I)                      Introduction

La Banque mondiale vient de publier une Etude intitulée «  Sénégal : de meilleurs marchés  pour tous grâce à la politique de la concurrence ».

Ce titre plutôt évocateur de l’objet de cette Etude qui veut faire croire que  la concurrence permet à tous les acteurs d’avoir de « meilleurs  marchés » n’et fondé sur aucune base empirique. Au contraire, la «  concurrence »  élimine du marché les plus faibles, par leur mise en faillite,  et accroît la richesse des plus forts puisque disposant de meilleures technologies et de meilleures ressources humaines, du fait qu’ils disposent de plus de capitaux.

C’est  ce qui s’est vérifié au plan mondial, où la concurrence a conduit à l’apparition de «  monopoles »  sous les cendres de petites et moyennes entreprises,  et a  produit, grâce au soutien de  leurs Etats, leur transformation en puissantes multinationales, dont les GAFA qui régentent le monde d’aujourd’hui.

Même aux  Etats Unis,  le Président Trump, pour défendre  les intérêts des multinationales des énergies fossiles et du Charbon,  s’est détourné du crédo  sacro- saint  « d’un marché de libre concurrence », dans lequel il voit  aujourd’hui, des dangers pour la production industrielle  et les emplois de son  pays.

Au Sénégal,  c’est  à travers l’ajustement structurel que la Banque mondiale, au prétexte de la promotion de la concurrence, avait  édité des réformes qui ont abouti à détruire les capacités de production de la grande majorité des exploitations agricoles familiales productrices d’arachides, et à  les jeter dans la pauvreté en éliminant une bonne partie d’entre elles du marché de l’arachide  qui était programmée d’une belle mort au profit de l’importation de l’huile végétale.

La Banque mondiale n’a donc pas vouloir revoir  de façon critique, l’expérience acquise au Sénégal dans la mise en œuvre de son crédo de réformes libérales de l’Economie, ni tenir compte des évolutions qu’il connaît aux Etats  Unis même, sous Trump, pour doper la croissance de son Economie et  l’emploi de ses concitoyens.

Mais pour convaincre les Sénégalais du bien fait de ses réformes libérales pour plus de concurrence, notamment dans la réduction de la pauvreté, elle n’a trouvé mieux que de nous faire du «  réchauffé »,  en sortant des évaluations faites  en 2011, de l’effet de la baisse de 10%  des prix de l’huile végétale entraînée ces réformes, sur le pouvoir d’achat des consommateurs et sur la réduction de la pauvreté.

De ce fait, la Banque mondiale fait comme si en 2019, les prix de l’huile végétale et le taux de pauvreté  au Sénégal, sont les mêmes qu’en 2011, pour faire croire au sérieux de ses recommandations.

Ce qui  montre à quel point, la Banque mondiale est restée prisonnière de son apriori  idéologique libéral, qui voue  à l’échec ses réformes libérales aux conséquences lourdes  de détresse sociale pour les populations.

C’est pour cela que cette réponse à l’Etude de la Banque mondiale part d’un rappel historique du fondement de ces réformes et  du bilan de leur mise en œuvre dans la filière arachidière,  avant  d’analyser les tenants et aboutissants des mesures de réforme qu’elle propose au jourd’hui, dans un contexte où les Nations Unies ont décidé de consacrer à partir de cette année, toute une décennie de promotion de l’exploitation agricole familiale,  qui est au cœur de notre système  de production agricole,  que vingt ans d’ajustement structurel et dix ans de  règne d’un pouvoir libéral  n’ont pu détruire.

                                                II) Rappel historique

a)      La situation avant les politiques libérales de la Banque mondiale

Les défis de l’autosuffisance alimentaire  et de modernisation de l’agriculture paysanne africaine ont été, depuis les Indépendances des années 60, ce que les Etats Africains au Sud du Sahara,  se devaient de relever pour sortir du sous-développement.

Cependant, durant la première décennie des Indépendances, les Gouvernements africains n’ont pas été en mesure d’assumer des politiques de rupture avec les fonctions traditionnelles que les puissances coloniales avaient assignées à l’agriculture africaine.

Ces fonctions consistaient d’une part,  à produire et à exporter les produits de base dont les industries alimentaires et textile des puissances coloniales avaient besoin (arachide, café, cacao, thé, coton etc.), et d’autre part, à importer pour se nourrir, s’habiller et s’équiper.

Mais, dès la deuxième décennie des Indépendances, les exigences de la restructuration des économies des ex-puissances coloniales en Europe, en pleine construction d’un vaste marché commun, avaient entraîné des changements importants dans la politique des pays européens pour satisfaire leurs besoins en produits alimentaires et textiles.

C’est ainsi que les politiques nationales des pays d’Europe, de soutien à la production  des produits de base dans les pays africains dont les Européens avaient besoin, avaient cédé le pas à une politique commune d’aide au développement.

Cette nouvelle politique est matérialisée par la création du fonds de stabilisation des prix des exportations agricoles des pays en développement membres du groupe ACP/UE, le STABEX.

C’est ainsi, par exemple, que le soutien du prix d’exportation de l’arachide de 25% garanti par la France au Sénégal , a été supprimé dès 1964/65, et remplacé par la suite par le STABEX géré par la Commission de l’Union Européenne.

C’est ainsi, aussi, que pour le coton,  un accord multifibre à l’échelon mondial garantissait la stabilité des prix.

Dans cette nouvelle situation, les recettes d’exportation des produits agricoles stabilisés dans un vaste marché européen protégé, devraient pouvoir servir à importer la nourriture et l’habillement nécessaires aux pays africains, avec le recours, si besoin, à l’aide alimentaire et à la « friperie ».

