Le « Dialogue national » en cours » est saisi pour se prononcer, entre autres, sur ces questions, qui ne sont ni nouvelles au Sénégal, ni inconnues dans notre sous-région. Elles soulèvent des enjeux cruciaux pour le devenir de nos Etats, et de la Démocratie dans les pays francophones d’Afrique Occidentale.I) Le financement public. Le financement public des Partis politiques et l’instauration d’un « statut de chef de file de l’opposition » sont présentés par la France et l’Union Européenne, à travers des organisations de la société civile en Afrique Francophone, comme une des meilleures façons de favoriser les transitions démocratiques. Elles permettraient de donner plus de poids et de moyens à l’opposition, et au final, de rééquilibrer les forces dans la lutte politique entre l’opposition et le parti au pouvoir. Dans ce cadre, le  » statut de Chef de l’opposition et sa rémunération », pour lui donner les moyens de ses ambitions politiques, sont autant de mécanismes de « financiarisation de la vie politique’ dans l’objectif d’instaurer un « bipartisme de fait », entre le Parti du Président de la République et le Parti du Chef de l’opposition. Elle entretient ainsi la quête de « fiefs politiques », qui relève d’une « culture autocratique de pouvoir personnel », qui est aux antipodes de la culture républicaine et démocratique, que cette politique prétend développer dans nos pays.
Cette financiarisation de notre vie politique, transforme la « Politique » qui relève d’un « sacerdoce », en un moyen d’enrichissement personnel sans cause, à travers le financement public des Partis politiques et les avantages protocolaires et financiers accordés au Chef de l’opposition.
Par contre, en Afrique Anglophone, l’alternance démocratique s’opère entre deux grands partis qui dominent un système politique multi partisan, sans qu’il n’y ait aucune nécessité d’instituer un « statut de Chef de parti d’opposition », ou de financer les partis politiques sur fonds publics.
C’est le cas du Nigéria, du Ghana et du Kenya.
Cependant, dans ces pays, le système politique est toujours menacé par une guerre civile orchestrée par les deux partis dominants pour se succéder au pouvoir.
C’est cela le danger d’un bipartisme en Afrique.
Par contre, la République Sud- Africaine donne un autre exemple d’alternance démocratique au pouvoir, qui s’opère au sein d’un large rassemblement national, l’ANC, qui transcende le « le Clivage Gauche/Droite », sans qu’il n’ait aucune nécessité de « statut de Chef de Parti » d’opposition.
Cette forme de transition qui garantit plus de stabilité et de paix civile pour le pays, s’effectue grâce à la capacité de l’ANC à préserver son unité dans la diversité et le respect des décisions de ses instances.
Ainsi en Afrique du SUD, l’implosion de l’ANC signifierait un plongeon dans la violence et l’instabilité. Ce dont sont conscientes, les diverses composantes de ce large rassemblement national républicain, démocratique et social.
En Afrique Francophone, la lutte pour la Démocratisation du système politique et le multipartisme intégral, n’a pas produit l’émergence de deux grands Partis politiques en mesure de s’alterner au pouvoir comme dans les pays Anglophones.
C’est ainsi que le peuple Sénégalais a su éviter cette évolution dès 1989, avec la « Théorie de Large rassemblement » élaborée par le PIT/SENEGAL, qui transcende le clivage « Gauche/Droite », et celui de « Pouvoir/opposition », pour sortir de la grave crise politique post- électorale de Février 1988, et ramener la paix civile et la stabilité nécessaire à l’approfondissement de la démocratisation des Institutions républicaines, et de la vie politique et sociale du pays.
En effet, dès 1991, cette théorie a produit un « Gouvernement d’Union nationale » sous forme de « Majorité Présidentielle Elargie » entre le PS, le PDS et le PIT, comme réponse à la crise post- électorale de 1988, qui avait fini par rendre le pays ingouvernable, et posait comme inéluctable, la nécessité de dépasser le système de « Parti Politique Dominant » en vigueur depuis deux décennies.
