L’urgence est là !
Des cars de transports en commun brûlés, des essenceries mises à sac, les rideaux des magasins de l’Avenue Lamine Guèye baissés, le marché Sandaga assiégé, obligeant les commerçants à fermer leurs cantines. Pendant quelques heures, Dakar ressemblait hier, lundi 22 octobre, à une ville en proie à une folie destructrice.
Le vandalisme avait repris ses quartiers, le temps d’une matinée d’enfer. Une centaine de voitures privées sagement stationnées dans des parkings ont été caillassées. Comme ça. Sans aucune raison apparente. Cependant, quoi qu’ils puissent en dire, la responsabilité des Thiantacounes ne saurait être occultée. Qu’ils aient été infiltrés comme ils le subodorent ou pas, importe peu. Cela ne saurait nullement les absoudre. Quand on veut manifester comme ils l’ont fait, on se doit en démocratie, conformément à son droit constitutionnel, de se conformer à la loi.
On procède à une déclaration et on prend des dispositions internes pour encadrer sa manifestation afin de canaliser tout débordement et toute infiltration éventuels. On ne peut se mettre volontairement en marge de la loi et en même temps botter en touche en cas de dysfonctionnement en choisissant de se défausser sur les autres. C’est quand même extraordinaire ce qui s’est passé hier. Le cœur de la capitale a été attaqué. Des voitures de particuliers ont été vandalisées devant le ministère des Affaires étrangères et dans les rues avoisinantes. A quelques encablures du Palais présidentiel. Les forces de l’ordre chargées de veiller à la sécurité des biens et des personnes étaient étrangement absentes. Se trompant de rôles, elles avaient plutôt revêtu les habits de Sapeurs pompiers en choisissant d’arriver à chaque fois après les échauffourées. Comme si on leur avait assigné la mission de constater les dégâts. Et il n’y a rien de pire que de donner aux citoyens le sentiment de ne pas être protégés. Au risque qu’ils prennent le parti de se défendre eux-mêmes avec tous les dérapages qui peuvent en découler.
L’absence d’ordre crée le désordre au grand dam de tout le monde. Qui plus est, la manifestation des Thiantacounes n’était pas tenue secrète. Ils avaient menacé de marcher et des responsables du Pds avaient retenu de faire désormais jonction avec eux. Pourquoi le ministère de l’Intérieur n’a-t-il pas alors pris toutes les mesures nécessaires en pareille circonstance ? Au lieu de cela, il a donné l’impression d’être surpris et débordé Il y avait comme le remake d’un laxisme ambiant. En atteste vendredi dernier, avec l’occupation d’une partie de la corniche au niveau de la prison de Rebeuss. Le ministre de l’Intérieur qui passait par là a baissé sa vitre pour faire coucou aux manifestants. Se prenait-il pour une star adulée par ses fans ? Il a dû rapidement déchanter si tel était l’objectif visé puisqu’en retour, en lieu et place des vivats escomptés, il a été bombardé de sachets d’eau. Ça frise l’incompétence pour ne pas dire l’irresponsabilité. Ne serait-il donc pas à sa place ?
Cette question se pose d’autant plus que, on se rappelle que suite à une question de Radio France internationale (Rfi) relative à la profanation des cimetières Saint-Lazare de Béthanie et Bel Air, il a exhorté à ne pas traiter la question sous l’angle religieux car, a t-il indiqué : « il n’y a pas d’interférence religieuse. C’est une affaire entre catholiques ». Et d’enfoncer le cou : »Le présumé auteur arrêté est un catholique ».
Renversant ! A croire qu’il y a une erreur de casting. Si tel est le cas, il est important que le chef de l’Etat en tire immédiatement toutes les conséquences avant que le ciel ne nous tombe sur la tête. Déjà avec les violences qui ont lieu lors du match de qualification pour la Can 2013 opposant le Sénégal contre la Côte d’Ivoire, certains observateurs avaient mis l’accent sur certains manquements imputables à la sécurité. Sans oublier qu’en dehors du terrain, un peu partout, que ce soit en ville ou en banlieue, la violence est au rendez vous à travers des agressions, des viols et des meurtres.
On ne peut pas par conséquent continuer à se boucher les oreilles, à fermer les yeux et à s’abîmer dans un discours incantatoire qui, à force de s’enrouler dans l’illusion de ses fantasmes, passe à côté d’un réel destructeur et emportant tout sur son passage. Ici et maintenant. On ne peut continuer à se complaire dans l’évocation d’un Sénégal « pays de la Téranga » et de la convivialité. Il y a manifestement un gros malaise qui, depuis ces vingt dernières années, est en train de pénétrer le corps social jusqu’à le perturber totalement. Il faut lui trouver des réponses.
Hier, il était frappant de voir jetés dans la rue des jeunes, filles et garçons, comme une désespérance étalée au grand jour. Le chômage qui gagne du terrain est, on le sait, un terrain qui rend possible toutes sortes de recrutements pour toutes les sales besognes. Mais cela ne saurait être une excuse à l’anarchie.
Trop de gens à Dakar, en banlieue, dans les régions sont interdits d’avenir et ne peuvent même pas essayer de s’exfiltrer tant les ailleurs sont devenus, à tous points de vue, difficiles d’accès. L’urgence est là. On ne peut donc se contenter, comme l’a fait le Secrétaire général du gouvernement (Voir Sud quotidien de lundi 22 octobre 2012), de dire qu’ «il n’y a pas immobilisme» mais plutôt «impatiences des Sénégalais». Que «le gouvernement n’a pas perdu son autorité» et que les «Sénégalais ne s’en sont pas pris à l’Etat», relativement aux violences de ces dernières semaines. Ne pas voir que l’Etat a été défié et qu’il n’a pas su se montrer protecteur revient à pratiquer la politique de l’autruche.
par Vieux SAVANE