Ces mutations dans les économies  Européennes et dans leurs rapports avec les politiques agricoles des anciennes colonies africaines, se déroulaient dans un contexte mondial d’abondance de capitaux (pétrodollars, et eurodollars) avec de bas taux d’intérêt et de bas taux  de change du dollar,  qui encourageaient les Etats Africains à s’endetter pour finaliser leurs projets de production agricole, souvent élaborés à partir de Bureaux d’Etude des ex-puissances coloniales.

Cette deuxième décennie des Indépendances se soldait par des déficits de plus en plus lourds de la balance des paiements extérieurs et de la balance commerciale des Etats Africains à cause d’une forte  détérioration des termes de l’échange , par un endettement jugé déjà insupportable, et par une crise alimentaire sous le double effet de la péjoration du climat, particulièrement en Afrique sahélienne, et de la flambée des prix alimentaires importés.

Cette situation, dans les pays africains, était grosse de troubles sociaux, et même de révolution, dans un contexte mondial de « guerre froide » exacerbée.

Ce fut la période cruciale des luttes armées de libération nationale en Angola, au Mozambique, en Rhodésie, devenue Zimbabwe, et de luttes anti coloniales  et anti racistes en Namibie et en Afrique du Sud.

Cette  situation explosive en Afrique avait mobilisé les pays développés  du camp capitaliste mondial au sein de la FAO, pour proposer des voies de sortie de crise de l’agriculture africaine pour les 25 années à venir.

Mais,  au paravent, ce fut d’abord l’Assemblée des Chefs d’Etats et de Gouvernements, au sein de l’OUA, qui adoptait en Juillet 1985, « le Programme prioritaire du redressement économique de l’Afrique » pour 1986/1990.

Ce programme faisait de l’agriculture la « priorité des priorités », et plaçait la résolution des problèmes alimentaires de l’Afrique, au centre de ses préoccupations et projets.

Ce programme fut entièrement tenu en compte dans la Résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies, adoptée par la suite, et intitulée « Programme d’Action des Nations Unies pour le Redressement Economique et le Développement de l’Afrique 1986/1990 ».

C’est donc sur cette base que la FAO avait mis en œuvre une étude pour proposer un « Programme d’action pour l’agriculture africaine les 25 prochaines années ».

Dans ce programme, la FAO préconisait l’amélioration de ce qu’elle  avait appelé les « quatre i », du développement agricole que sont : «  incitations », « intrants », « institution » et « infrastructures ».

Mais elle attirait, en même temps, l’attention sur « les problèmes » que pose le poids du remboursement de la dette extérieure africaine sur leur capacité à réaliser  le Programme,  et le « manque de devises » des pays d’Afrique qui aggrave  cette situation.

Elle recommandait donc que «  les Programmes de reconversion  de la dette devaient favoriser la reprise de la croissance », et que «  les accords commerciaux devaient faciliter l’accession à l’autosuffisance alimentaire, en permettant à l’Afrique de développer ses ventes des produits agricoles à « des prix raisonnables ».

Donc pour la FAO, il s’agissait de «   reconvertir la dette  en moyens de financement pour la reprise de la  croissance ».

Mais malgré ces bonnes intentions, le FMI et la Banque Mondiale imposèrent, sous l’impulsion  des Etats Unis, des Programmes d’Ajustement Structurel  (PAS), axés  sur le remboursement prioritaire de la dette extérieure et sur le développement de produits exportables, et préconisaient de remplacer l’objectif « d’autosuffisance alimentaire » par l’objectif de « sécurité alimentaire ».

Ces programmes d’Ajustement structurel perpétuaient ainsi l’orientation coloniale de l’agriculture africaine tournée vers la production et l’exportation des produits de base et l’importation  de produits alimentaires

Ainsi, les programmes d’ajustement ont remplacé le «  Programme Prioritaire de redressement économique de l’Afrique 1986/1990 »,  malgré l’appui de l’Assemblée Générale des Nations Unies, conforté par  le Programme de la FAO pour l’agriculture africaine pour les 25 années à venir.

En outre, le choix des programmes d’ajustement s’est fait pays par pays et perpétuait ainsi la balkanisation des Etats – africains , dont les économies respectives restaient confinées  dans les limites des frontières  héritées du colonialisme , mais toujours tournées vers les marchés des pays développés où elles continuaient de subir les affres de l’échange inégal.

Donc, les Chefs d’Etats africains renonçaient ainsi à leur volonté proclamée dans leur « Programme prioritaire » de construire l’Unité Africaine en mettant en valeur leurs complémentarités agricoles, grâce à l’exploitation commune de leurs ressources en eau et en énergie au service de l’agriculture, et en créant de vastes marchés internes, comme base économique de lutte contre le sous-développement et le commerce inégal.

Mais, malgré cette capitulation des Chefs d’Etat, les options de base des programmes d’ajustement structurel et celles véhiculées par le « Programme prioritaire » se sont affrontées, sans merci durant les années 80 et 90, par experts interposés, dans le débat d’orientation du développement économique et agricole du  continent

L’analyse du sort de la production arachidière au Sénégal peut servir d’exemple pour illustrer les conditions dans lesquelles l’Afrique s’est vue imposer le défi de la compétitivité  devenu aujourd’hui  le défi majeur à relever  sous la houlette des Institutions de Bretton Woods.

b)      Les défis de la compétitivité de l’arachide

La culture arachidière était introduite au Sénégal par la puissance coloniale française pour satisfaire les besoins croissants des consommateurs français en huile alimentaire.

C’est ainsi que jusqu’en 1968, l’huile d’arachide détenait près de 75% du marché français des huiles alimentaires.

Mais, vers la fin des années 70, sa part est passée de 57,7% en 1976, puis  à 34, 8% en 1977, tandis que celle du tournesol passait de 23,6% à 38,3% durant le même période.