C’est ce gouvernement qui est à l’origine du cours pris, par notre pays, dans l’évolution de l’édification de la République démocratique et laïque, qui est toujours en cours, en accouchant deux alternances démocratiques entre pouvoir et opposition , sans passer par un système de deux partis politiques dominants, ni par un « statut de Chef de parti de l’opposition ».
Ces Alternances se sont produites par la compétition électorale entre de larges rassemblements, qui ont dépassé le « Clivage Gauche/Droite », avec la conviction, qu’aucun Parti à lui seul ne peut pas conquérir le pouvoir politique au Sénégal, et gouverner seul.
Pour en arriver là, il a fallu pour le PIT, de s’opposer, déjà, au sein du gouvernement de coalition de 1991, à l’instauration d’une Vice- Présidence qui allait assurer la succession du Président sortant, et depuis lors, contre le « financement public » des partis politiques, et l’institution d’un « Statut de Chef de Parti de l’opposition », que la France recommandait dans ses anciennes colonies en Afrique et à Madagascar, pour créer les conditions de l’avènement d’un bipartisme, à l’exemple de pays anglophones, qui permettrait l’alternance au pouvoir de ses hommes-lige, l’un au pouvoir, et l’autre « Chef de l’opposition ».
Notre lutte, pour l’instauration et le maintien du parrainage intégral, s’inscrit dans cette perspective pour éviter le « bipartisme » à travers la financiarisation de notre vie politique, qui repose l’éligibilité du citoyen à partir de ses moyens financiers à travers une « caution » à déposer, remboursable à partir d’un seuil de score électoral.
La stratégie du PIT a su produire deux alternances démocratiques au pouvoir, dans la paix civile, la cohésion et la stabilité, en construisant, à chaque fois, une large alliance du type de l’ANC, qui transcende le clivage « Gauche/droite », entre les forces républicaines et citoyennes pour faire avancer notre pays vers le progrès.
C’est la cohésion au sein de ce large rassemblement, comme c’est le cas de l’ANC, qui devrait nous permettre d’éviter la perspective du « bipartisme » que la France, soutenue par l’Union Européenne, est parvenue à faire accepter à nombre de pays Francophones, sans pour autant ils y parviennent.
2) La mise en œuvre de cette politique de financement public Les pays les plus emblématiques dans la mise en œuvre de cette politique de financiarisation de la vie politique en Afrique Francophone, sont : la République du Congo où, le pétrole dope la richesse du pays, dans lequel, le « Chef de l’Opposition » bénéficie d’une allocation annuelle de « un milliard de Francs CFA ». Ensuite le Mali, où, le financement de l’opposition coûte annuellement 0,25% des recettes fiscales du pays, soit un montant total variant entre 1,5 et 2 milliards de Frs CFA par an. Dans ce pays, après environ 20 ans de mise en œuvre de cette politique de financement des partis politiques, le montant cumulé distribué aux partis politiques, pendant cette période, se situe entre 35 et 40 milliards de FCA.Cette financiarisation de la vie politique dans ce pays, n’est pas étrangère à la flambée du nombre de partis politiques qui, de 48 après l’adoption en 1991 de la « Charte des Partis politiques », a atteint le nombre de 80 dès l’année suivante en 1992, puis de 120 en 2009, et 184 en 2018.Les 15% du financement des Partis réservés à tous ceux qui ont participé aux élections locales ou nationales, ont incité les Maliens à créer des Partis politiques, et à l’avènement de la pléthore des candidatures à chaque type d’élections.La crise politique présente qui a jeté ce pays dans la tragédie que vit le peuple Malien, chaque jour de façon plus atroce, n’est pas étrangère à la financiarisation de leur vie politique depuis l’avènement du Multipartisme. C’est dans ce contexte, où le Chef de l’opposition perçoit « 500 millions de Frs CFA par an » que sont légitimes les revendications de hausse de la rémunération par les syndicats des travailleurs de la Fonction publique, notamment dans l’Education nationale, la Santé publique, la Justice et l’Administration territoriale, que le gouvernement dut satisfaire, suite à des grèves répétitives qui ont longtemps paralysé ces secteurs stratégiques de l’Etat Malien confronté à une crise sécuritaire sans précédent ! Ainsi à la place de la rationalisation et de la modernisation de la vie politique pour empêcher la pléthore de Partis de Politiques, le financement public des Partis au Mali, n’a pas mieux fait qu’au Sénégal qui en est dépourvu. Il n’est donc pas un remède, mais bien un facteur aggravant.Enfin, en République de Guinée, le Chef de l’opposition reçoit « 396 millions de Frs CFA » par an, sans pour autant prémunir le peuple de ce pays voisin, du risque de plonger dans un scénario de tragédie à la Malienne !
