Inna fadla bi yadi lâhi youtihi man yachâhou

Wa lahou Wâsihoun

Alimoun

C’est Dieu qui détient les faveurs , il les dispense à qui il veut , Dieu est vaste et omniscient (Coran)

L’imam Mohamadou Sakhir Gaye , fils de Cheikh Djibril Gaye et de Farmata Lô , est un enfant du village de Yeumbeul  qui lui doit beaucoup, et auquel il est resté fidèle toute sa vie.

Décédé le 24 mai 2001, il a laissé durant son passage , des marques indélébiles qui encore aujourd’hui attestent de sa grandeur, et font la fierté des jeunes générations.

En digne héritier de Tafsir Djibril Gaye et de Cheikh Matar Lô , il est aimé et estimé , non seulement par les musulmans, mais aussi très respecté par les incroyants et les adeptes des autres religions.

Cette tolérance, son humilité , sa modestie, il les a tirées de sa Foi, et de sa pratique de l’esprit du Soufisme dont il a su si bien s’imprégner et constamment se nourrir.

Grand protecteur de la Parole du Mahdi Seydina Limamou Laay (PSL), il avait fait sienne la jihadou nafsi , cette lutte de tous les jours , contre nos propres passions , et qui, en cette période trouble de l’histoire de l’humanité , se veut le moyen le plus indiqué et le plus efficace contre les ravages de l’islamisme radical . En effet, le nafsi se révèle être la principale cible des tentations de ce bas monde .Dès lors, aller en guerre contre lui s’avère être d’une impérieuse nécessité.

C’est pourquoi, en collaboration avec le Professeur Assane Sylla , Layène comme lui, il a écrit un livre sur : « le Mahdi Mouhamadou Seydina Limamou Laye du Sénégal ».

Dans cette veine, le 30 novembre 1973 , à la demande du Khalife Seydina Issa Thiaw Laye (PSL) , il termine son livre intitulé « irchâdou ibâdillah ilas sawab min khoutoubis Seydinâ Imamillâh », « Guide des Serviteurs de Dieu vers ce qui est authentique dans les Sermons de Seydina Limâmou Lahi (ASL) », dans le sens d’une reproduction fidèle de l’esprit des Sermons.

Mais l’imam-protecteur va se révéler être aussi un fin pédagogue doublé d’un éminent juriste en droit islamique.

A l’instar de ses parents, il s’adonne avec une très grande conviction et détermination à l’enseignement , et ouvre, dans la lancée , son école, avant de s’envoler pour le Maroc , muni d’une bourse pour des études supérieures.

A la surprise de toute la communauté , il laisse sa famille derrière lui pour aller en quête de savoirs, mais plus encore , d’un diplôme qui justifie, valorise et valide ses connaissances.

Au bout de quatre années , après de brillantes études universitaires, il obtint une licence en droit islamique. Mais , au lieu d’embrasser des carrières prestigieuses comme la diplomatie, les cabinets d’avocats ou même l’enseignement universitaire pour gagner de l’argent, il retourna , à la stupeur de tout le monde, à sa modeste école , pour y continuer son sacerdoce, et reprendre une vie austère.

En réalité, l’imam Sakhir va développer son crédo et sa mission de formateur-sauveur des enfants et de la jeunesse. Il voulait écrire son propre récit , sa propre narration devant l’Histoire.

Son sens élevé de la pédagogie et du didactisme, son esprit tout tourné vers le devoir religieux, ses ambitions pour l’élévation et la sublimation des élèves et apprenants, son sens développé de la nécessité du partage et de la transmission du savoir, vont faire de lui un Maître hors pair.

C’est ainsi que , dans ses écoles de Yeumbeul et Malika , mais aussi dans ses cours du soir pour adultes et enseignants dans l’optique d’un perfectionnement et d’une formation continus, il va prôner un enseignement ancré sur la Parole , la tradition et les valeurs cardinales , comme le voulait le Mahdi.

Il voulait apprendre à apprendre , enseigner aux enseignants pour que nul n’en ignore, pour qu’ils puissent   à leur tour transmettre le témoin et hisser le flambeau , et ainsi donner naissance à une école saine et porteuse de progrès, ouverte sur le monde , et capable de s’adapter aux réalités socio économiques modernes, mais aussi portée sur des connaissances coraniques et exégétiques authentiques.

Dès lors, cet homme hors du commun , et qui déjà , à 9 ou 10 ans , pratiquait presque en permanence le jeûne, cet ami  , confident, compagnon de l’actuel Khalife des Layènes  Seydina Abdoulaye Thiaw Laye , ce grand esprit éclairé qui disait à qui voulait l’entendre « je ne fais pas de la politique, mais je ne m’oppose pas », va mettre en place un cursus encyclopédique et éclectique dans lequel vont se retrouver différentes matières essentielles et fondatrices : l’oralité, la récitation des hadiths et versets du Coran,  la sunna et la farata, le Soufisme , la langue arabe , les ressources et les utilités du Coran, la législation fondamentale islamique , la charia à travers ses diverses déclinaisons , avec les grandes écoles connues ou moins connues , les prières , la venue du Mahdi et son témoin Issa , la dévotion successorale , l’histoire pluridimensionnelle , les mathématiques , l’alchimie des nombres , l’humilité et la modestie , la discrétion , la valeur du silence comme conduite primordiale.