Cette perte de part de marché était principalement expliquée par l’augmentation considérable de l’écart entre le prix de l’huile d’arachide et celui de l’huile de tournesol à la consommation dans le marché français.

L’augmentation spectaculaire de l’offre de tournesol et la baisse de celle de l’arachide dans la période,  ont été identifiées à l’époque,  comme  les facteurs déterminants de l’accroissement de l’écart entre le prix de leurs huiles à la consommation.

En effet, lorsqu’en 1975, les disponibles exportables en huile d’arachide étaient égaux à ceux de l’huile de soja à 700.000 T,   leur prix à la consommation étaient voisins.

Mais en 1978, dès que les disponibilités en huile de tournesol passaient à 1.350.000 T, contre 600.000 T pour l’huile d’arachide, l’écart entre les prix des deux huiles était devenu un puissant facteur de perte de parts de marché pour l’huile d’arachide.

Cet accroissement spectaculaire de l’offre en huile de tournesol était  dû aux USA, qui avaient vu leur offre passer de 180.000 T en 1975/76 à 515.000 T en 1977/78.

En outre, pour éviter de tomber dans la dépendance vis à vis des USA en matière d’huile alimentaire, le Canada et la France avaient décidé de développer la production du Colza  pour  rentrer dans la production de l’huile végétale.

Mieux, ils entreprirent des recherches agronomiques pour  réduire le taux d’acide linoleique de 10% à 5%, pour  rendre  la qualité de l’huile de colza plus compétitive que l’huile d’arachide et de tournesol.

De cette manière, à la fin des années 90, la FAO avait estimé que les exportations mondiales d’huile d’arachide avaient baissé à 275.000 T, au moment où celles de tournesol

Atteignaient   4 millions de tonnes, et celles de Colza  franchissaient la barre de 3 millions de tonnes.

Dans la même période, les exportations sénégalaises d’huile d’arachide sont tombées de 350.000 T à 100.000 T sur une offre globale de 275.000 T.

Cette évolution du marché mondial des huiles alimentaires était donc  déjà prévisible dès la fin des années 70.

C’est pour cela, que le partenaire français du Sénégal dans le marché des huiles alimentaires, Lessieur COTELLE, après une étude approfondie des tendances lourdes des huiles alimentaires en concurrence avec  celle de l’arachide, avait  conclu que les pertes de marché  de l’arachide sont plutôt un problème de faiblesse de sa production, et avait proposé un programme de relance de la production arachidière.

Ce programme avait pour objectif de réduire de plus de moitié l’écart des prix entre l’huile d’arachide et les huiles végétales concurrentes, en mettant en œuvre une politique volontariste d’augmentation de la production d’arachide exportable.

Pour ce faire, le Programme prévoyait une politique de prix producteur incitatifs, l’amélioration de la qualité des semences d’arachide et leur accessibilité, une politique de soutien en intrants et en équipement agricole.

En outre, cette politique de relance de la production arachidière devait être accompagnée par l’exportation intégrale de l’huile brute d’arachide produite localement, et l’importation d’huile végétale pour satisfaire les besoins de la consommation intérieure.

Mais le gouvernement du Sénégal, en nouant avec les Institution de Breton Woods avec un «  Programme stand by » en 1979, avait renoncé au programme proposé par Lessieur.

    c)- Les premières  réponses  apportées  par  les politiques

               libérales  d’ajustement  structurel.

Les années 80 ont été les premières générations des politiques d’ajustement structurel au Sénégal.

Dès 1984, avec la « Nouvelle Politique Agricole », et particulièrement avec le premier «  Programme d’Ajustement à Moyen à  long terme » adopté en  Décembre 1985, le Sénégal avait opté pour la politique définie par le FMI et la Banque Mondiale, de « désengagement de l’Etat de tout soutien, de toute subvention et de tout crédit au monde rural ».

Les producteurs d’arachide devraient désormais s’équiper en matériel de production et se doter en semences et  en intrants agricoles, sur le marché et au prix coûtant.

Ce fut  la fameuse libéralisation du marché des équipements et de celui des intrants dans l’agriculture sénégalaise.

Les propositions de Lessieur COTELLE de soutien à la production arachidière furent ainsi écartées par le Gouvernement socialiste de l’époque, au profit de la libéralisation du marché de l’équipement,  des semences et des intrants agricoles.

Cependant, les prix producteurs auxquels les paysans devaient vendre leurs arachides continuaient à être  fixés par l’Etat, qui confiait la collecte de celles-ci à une société d’Etat, la SONACOS  ,qui devait aussi produire l’huile brute d’arachide qu’elle exporte, et importer de l’huile végétale pour la consommation locale.

Ainsi, les paysans voyaient leurs accès aux moyens modernes de production de plus en plus limités à leur propre capacité d’autofinancement, tandis que le niveau de leurs revenus arachidiers dépendaient à la fois de la tenue des cours des huiles alimentaires sur le marché mondial, et des coûts de la SONACOS.

Mais les conséquences d’une telle option pour ajuster la filière arachidière ne se sont pas fait attendre.

En effet, à la péjoration du climat, s’est ajoutée la dégradation de la qualité des semences d’arachide, l’aggravation de la pauvreté des terres et le vieillissement du matériel agricole non renouvelé depuis 1980.

En bloquant ainsi, au niveau des années 70, le développement des capacités de production des ruraux, les Programmes d’ajustement structurel ont entraîné la dégradation  des conditions de production de l’arachide et une plus grande vulnérabilité de l’agriculture pluviale aux aléas de climat et de marché.

Tout cela s’était traduit par une tendance  lourde à la baisse de la production d’arachide et de l’exportation de l’huile brute d’arachide.

