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Publie le: Vendredi 08 janvier, 2010

Mamadou Dia raconte les fissures entre lui et Senghor

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VICISSITUDES DE LA VIE D’UN MILITANT DU TIERS-MONDE DE MAMADOU DIA, PUBLISUD, 244 PAGES Extraits…Extraits…Extraits…Extraits Au début de ce chapitre Mamadou Dia raconte les fissures entre lui et Senghor

Chapitre IV

DECEMBRE 1962 : LA CHUTE

(…) Je crois que c’est dans les six mois qui ont précédé ma chute, en décembre 1962, que j’ai perçu le danger, de façon nette. Je venais d’annoncer un certain nombre de mesures de radicalisation sur le plan économique, de décider, avec l’approbation du parti, la mise en œuvre de la troisième phase de radicalisation de la Socialisation de l’Economie Agricole, en prenant en main tout le secteur…d’assainissement, également, des mœurs politiques en interdisant à la classe politique de s’occuper en même temps, d’affaires. Et puis, sur le plan des relations avec la France, révision des Accords pour aller dans le sens d’une indépendance plus complète, notamment en matière monétaire. J’avais, d’ailleurs, réussi à obtenir, du gouvernement français des modifications substantielles au régime Monétaire qui, si elles avaient été appliquées, nous auraient certainement permis de constituer une zone monétaire Ouest-Africaine où auraient pu entrer des Pays comme la Guinée et dont la Mauritanie ne serait certainement pas sortie…

(…) Sur le plan des accords militaires, révision profonde également, qui devait voir disparaître les bases militaires françaises, notamment la Base de Dakar. Il ne devait plus y avoir de soldat français au Sénégal (…) En ce qui concerne la sénégalisation des postes, j’avais déjà conçu un accord avec le gouvernement français de suppression de l’Assistance technique française, en personnel. Et si j’étais resté six mois de plus, au Gouvernement, il n’y aurait eu presque plus de personnel français au Sénégal, à part quelques échelons, dans les Cabinets.

Sur ces réformes, je sentais que Senghor ne disait rien. Il n’exprimait pas son hostilité, mais il était froid. Il se faisait, de temps en temps, l’écho des amis qui se plaignaient que ma politique était en train d’ « apeurer » les Capitaux…

Ces mesures ne plaisaient pas…Mais, on n’osait pas s’y opposer ouvertement. Et puis, comme Senghor ne voulait pas, et ne pouvait pas, non plus, attaquer sur ce plan qui relève de l’orientation politique, il a cherché des prétextes, des biais. C’est, alors, qu’il a sorti des histoires de conflit avec un certain nombre de mes Ministres. D’abord obèye Diop, qui était ministre de l’Information et qui, disait-il, « le minimisait »…quand il voyageait avec lui, sabotait ses voyages ; ensuite, Joseph Mbaye, ministre de l’Economie rurale, qui ne donnait pas satisfaction à la demande de ses protégés ; enfin Valdiodio Ndiaye, ministre de l’Intérieur qui ne lui inspirait pas confiance et qui semblait constituer avec Diop et Joseph Mbaye un groupe qui cherchait à l’éliminer… Si sur le premier point il était évasif, c’est-à-dire ma politique, sur le second, il était plus explicite. Mais il ne me mettait jamais moi-même en cause. Les choses vont éclater, à propos d’un « Gamou » à Kaolack, où Joseph Mbaye était allé représenter le Gouvernement. Senghor l’accusera d’y avoir tenu des propos d’où il résultait que lui, Senghor, catholique, ne devait pas être à la tête du Sénégal… !Alors que je croyais lui avoir donné la preuve du contraire depuis notre départ de la SFIO, en 1948 !

J’avais remarqué chez lui un certain malaise, une indisposition grandissante qu’il ne parvenait pas à réprimer, comme à l’occasion de mes voyages à l’extérieur, qui, pourtant, n’étaient pas du tout des voyages que je provoquais moi-même. Le fait que ce n’était pas lui, chef de l’Etat qu’on invitait le gênait terriblement. (…) Quand il s’agissait du Conseil des Ministres sénégalais, il n’y avait pas de problèmes. Mais quand c’était une réunion entre Etats, avec des régimes présidentiels, comme partout ailleurs, je sentais qu’il était un peu ennuyé, mais il ne me le disait pas.

Jusqu’au jour où je ne pouvais plus supporter d’entendre dire que « cela n’allait pas, qu’il y avait un malaise entre Senghor et moi, que Senghor se plaignait ; pas de moi, mais, d’un certain nombre de mes ministres »… Alors, je suis allé au-devant de lui. C’était à Paris, à l’occasion d’un voyage, dans le bureau de Guillabert, à l’Ambassade. Nous avons eu une explication. Avait-il quelque chose à me reprocher ? Si c’était le cas, lui ai-je dit, j’étais prêt à me retirer et même à lui faciliter les choses puisque je me chargerais moi-même de défendre-au cas où le type de régime serait en cause-le régime présidentiel, devant le parti et devant le pays. Il m’a dit qu’il n’en était pas question… « Pas question ! Nous nous complétons. Le travail que tu fais, je ne peux pas le faire. J’ai déjà eu l’occasion de te le dire…personnellement, je n’ai rigoureusement rien à te reprocher à toi, Mamadou Dia ! J’en veux à un certain nombre de tes ministres. Je ne demande pas, pour tous, leur départ du Gouvernement. Il y a que je trouve Obèye Diop absolument indésirable ; je ne peux plus cohabiter avec lui, dans le Gouvernement. Les deux autres, Joseph Mbaye et Valdiodio Ndiaye, je te demande simplement de les changer de ministère ».

A la suite de cet entretien, dès mon retour à Dakar, j’ai procédé à un remaniement ministériel dans le sens qu’il m’avait lui-même indiqué, en enlevant Obèye Diop du Gouvernement, en changeant Valdiodio Ndiaye qui quittera le ministère de l’Intérieur pour celui des Finances et Joseph Mbaye, le ministère de l’Economie rurale pour celui des Travaux publics. Dans ces conditions, je considérais que, pour ma part, l’incident était clos et qu’il ne devait plus y avoir, par conséquent, de débat… Mais, j’avais remarqué que, malgré tout, il était resté froid et réservé. Au lendemain de ce remaniement, Jean Collin, alors secrétaire général du Gouvernement, est venu me présenter les documents y relatifs, à signer. A la suite de quoi, j’ai dit : « Bon, voilà ! J’espère que maintenant c’est terminé ». Il laissera échapper son scepticisme par cette expression : « Ah, vous croyez ? » « Oui, fis-je parce que maintenant le Président, a eu satisfaction. Il demandait qu’on change des ministres ; ils sont changés ; qu’on enlève Obèye Diop : je l’ai fait ». Et Collin, toujours : « Vous croyez, Monsieur le président ? »

Jean Collin en savait plus, il n’en dit pas davantage. Il avait épousé une nièce de Senghor. Peut-être était-il tenu par le secret de famille. Peut-être aussi, préféra-t-il, par calcul, rester prudent.

Hamidou SAGNA

LAGAZETTE.sn

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