L’expérience du financement public des Partis politiques, montre partout où il est en vigueur, qu’il n’a pas permis, dans ces pays, d’assurer aucune alternance démocratique dans la paix civile et la stabilité, ni renforcer et élargir les libertés démocratiques.
Au contraire, la guerre des Chefs rythment la vie politique dans ces pays qui risquent d’imploser à tout moment.
Le Sénégal n’a donc rien à envier à ces pays, et est dans son droit de continuer dans sa voie de prise en main de son destin républicain, démocratique et citoyen, dans la paix civile et la stabilité. 3) Le contexte économique, financier et social, et l’acceptabilité de cette politique .
Comment donc, aujourd’hui, accepter que l’on recommande une telle politique de financiarisation de la vie politique, dans un pays comme le Sénégal, où le Président de la République, conscient des besoins de son peuple, a clairement déclaré aux représentants des travailleurs le 1er Mai 2019, qu’à l’état actuel des finances publiques et des besoins sociaux des populations, il lui est impossible de répondre à une quelconque demande de hausse des salaires dans la Fonction publique !
De même, Comment, après cette déclaration solonelle, ne pas se scandaliser de voir les Députés et les Maires de notre Majorité présidentielle, réclamer une hausse de leur rémunération ?
De telles revendications de la part de nos Elus, donnent du crédit à ceux qui croient, que la politique est un moyen d’enrichissement personnel en vue de se doter d’un « pouvoir autocratique » dans un « fief politique », auquel aspirent les couches moyennes partout en Afrique, même si la Démocratie reste leur cri de guerre politique !C’est cette aspiration profonde des couches moyennes africaines qu’exploitent, à travers leurs recommandations de « financiarisation » de notre vie politique, la France et l’Union Européenne, pour perpétuer notre dépendance vis-à-vis d’elles.C’est toute la quintessence de la proposition d’élire, au suffrage universel direct, les Maires et les Présidents de Conseil Départemental, sans égard aux acquis démocratiques des collectivités locales dont les Conseillers qu’elles ont élus, ont le pouvoir d’élire le Maire ou le Président du Département.
4) Mode d’élection du Maire et du Président du Conseil Départemental Si le Maire et le Président du Conseil Départemental sont élus au suffrage universel direct, comme le Président de la République, ils ne seront plus comptables que devant les populations à travers l’expression de leur suffrage, qui n’a lieu que tous les cinq ans ! Entre temps, durant leur mandat, comme le Président de la République, ils sont « irresponsables » ! C’est le répondant de la culture de « fiefs politiques » très répandue au sein des couches moyennes petites bourgeoises de notre société, sur laquelle s’appuie la France, pour travestir en moyens d’enrichissement personnel, notre « culture politique » qui, historiquement, relève plutôt du « sacerdoce ». Adopter donc cette politique de financiarisation de notre vie politique et d’édification de « fiefs électoraux », va mettre, inéluctablement, notre Nation et notre pays, dans une dynamique de dislocation, comme c’est le cas, aujourd’hui, du Mali, et la République de Guinée. En effet, avec une telle politique, un Président du Département de Ziguinchor, de Bignona ou d’Oussouye, pourrait, individuellement ou ensemble, avec l’appui du MFDC, proclamer leur Indépendance du Sénégal, et réaliser politiquement et pacifiquement, les objectifs de Salif Sadio!En fait, c’est cette élection au suffrage universel direct des Présidents de Région, que « l’Accord d’Alger » pour la paix au Mali, a retenue, et qui met en cause l’intégrité du territoire Malien, que les patriotes ont rejeté par réflexe nationaliste, pour éviter de ne pas constitutionnaliser la dislocation de leur pays.D’où leur juste exigence de référendum sur « l’Accord d’Alger » avant toute révision de la Constitution, que ne veut entendre, ni le Président de la