C’est donc ce processus qui a causé la baisse de l’offre d’huile d’arachide du Sénégal et qui a contribué à doper son prix sur le marché mondial, au moment où celui du tournesol et du colza diminuaient sous la poussée de l’augmentation spectaculaire de leur offre.

Ainsi, le Sénégal avait doublement crée les conditions nécessaires pour rendre l’huile d’arachide moins compétitive par rapport aux huiles végétales.

En effet, d’une part, il diminuait l’offre par la péjoration des conditions de production de l’arachide, et d’autre part, il augmentait la demande mondiale en huile végétale en la consommant à la place de l’huile d’arachide, ce qui contribuait à baisser leur prix  et à aggraver davantage l’écart entre leurs prix à la consommation  en Europe.

La baisse des exportations d’huile d’arachide s’était traduite par une baisse des recettes d’exportation, aggravant ainsi le déficit de la balance des payements et les difficultés du Sénégal  à rembourser sa dette extérieure.

 Cette situation était  aggravée  par les intérêts de retard de remboursement et les effets des rééchelonnements répétés de la dette extérieure durant la période.

Mais, ce qui a été le plus déroutant pour le Gouvernement socialiste du Sénégal , c’est qu’il  exportait l’huile brute d’arachide à des prix tirés vers le bas, alors qu’il s’attendait  à doper ses prix à l’exportation en mettant  en œuvre une politique de limitation de son offre  en  huile brute d’arachide  et de réduction de ses coûts.

Dans ce contexte adverse , l’on a eu plutôt  un échec cuisant de  l’option des Institutions de Breton Woods  pour   la réduction des coûts de production de l’arachide comme moyens de réduction de l’écart grandissant entre les prix de son huile brute  à l’exportation et ceux des huiles alimentaires concurrentes pour la rendre plus compétitive.

C’est ainsi que la réduction des écarts de prix ne devrait plus être recherchée  ni par une augmentation de l’offre, donc de la productivité,  ni  par un ajustement par les coûts,  mais par un ajustement par  les prix.

 C’est dans ces conditions que le F.M.I. et la Banque Mondiale ont amené la France à accepter d’imposer la dévaluation du Frs CFA en 1994, comme un instrument de redressement des déficits des filières agricoles et de réduction des coûts de production dans les pays de la Zone Franc d’Afrique Subsaharienne.

Mais, la dévaluation n’a pas apporté à la filière arachadière, les conditions d’une relance de la production, contrairement  aux objectifs proclamés par les Institutions Breton Woods et le Gouvernement du Sénégal.

En effet, si la filière arachidière est devenue, du jour au lendemain, fortement excédentaire par les effets prix de la dévaluation, les producteurs d’arachide, par contre, ont vu leur capacité de production s’effondrer encore davantage, compromettant toute relance de la production.

Les causes de cette forte dégradation des capacités de production des producteurs d’arachide ont été, d’une part, la capture par l’Etat , à travers la SONACOS , de l’essentiel des excédents de la filière au détriment d’un relèvement substantiel du prix producteur, et d’autre part,  le renchérissement des coûts de production et du coût de la vie, par les effets de l’inflation sur les prix des équipements agricoles, des facteurs techniques de production et des produits alimentaires de base essentiellement importés.

La Dévaluation a donc permis à l’Etat de renforcer ses capacités de remboursement de la dette extérieure au détriment de la production d’arachide et des producteurs, pour mieux faire face au doublement automatique de la dette extérieure du Sénégal libellée en dollar.

Ainsi, le blocage des exportations d’huile brute d’arachide du Sénégal aux environs de 100.000 T /an est la conséquence d’un choix délibéré de limitation de la production arachidière imposé par les Institutions de Breton Woods sous l’impulsion des U.S.A.

Les USA, soucieux de la protection de ses propres producteurs d’arachide, s’opposaient ainsi au développement de la production arachidière concurrente au Sénégal, à cause des effets sur son budget qu’entraîne toute baisse du prix mondial de l’huile d’arachide que devrait occasionner une forte hausse de son offre.

Les subventions que les USA apportent à leurs propres producteurs d’arachide allaient s’alourdir, si le prix mondial de l’huile d’arachide baissait.

Donc les USA n’avaient aucun intérêt à voir le Sénégal augmenter significativement sa production d’arachide qui risquait d’accentuer  la baisse  du  prix de l‘huile brute d’arachide sur le marché mondial.

Par contre, la France avait tout intérêt à l’accroissement de la production arachidière du Sénégal et de l’exportation de l’huile brute d’arachide, au bénéfice de ses huiliers, qui cherchaient à contrôler le marché Européen de ce produit de luxe que constitue l’huile d’arachide raffinée.

La stratégie de limitation de l’offre d’huile d’arachide brute, imposée au Gouvernement socialiste de l’époque, comme un moyen de doper son prix au niveau mondial, pour protéger les producteurs américains d’arachide, s’est avérée être un piège infernal pour les paysans sénégalais, et un moyen pour  élargir , au niveau mondial, la demande en huile végétale  au profit des gros exportateurs américains.

Mais la concurrence entre les principaux exportateurs d’huile végétale pour le contrôle de cette demande en expansion, avait  accentué la tendance à la baisse du cours mondial de ces huiles, suite à l’accroissement continue des offres.

Cette tendance lourde  à la baisse  des prix des huiles végétales  suite à l’accroissement continue de leur offre, rendait objectivement inopérante toute politique de réduction des coûts de production de l’arachide  comme  politique de reconquête des parts de marché perdues.

La continuation d’une telle politique équivaudrait à une liquidation certaine de la filière arachidière dans notre pays, comme  cela fut le cas du Nigéria  dans les années 60.

