façon convenable, avec modestie et simplicité ; qu’elles ne s’ornent pas de coiffures compliquées, ou de bijoux d’or, ou de perles ou de vêtements coûteux, mais d’œuvres bonnes, comme il convient à des femmes qui déclarent respecter Dieu’’ (Timothée 2 : 9)

Une revisite de l’histoire de France a révélé que l’Islam n’est pas la première victime de l’interdiction vestimentaire. Alain Weill (Affiches impertinentes, improbables, incorrectes, insolites, Paris : 2010) nous apprend que, avant même la loi de 1905 sur la laïcité, Eugène Thomas maire du Kremlin Bicêtre (proche banlieue Sud de Paris), avait signé le 10 septembre 1900 un arrêté interdisant le port de la soutane sur le territoire de la commune (rapporté par Le Canard enchaîné du 5mai 2010). Ce qui montre que l’irrespect à l’égard de la religion est vieille en France.

A l’islamophobie depuis les croisades du 11ème au 13ème siècle est venu s’ajouter le phénomène de déchristianisation avancée. Revenons au Sénégal, avec un peu d’- histoire. Au départ est le club culturel et sportif Jeanne d’Arc aux couleurs Bleu et Blanc, créé en 1921 par les Pères Lecocq et Daniel Brottier. Le souci de ces deux ecclésiastiques français était de réunir Noirs, Européens, Métis, catholiques et musulmans dans un cercle de fraternité.

Personnellement, c’est à 18 ans que j’ai signé ma première licence de footballeur en junior dans ce club dont j’étais un fervent supporter pour devenir membre du comité directeur par la suite. La JA est un microcosme de l’harmonie confessionnelle au Sénégal. C’est une famille. Je n’y ai jamais perçu une trace de problème entre musulmans et chrétiens. Avant les matches, comme dans tous les autres clubs sénégalais, nous prenions tous ce que dans le milieu sportif on appelle le ‘’bain mystique’’ de protection, préparé avec des versets du Coran. Tout le monde s’y mettait, musulmans comme catholiques. Au coup d’envoi, certains de nos partenaires catholiques faisaient le signe de croix. C’est dans le sillage du club Jeanne d’Arc qu’est créée en 1939 l’école appelée Institution Sainte Jeanne d’Arc.

Le problème actuel est dû au fait qu’un groupe de cette école a tenté d’imiter ce qui se fait en France contre les jeunes filles musulmanes. Ce qui est un mauvais exemple. Des pays comme les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, les pays scandinaves … n’ont aucun problème avec ce qu’on appelle ‘’voile islamique’’ en France. L’interdiction du voile dans cette école sénégalaise n’aurait jamais existé si elle n’avait pas existé en France. Le Sénégal n’est pas la France. ISJA n’est pas sous régime d’exterritorialité susceptible de lui permettre d’instaurer dans le pays une loi étrangère tropicalisée en règlement intérieur. Le port du voile ne peut y être interdit.

L’harmonie religieuse et ethnique qui existe au Sénégal est un modèle envié partout dans le monde. On ne peut pas laisser des Sénégalais inviter dans le pays une loi issue de l’islamophobie de France. Il y a quelques années, le Collège Sacré-Cœur avait tenté d’interdire le port du voile, mais avait dû reculer. Il en sera chaque fois ainsi parce que : inconcevable, inadmissible. Pourquoi interdire au Sénégal ce qui sur l’ensemble de la planète n’est interdit que dans la seule France ? Si chaque entité sociale ne voulait s’en remettre qu’à son règlement intérieur, que deviendrait cette union nationale ancrée dans nos us et coutumes, entérinée par toutes nos Constitutions ?

2 Commentaires

  1. Faux ! Le voile est une importation d’Arabie ! Elle n’a jamais fait partie de la culture des sociétés africaines sahéliennes qui sont pourtant musulmanes depuis longtemps, mais où les femmes ont d’autres usages vestimentaires pour la tête. C’est un signe que les khalifes fondateurs de nos confréries ne l’ont jamais imposé aux femmes. C’est parce que eux connaissent notre contexte social et culturel. Donc arrêtez de nous vendre des comportements et des cultures venus d’ailleurs ! Nous ne sommes pas des Arabes et nos mères et sœurs ne sont pas des femmes arabes. Arrêtez ce complexe ! Aucun Arabe n’adoptera des usages vestimentaires africains. Aucun ! Alors pourquoi nous ?? Complexés…

  2. Le foulard de tête de nos femmes serait-il banni par l’islam ? Chaque peuple n’aurait-il pas ses coiffes , ses habits ? Les Arabes accepteraient-ils que nos femmes aient leurs « moussors » si variés , à la place de ce voile , dans les places d’Arabie ? Question posée !

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