XALIMANEWS : Il y a 100 ans, les piétons traversaient la rue librement, n’importe où, puis les premiers entrepreneurs de l’industrie automobilie ont redéfini les règles…

Si l’existence des passages pour piétons semble aujourd’hui logique et incontestable, le grand public en a par contre oublié la genèse et la pression des entreprises automobiles, au début du siècle passé, pour s’approprier la voie publique. À l’apparition de la voiture, ce n’était en effet pas au piéton d’éviter le véhicule mais le contraire, rappelle un article de Vox.

La rue, un lieu de vie
Ainsi, dans les années 1920, une campagne lancée par les lobbies de l’industrie automobile américaine a réussi à changer la donne et à imposer ses propres règles pour littéralement prendre le contrôle d’un espace partagé jusqu’alors équitablement par… tout le monde: enfants, vendeurs ambulants, calèches, cyclistes et les premiers conducteurs.

La voiture, un danger mortel
Mais la multiplication des véhicules motorisés au début des années 1920 fait rapidement grimper en flèche le nombre de victimes d’accidents. Ces machines étaient alors perçues comme un luxe excentrique, arrogant et sophistiqué, à l’image des yachts privés aujourd’hui. Elle symbolisaient le mal absolu car elles semaient la mort sur leur passage. La presse condamnait ses crimes. La justice aussi: l’automobiliste était d’ailleurs généralement jugé coupable d’homicide, quelles que fussent les circonstances.

Ralentissement imposé
Le bilan du « massacre » prit une telle ampleur que les militants hostiles au progrès tentèrent d’imposer un sérieux coup de frein à la nouvelle technologie. Ils souhaitaient limiter la vitesse autorisée à 40km/h. L’initiative a évidemment effrayé le secteur automobile. Bien déterminés à inverser le rapport de force, les constructeurs ont réussi à imposer leur vision et à éloigner le piéton du chemin. Comment? En encourageant la création de passage pour piétons… obligatoires sous peine d’amende.

Humilier le piéton en infraction
Mais tout ne s’est pas arrêté là. Il s’agissait en effet de convaincre l’opinion à adopter cette nouvelle norme, de sensibiliser la population à son usage, donc de la « dé-victimiser », voire de la dépeindre ridiculement, à l’image du « piéton désinvolte« . Pour ce faire, les lobbies ont encouragé la presse à pointer sa responsabilité lors d’accidents, ont lancé des campagnes de respect du code de la route et même réussi à imposer le sifflet au sein de la police: pour « humilier » publiquement le contrevenant. Le terme « jaywalking » (« piéton qui traverse en dehors du passage clouté ») passait dans le vocabulaire américain courant. La rue venait de changer de camp…

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