Dans ces conditions, le Sénégal avait intérêt, de nouveau,  à  relancer sa production arachidière pour regagner des parts de marché, à travers une politique d’offre qui réduirait substantiellement l’écart entre son cours et celui des huiles végétales.

La qualité supérieure de l’huile d’arachide, en matière de cuisson, en fait un produit de consommation de premier choix dans le monde moderne.

Devant cette situation, l’Union Européenne n’a pas voulu voir l’huile d’arachide, au niveau mondial, tomber sous le contrôle exclusif des exportateurs américains.

Ainsi,  les intérêts du Sénégal pour la relance de la production d’arachide  coïncidaient avec ceux de l’Union Européenne pour assurer leur indépendance vis à vis des  USA en matière d’huile d’arachide.

C’est pour cette raison qu’elle s’est mise à appuyer le Sénégal à profiter de la nouvelle conjoncture  du marché des huiles alimentaires, pour relancer sa production arachidière.

C’est dans cette optique, qu’en 1997, un Accord-Cadre fut signé entre le Gouvernement Socialiste du Sénégal, l’Union Européenne et l’Union Nationale des Coopératives Agricoles du Sénégal, qui sont les principaux producteurs d’arachide dans le pays.

Cet Accord – Cadre prévoyait, pour la première fois dans l’histoire de la filière arachidière au Sénégal, le principe du partage égal des résultats  (50% /50%) de la filière arachidière entre l’Etat, représenté par la SONACOS, et l’Union Nationale des Coopératives Agricoles.

En outre, le prix producteur d’arachide devait être déterminé dans des conditions qui permettent, au minimum d’assurer un prix dit de sauvegarde, devant permettre la continuation de la production d’arachide, même en cas d’effondrement grave des cours.

Ce système de prix producteur était accompagné d’un Fonds de soutien, alimenté par une contribution de l’Union Européenne et de l’Etat du Sénégal à travers une taxation interne de l’importation de l’huile végétale brute ou raffinée.

Cet Accord-Cadre incluait aussi un programme d’amélioration de la qualité des Semences d’arachide par une politique de renouvellement du capital semencier confiée à l‘Institut Sénégalais de Recherche Agricole ( ISRA ) , et aux privés pour produire   35000T de semences sélectionnées dès la campagne 2001-2002.

En effet, l’arachide étant une plante autogame, il n’était pas nécessaire de produire comme avant, 120.000 Tonnes de semences sélectionnées par an. La semence sélectionnée pouvait être ré utilisée par le producteur durant trois ans sans détériorer  sas qualités germinatives et organoleptiques.

D’où la décision qui a été prise de limiter la quantité de semences sélectionnées chaque année à 35000 tonnes et d’encourager les paysans à faire des réserve de semence sur leur production de l’année plutôt que d’en acheter avant trois ans.

C’est cela que l’on a appelé «  renouvellement des semences au tiers » !

Une telle politique semencière ne pouvait réussir sans la construction de magasins de stockage au niveau des sections villageoises de coopératives agricoles.

Ainsi, le partage équitable des résultats de la filière arachidière, le nouveau mécanisme de prix producteur, et le programme de reconstitution du capital semencier, devaient créer de véritables conditions incitatives pour la  relance vigoureuse de la production arachidière au Sénégal.

Mais cet Accord-Cadre  entre le Gouvernement du Sénégal, sous les Socialistes, et l’Union Européenne,  n’a jamais été  mis en œuvre intégralement par l’Etat, du fait principalement des pressions des Institutions du Bretton Woods.

En effet, elles  s’opposaient officiellement à ce nouveau mécanisme de fixation du prix producteur qu’elles considèrent  contraire aux exigences de l’économie du marché.

Le prix producteur arachide devait, selon elles, être fixé par le marché et non administré comme prévu dans l’Accord-Cadre.

De même, le partage équitable des résultats de la filière entre l’Etat et les producteurs, allait, selon elles, constituer un obstacle à la privatisation de la SONACOS à laquelle elles tiennent tant.

Le bras de fer,  à propos du devenir de la filière arachidière au Sénégal, entre l’Union Européenne et les Etats – Unis, par l’intermédiaire des Institutions de Bretton Woods, expliquait le peu d’empressement du Gouvernement à appliquer intégralement cet Accord Cadre.

         Ce bras de fer  connut rapidement son épilogue avec l’avènement de l’Alternance politique en 2000.

 En effet, une fois le pouvoir politique exclusivement entre leurs mains en 2001, les Libéraux mirent en œuvre, sans état d’âme, les conditionnalités des Institutions de Breton Woods   pour une libéralisation complète de la filière arachidière.

C’est ainsi que la libéralisation de la commercialisation arachidière fut entreprise brutalement, après avoir mis l’Accord –Cadre au placard.

Avec cette libéralisation,  le Sénégal venait de réunir les conditions de son élimination du marché mondial des huiles alimentaires.5879520.

En effet, la détermination du prix producteur par le marché , que cette libéralisation implique , qui est venu s’ajouter à la libéralisation du marché des équipements et des intrants agricoles  , avait  fini de plomber la politique de relance de la production des arachides à tel point ,que  La SONACOS,  quel que  soit le niveau de production arachidière, ne récoltait plus de quantité susceptible d’être triturée pour l’exportation.

 C’est ainsi que La production d’arachide d’huilerie est passée de 1 434 147 tonnes en 1976, à 260 723  tonnes en  2002/03. Parallèlement, les superficies emblavées sont passées d’environ 1 500 000 hectares en 1976  à  524 843 hectares en 2003/04

Donc , grâce aux Libéraux Sénégalais, les Etats-Unis ont fini par obtenir leur objectif de devenir le maître du marché de l’huile d’arachide au plan mondial avec l’élimination du Sénégal de ce marché, incapable , avec la libéralisation totale de la filière arachidière , de mettre en œuvre une politique de relance des exportations d’huile d’arachide .