France, ni le Président du Conseil de Sécurité de l’ONU !Malgré les ultimatums du Conseil de Sécurité, c’est ce qui a bloqué jusqu’ici, le projet de révision de la Constitution du Mali, pour matérialiser cette disposition.Va-t-on, nous Patriotes, Démocrates et Républicains Sénégalais, tomber dans ce piège de financiarisation de notre vie politique et de dislocation de notre pays ? Par ailleurs, les modalités de l’élection du Maire et du Président du Conseil Départemental ne relèvent pas du Code électoral, mais bien du Code Général des Collectivités Territoriales, dont l’évaluation, en vue de sa révision, est en cours.Or, l’évaluation encours fait ressortir de plus en plus, l’exigence, en cours de mandat, de rendre le Maire et le Président du Conseil Départemental, comptables devant les Conseillers qui les ont «élus », en leur accordant « le Pouvoir de les démettre par une majorité qualifiée » à déterminer.C’est l’une des avancées vers plus de contrôle démocratique des Elus locaux sur le Maire et le Président du Conseil Départemental, qui est attendue de la révision prochaine du « Code Général des Collectivités Territoriales », qui viendrait renforcer l’institution des « Conseils Consultatifs de Village/Quartier », pour rendre effective l’objectif d’une « Démocratie participative et citoyenne » de «l’Acte 3 de la Décentralisation ». C’est à croire que les Républicains et Démocrates, dans les Partis et la Société civile, sous l’effet des perspectives de « financiarisation de notre vie politique , en plaidant pour l’élection du Maire et du Président du Conseil Départemental au suffrage universel direct afin de les mettre définitivement hors de contrôle des Conseillers qui les ont élus, » ont renoncé à cet objectif qu’ils ont pourtant placé au cœur de « l’Acte 3 de la Décentralisation ».C’est dire à quel point, que la quête d’un « fief politique » afin d’y ériger un « pouvoir personnel autocratique » pour un positionnement politique au niveau national, est la chose la mieux partagée dans les Partis au pouvoir comme dans l’opposition et dans la société civile.Le plus curieux de la part de notre opposition politique et de la société civile, c’est ce « Pouvoir personnel » qu’il attribue au Président de la République, dont elle a fait son cheval de bataille politique au niveau national, est tant chéri par elle- même, au niveau local ! En outre, adopter lors du « Dialogue National », l’élection du Maire et du Président du Conseil Départemental, au Suffrage universel direct, va conditionner la tenue des Locales prochaines, avec la fin de cette évaluation et de la révision effective du Code Général des Collectivités Territoriales !Ce serait une manière d’apporter sa caution au report des Locales prévues au 1er Décembre 2019, malgré toutes leurs déclarations véhémentes sur la nécessité du respect du calendrier électoral.La comédie a assez duré ! Au vu de tout cela, les républicains et démocrates du Sénégal, qui sont adeptes « d’une Démocratie républicaine et citoyenne » et soucieux de la moralisation de notre vie politique à protéger de sa financiarisation néfaste, qu’ils soient au pouvoir, dans l’opposition et dans la société civile, ne peuvent pas laisser faire cette forfaiture, compte tenu de notre histoire et de notre culture politiques. Préservons notre pays de ce virage néfaste que nous recommande l’Occident ! Ibrahima SENE PIT/SENEGAL Dakar le 13 juillet 2019

2 Commentaires

  1. Je ne sais pas si c’ est la France qui propose un statut de chef de l’ opposition ou pas mais je n’ ai vu ni entendu parler de cela en aucun pays occidental.Je ne vois ni son utilité ni son sens.Le bipartisme ou multipartisme ne peuvent pas être imposés, ils découlent de l’ évolution du champ politique.Le grand problème est que plus de trois cents partis politiques ne peuvent pas exister au Senegal.95% d’ eux doivent tout bonnement disparaître et nous épargner une si grave disparité.

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