En fait, l’imam Sakhir n’apprenait aux autres que ce que déjà lui il savait, et surtout était.

Lui que les gens appelaient affectueusement « Baay sakhir , se voulait exemplaire en toutes circonstances , par ses actes , ses comportements, ses attitudes, son ascèse.

Même son silence reflétait sa personnalité et déteignait sur ceux qui l’approchaient.

Sa modestie, son humilité, sa tolérance , le fait d’être  toujours au-delà des tarikhas , des confréries (il a lui-même tenu  à choisir un autre officiant imam Tidiane durant tout son imamat ), induisaient un questionnement permanent des fidèles qui buvaient ses sermons comme du petit lait.

C’est lui qui , le premier , a balisé le chemin de la rupture  et de la révolution, en osant  déclamer des sermons dans sa langue maternelle wolof. En fait  , en tant qu’érudit, chercheur, philosophe , hommes de lettres , sociologue, poète , chanteur, écrivain et humaniste, il avait perçu , à l’instar des savants tels que l’égyptologue Cheikh Anta Diop et le Professeur Assane Sylla , combien la langue était un soubassement dans l’acquisition du savoir , et  qu’elle n’était jamais innocente ni neutre quant à son empreinte sur le cerveau humain et ses fonctions de cognition.

Ce changement radical dans les sermons de la grande prière du vendredi ,  est devenu de nos jours monnaie courante , et une démarche ordinaire dans toutes les mosquées.

Et si aujourd’hui « la lumière s’est éteinte » , comme le dit si bien la chanson , ce merveilleux Moukhadam sous le Khalifat de Seydina Mandione Laye (PSL) a laissé derrière lui de solides héritiers capables de relever tous les défis auxquels il a toujours su faire face.

C’est vrai qu’à Yeumbeul , sa maison ne désemplissait pas : elle était ouverte à tout le monde, notamment aux chercheurs , savants, érudits , étudiants, curieux, tous fébriles , et toujours impatients et heureux de lui rendre visite. Cependant , sa générosité , son humilité, sa grandeur d’âme, sa modestie, l’ampleur de ses savoirs polyphoniques , ne l’empêchaient nullement de toujours dire la vérité , et d’afficher son franc-parler légendaire , devant ses hôtes.

Il en est aujourd’hui de même avec les imams Souleymane Diop Maneex, Seydina Gaye, Djibril Diop,  ses successeurs à  la lourde charge de l’imamat.

Yeumbeul peut donc dormir tranquille , dans la continuité assurée d’un noble et précieux  héritage.

Dans la tradition du Soufisme, à travers le monde, ses enfants vulgarisent avec bonheur et ferveur,  la dimension pédagogique de son ardeur spirituelle et de ses savoirs pluriels , en intégrant la Civilisation de l’Universel et la sphère de la mondialisation et du partage.

Baay Cheikh Gaye , en penseur, chercheur et poète flamboyant continue et perpétue la Mission en France et en Europe, pendant que Mamadou Gaye , un autre fils , est devenu un célèbre musicien de soufi-jazz , courant musical dont il est le créateur , l’inventeur , et un formidable joueur de hang  ,de par le monde, cet instrument inventé il y a peu par un Suisse ,  et dont  jouent à peine plusieurs dizaines de passionnés dans le monde.

Ainsi la Tradition et l’esprit sont saufs . Quant à la lettre, elle continue encore à vivre dans les textes sublimes conservés et préservés des scories du Temps.

Mais laissons le dernier mot au chanteur : Baay Sakhir say jëf du niil sa tur du fay , weetal nga axlulkiram ak wa axlulaaay.

Dr Ndongo MBAYE

Docteur-es-lettres , sociologue et journaliste

Poète-écrivain

4 Commentaires

  1. Dieureudieuf Laye Alassane, très très bel article. Cela fait déjà 15 que l’Imam Sakhir, que j’appelais affectueusement papa Sakhir, éminent homme de Dieu, nous a quitté. Jumeau spirituel de feu le professeur Assane Sylla (papa), sa dimension n’est plus à prouver et je confirme la relève est bel et bien assurée macha Allah. Je remercie Allah et suis très fiére de les avoir bien connus et côtoyés

  2. Salam. Je ne suis pas un homme de la plume mais je viens simplement magnifier l’écrit d’un idole, d’un oncle de yeumbeul, d’un éducateur de lettres et d’un ami d’esprit comme de coeur. Pr Mbaye je magnifie ce que vous faites depuis mon jeune âge de 8 ans. Je suis, par une émulation digne et humaine, devenu un apprenant des écoles du Québec. Mon père et mon penseur Cheikh Mouhamed SAKHIR fils de Cheikh Djibril est un descendant de la lignée de Cheikh Mouhamed Lamine Gaye de Diamoye Gaye. Ce dernier est le fils de Cheikh Moustapha Gaye qui est le fils de Cheikh Mouhaed Sini Gaye. Celui ci est fils de Cheikh Mouhamed Bara Anta Gaye. C’est votre éléve, votre étudiant et votre apprenant yeumbeulois Pr Serigne Mouhamed Lamine Gaye Diamoye fils aîné d’Aida LEYE fille de feu Moussa LEYE l’ami de feu Malikane Mbaye. Pr MAMADOU GAYE DIT SERIGNE GAYE. SVP demander BOUMI, ASS, ISSA et autres. Mes condoléances pour mon grand mon ami Abdoulaye Thiaw. Salam

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