Mais les producteurs arachidiers n’ont pas baissé les bras et s’étaient mis en alliance avec Lessieur  pour la reprise de la SONACOS dans le cadre de sa privatisation future.

De son côté,  le gouvernement français, par l’intermédiaire de DAGRIS, en alliance avec les  cadres de l’entreprise, est rentré dans la danse pour le contrôle de la SONACOS, après avoir fait main basse sur la  Sodefitex  pour le contrôle de la filière coton

L’avènement de cette double alliance stratégique avait longtemps plombé le processus de privatisation de la SONACOS, qui est le maillon principal de la relance, ou de  la liquidation de la production arachidière.

DAGRIS a fini par s’adjuger 66,9 % du capital de la Sonacos, occasionnant une levée de bouclier des partenaires  privés nationaux de la filière arachidière  qui se voient proposer  10 % des actions par l’Etat, et des syndicats des travailleurs à qui le gouvernement a réservé 5 %.

Cette privatisation de la SONACOS a été accompagnée de la suppression  des 25 % de protection dont elle bénéficiait sur notre marché national, comme condition imposée par  le FMI.

DAGRIS était  donc mis dans une  situation défavorable qui s’et traduite,  dans un premier temps, par une politique d’ajustement interne de la Sonacos  privatisée, devenue SUNEOR, avec de  lourdes conséquences pour l’emploi des travailleurs et pour ses capacités à financer une relance vigoureuse  de la production d’arachides, donc de ses exportations.     

Cela s’est traduit par une destruction de l’appareil de production industrielle, la chute libre de la collecte des arachides, et la dégradation de sa situation financière.

  Et sous la seconde Alternance intervenue en 2012, les prévisions ont montré qu’avec la continuation de  cette politique,  les exportations en valeur passeront de 12,1 milliards de FCFA en 2014 à 8, 2 milliards de FCFA en 2020, soit une baisse de 31%.

En effet, si au moment de sa privatisation en 2006, la SONACOXS avait  un chiffre d’affaires de plus de 94 milliards de FCfa et un résultat d’exploitation positif de 1,3 milliard de FCfa, et  employait aussi près de 7.000 personnes, à la reprise de la SUNEOR par l’Etat en 2016, DAGRIS n’avait  pas respecté ses engagements d’investir 16,9 milliards dans  une période de 5 ans, et au  bilan, le montant des investissements s’était arrêté à la moitié de ce qui était prévu, soit 8,4 milliards,  le chiffre d’affaires de la société dépassait  à peine 10 milliards de FCfa, avec un endettement de 50 milliards de FCfa,  avec « une dégradation importante des « fonds propres », et  avec un effectif de travailleurs de  moins de 1000.       

Donc, contrairement aux attentes de la France, ces nouvelles conditions de fiscalité ont compromis  son objectif  de relancer la  production d’arachides  et l’exportation d’huile brute d’arachide par DAGRIS interposée.

Et, contrairement aux justifications données par la Banque mondiale à l’époque pour  la suppression de cette taxe sur les huiles végétales importées, le prix de l’huile à la consommation n’avait pas baissé.

 Le commerce avait englouti, dans ses marges, le manque à gagner de la filière arachidière.

De cette manière, le pouvoir libéral a sevré SUNEOR  de protection, et les producteurs d’arachide de soutien et de déboucher de leur production, pour permettre aux importateurs d’huile végétale  de grossir leurs marges bénéficiaires, au détriment des consommateurs.

Donc, l’objectif premier de l’Etat en reprenant cette entreprise,  était de redémarrer les usines et l’activité de la SUNEOR, redevenue SONACOS.SA.

 Ainsi,  la collecte   est passée de 7.000 tonnes en 20016, à 96.000 tonnes  en 2017, grâce au relèvement du prix producteur  par l’Etat  pour permettre à l’entreprise de faire face à l’entrée de la Chine dans le marché de la collecte des arachides,  et   à  187.000 tonnes  en 2018.

. Pour cela, la SONACOS.SA a obtenu, grâce à l’appui de l’Etat,  un financement de la Banque islamique à travers sa filiale commerciale à hauteur de 60 millions de dollars.

L’arachide est un produit dont la transformation permet d’avoir de l’huile brute à exporter, donc son prix dépend  de  son cours mondial.

 En 2018,  le cours  mondial était de  145 francs le kilo d’arachide coque, que l’Etat avait décidé de soutenir de 65 frs, pour le  maintenir  à 210 frs, afin de préserver  le pouvoir d’achat des producteurs, grâce à la  restauration de  la taxe à l’importation des huiles  végétales, pour le financer, et permettre à SONACOS.SA de produire de l’huile d’arachide raffinée pour le marché local, et dans la sous-région dotée d’un tarif douanier commun au sein de la CEDEAO.

En effet, en 2019, avec un cours mondial de l’huile de palme  à 400 dollars et celui de l’huile d’arachide est à 1.100 dollars, la production de l’huile d’arachide raffinée pour le marché local, comme l’Etat l’a décidé, devenait impossible sans le maintien  de cette taxe.

Mieux,  l’Etat a pris la décision de suspendre toute  importation de l’huile végétale raffinée tant que l’huile d’arachide raffinée n’est pas entièrement commercialisée dans le marché national.

De cette manière, malgré les pressions de la Banque mondiale pour privatiser de nouveau la SONACOS.SA,  supprimer la taxe à l’importation des huiles végétales, l’Etat a maintenu le cap de la protection de la SONACOS.SA  en  subordonnant toute importation d’huile végétale raffinée à l’épuisement de sa production d’huile d’arachide raffinée .

Cette politique de protection de la production nationale concerne aussi bien le riz, les oignons, la pomme de terre et le sucre local, et met la Banque mondiale dans tous ses états.

Elle  désormais comme cible cette politique,  pour instaurer la concurrence entre production locale et importation! 

La banque mondiale  ne peut pas ignorer le fait que même Trump  est, pour l’intérêt xes  Etats Unis, contre cette mise en concurrence !

Une telle option permet de  créer un déboucher certain à la production arachidière,  de  sauvegarder le pouvoir d’achat des paysans producteurs, de  relancer la création de l’emploi par l’entreprise, garantie par l’option de triturer et de raffiner le maximum de production d’arachides, pour d’abord satisfaire le marché national et sous régional de la CEDEAO, tout en préservant le pouvoir d’achat du consommateur par le maintien  du prix des huiles  raffinées  sous administration, et non laissé le marché les déterminer.

Visiblement, c’est pour contrer une telle option, que la Banque mondiale avait préparé  cette  Etude pour convaincre de la nécessité des mesures libérales qu’elle a prodiguées depuis la moitié des années 80 sous forme d’ajustement structurel, en exploitant le surendettement extérieur du Sénégal de l’époque, pour les justifier.

Aujourd’hui, au vu  des performances macro- économiques de  la seconde alternance, notamment,  la maîtrise du déficit budgétaire et de l’endettement qu’elle est obligée de reconnaître  avec le FMI, malgré le tintamarre  qu’ils ont entretenu,  elle reconnait  qu’il n’ y a pas de risque de sur -endettement du Sénégal, donc pas de prétexte à l’ajustement structurel pour imposer ses réformes libérales.

Elle se rabat sur  des réformes micro- économiques, pour atteindre ses objectifs de tous les jours, de transformation de  l’économie du Sénégal, en économie capitaliste dite libérale, à travers la privatisation des entreprises publiques, et la libéralisation totale du commerce, sans jamais faire le bilan de leur mise e œuvre dans notre pays.

                   III)  Analyse des mesures de réforme libérale

La Banque mondiale a procédé d’abord par présenter les acteurs du marché de la filière arachidière avec leurs parts respectives dans la collecte et leurs marges bénéficiaires.

Elle souligne que les agriculteurs concernés par la production d’arachides sont au nombre de 500.000.

Ensuite, elle distingue  quatre types d’acheteurs sur le marché de l’arachide coque.

 Premièrement, les Opérateurs Privés Stockeurs (OPS) et autres collecteurs formels  avec 16% de part de marché et une marge est de 14 F CFA/k ;

 Deuxièmement, les exportateurs, venus en grande partie de la Chine ou du Vietnam, achètent des arachides destinées à l’exportation, en coque ou décortiquées avec 35% de part de marché et une marge de 100 F CFA/kg ;

 Troisièmement, les transformateurs artisanaux ou semi-industriels achètent des arachides pour la production  de l’huile « Seggal » (une huile d’arachide artisanale) ou pour un usage industriel  huile brute d’arachide)   avec 25% de part de marché et une marge pour la transformation artisanale des femmes de 11 F CFA/kg.

  Enfin, le reste de l’arachide est autoconsommé par les agriculteurs ou recyclé sous forme de semences  avec une part de marché de 24%.

En outre, la Banque mondiale  estime  à, plus  de 1,6 million de ménages consommant des huiles végétales.

           Sur la base de ces observations,  la Banque mondiale    propose les réformes qui suivent :

– Suppression progressive de la fixation d’un prix d’achat minimal pour les arachides brutes, tout en recherchant des solutions à la vulnérabilité des agriculteurs.

Une telle proposition revient à renoncer à la politique de soutien du prix producteur lorsque le cours mondial risque de diminuer leur pouvoir d’achat des producteurs!

Cependant, la Banque mondiale a conscience que cela va aggraver la vulnérabilité des agriculteurs, et propose que l’Etat cherche d’autres solutions à cela, alors qu’il enregistre un manque à gagner fiscal  de 13 à 32 milliards de francs, selon les données même de la Banque mondiale.

Donc l’Etat devrait se poser des problèmes pour aller ensuite, chercher leurs solutions, alors qu’il dispose de moins de moyens !

– Maintenir la suppression des subventions à l’achat pour les transformateurs.

Cette proposition revient  à enlever à la SONACOS .SA   tout soutien pour parvenir à prendre toute sa place dans la filière arachidière après y avoir été exclue par la SUNEOR.

– Maintenir la suspension de la taxe à l’exportation sur les graines (noix décortiquées).

– Suppression progressive des barrières douanières et non douanières sur les importations d’huile végétale  brute.

Cette proposition revient à mettre la SONACOS.SA dans les mêmes conditions fiscales que la SUNEOR, qui ont contribué à la détourner de la trituration de l’arachide  pour se consacrer à l’importation  de l’huile végétale brute à raffiner pour le marché local, entrainant une grande perte de déboucher pour notre production locale d’arachides  et une pression du prix producteur à la baisse.

C’est pour cette raison que la Banque mondiale soutient que «  les prix offerts aux paysans par les exportateurs refléteraient la valeur sur les marchés internationaux » qu’elle suppose, plus élevée que le prix actuellement subventionné par l’Etat,  et  offert aux agriculteurs par les transformateurs locaux » !

Cette supposition va à l’encontre des données empiriques qui montrent que les prix producteur d’arachides subventionnés, ont toujours été supérieurs au prix du marché mondial. C’est le niveau bas des cours   qui a  justifié leur subvention pour préserver le pouvoir d’achat paysan !

 Mais ce que recherche la Banque mondiale est claire,  puisqu’avec cette réforme,  elle affirme que «  la chaîne de valeur suivrait les tendances internationales et se tournerait vers les  exportations de noix entières »,  tandis que «  les huileries locales pourraient se recentrer sur le raffinage des huiles brutes importées, ce qui permettrait de faire baisser les prix à la consommation des produits d’huile végétale importés ».

Exclure l’arachide de son industrialisation par sa trituration et son raffinage pour capter plus de valeur ajoutée de la filière, et favoriser l’importation de l’huile végétale,  est donc l’obsession de la Banque mondiale depuis plus de trois décennies !  

Avec une telle réforme, l’Etat va perdre 13 à 32 milliards de francs que lui procure la taxe à l’importation des huiles végétales, tandis que les exportateurs de graines vont bénéficier d’une manne  de 150 milliards de Frs.

Pour les transformateurs d’huile,  « après un investissement initial dans leurs capacités de raffinage », cela   pourrait générer des bénéfices en raffinant l’huile de palme brute importée entre 10 à 5 milliards frs CFA, au lieu de subir des pertes comme c’est le cas actuellement ».

Cette réforme se fait donc  en faveur des exportateurs qui vont spéculer librement sur le prix producteur à la baisse, pour maximiser leurs gains.

Le Sénégal va retourner  dans sa situation d’avant deuxième guerre mondiale, où les commerçants  coloniaux de Marseille et de Bordeaux exportaient la graines, avant de procéder  par la suite, après la   guerre,  à sa transformation industrielle en huile brute pour les besoins des consommateurs Français.

Ce fut l’époque des « Traitants » qui maintenaient les paysans dans la misère, que les «  OPS » d’aujourd’hui devraient remplacer !

C’est pourquoi, quand la Banque mondiale soutient que ce retour au système de «  Traite » va «  créer des emplois à valeur ajoutée pour l’exportation de graines d’arachides, dont les femmes rurales devraient bénéficier disproportionnellement », elle sait  pertinemment que les emplois créés par le décorticage, et l’engouement des OPS, devenus nouveaux «  Traitants »,   à livrer  le maximum de quantité de graines aux exportateurs, vont signer l’arrêt de mort des «  femmes transformatrices », par manque graines et de main d’œuvre.

Cependant,  pour mieux vendre cette politique, la Banque affirme qu’une «  baisse hypothétique, de 10% du prix de l’huile végétale  propulserait près de 50 000 pauvres au-dessus du seuil national de pauvreté, ce qui représente une diminution de 0,35 point de pourcentage dans le ratio numérique de pauvreté » !

 Ce qui est curieux, c’est, alors que pour les gains liés à l’exportation des graines et  ceux liés à leur transformation, de même qu’avec les pertes fiscales de l’Etat,  la Banque mondiale est catégorique,  elle est dans des « spéculations »  qu’à la baisse de 10% du prix de l’huile végétale suite à ses propositions de réforme.

 En fait, en prenant en compte ces précautions, la Banque  montre qu’elle ne pouvait pas ignorer que la suppression des taxes à l’importation des huiles végétales lors de la privatisation de la SONACOS en 2006,  ne s’était pas traduite par une baisse de ce prix aux consommateur, et que c’est le commerce qui en a profité pour augmenter ses marges.

IV)               Conclusion

Ainsi, si ce sont ces propositions de réforme  que la Banque mondiale présente comme «  de meilleurs marchés pour tous grâce à la politique de la concurrence », elle ne l’a démontrée nulle part,  dans le cas précis du Sénégal  sous ajustement structurel, et dans son Etude actuelle.

 En effet, en excluant toute subvention de l’Etat aux semences, engrais et matériel agricoles à vendre au prix coûtant aux paysans du bassin arachidier, la concurrence qu’elle a  créée n’a favorisé ni l’amélioration de la qualité des semences, ni  préserver le niveau antérieur de consommation d’engrais et d’accès au matériel agricole, en bloquant ainsi la modernisation de l’agriculture à son niveau de 1980, durant 20 ans !

Ce qui avait contribué  à détériorer la qualité des semences,  et des sols, qui, avec la détérioration de la pluviométrie, avait créé une tendance lourde à la baisse de la production arachidière.

Il avait fallu  l’intervention de l’Union Européenne pour arrêter cette dérive  en signant avec l’Etat, un Accord – Cadre pour relancer la production et la collecte en 1997, que le régime PS,  sous  la pression de la Banque mondiale et du FMI,  n’a pas intégralement  appliqué.

Ensuite, la libéralisation du marché de la collecte des arachides avec la suppression de la SONAGRAINES  en 2003, et l’instauration du carreau usine, ce sont les «  Opérateurs privés » (OPS) qui se sont enrichis au moment où l’écrasante majorité des producteurs d’arachides se sont,  soit paupérisés, soit transformés en chômeurs, et pour les plus chanceux, en ouvriers, alors que le gros de la troupe choisissait l’exode rural vers les

3 Commentaires

  1. Il est temps d’arrêter les longues théories qui ne serviront à rien. L’echec de la politique agricole du Sénégal relative à l’arachide, date de l’alternance c’est dire les années 2000 Où étais-tu quand l’Ex Président Abdoulaye WADE tentait de supprimer l’arachide pour la remplacer par du maîs du sésame du manioc etc..? L’arachide est ancrée dans l’économie du Sénégal depuis plusieurs décennies. Tenter de supprimer la culture de l’arachide au Sénégal, c’est ne rien comprendre. Les conséquences de cette mauvaise politique agricole nous pousuivent

  2. Le pays aux dix millions d’intellectuels !
    Avez-vous discuter de ça avec votre mentor, Macky? Les sénégalais sont fatigués et ils sont victimes de leurs pseudo-intellectuels. On est entrain de parler depuis l’indépendance. Blablablabla.
    On cherche du concret rien que du concret.

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