« Bouquet de fleurs à tous les parasites qui vivent aux crochets des pouvoirs »
Une société peut-elle vivre, se maintenir et se développer quand le travail est
moins rentable que la flagornerie ? Une société où le bruit du louangeur rétribue
plus que le labeur du paysan, de l’ouvrier et du fonctionnaire, est-elle viable ?
Voilà les questions qui taraudent l’esprit de Besogne, personnage méprisé et
ostracisé à Ndoumbélane. Plongée dans ses méditations, Besogne se demande :
serait-il possible que la société soit piégée, colonisée et mystifiée par SAB-
LEKK au point de rendre JËF facultatif et superflu ? (NB. nous utilisons ces
concepts au sens figuré, en dehors du lexique des sociologues). Partout SAB
se fait grassement payé pendant que moi je suis délaissée et dévalorisée. Mon
vrai nom est d’origine et d’essence GARMI, mais les vicissitudes de la vie
m’ont affligée et dégradée au rang d’accessoire dans la société. Mon nom
d’origine est JËF-LEKK : je suis noble parce qu’élu de Dieu, je suis GARMI
parce que c’est par moi que les héros et les saints ont élevé les peuples vers les
sommets. Mandela, Sankara, Jomo Kenyatta, Cheikh Anta Diop, Einstein,
Platon, Confucius, Ndiaga Mbaye, etc., se sont tous agrippés sur mes marches
escarpées pour s’élever au-dessus du désespoir, de la déchéance et de la mort
auxquels la méchanceté humaine les avait pourtant destinés.
Mais voilà que les gens de Ndoumbélane m’ont rabaissée dans les tréfonds de
l’indignité et ont mythifié mon vicaire SAB-LEKK : le vicaire est devenu le
Supérieur et celui-ci son vicaire. Curieuse dialectique de la dégénérescence ! Si
leurs ancêtres savaient ce qu’ils m’ont fait ! Ces derniers leur ont tracé la voie
en me les confiant, mais ils m’ont abandonnée préférant la facilité des
dithyrambes comme moyen d’avoir de l’argent. Ces laudateurs professionnels
ont divisé les familles, les politiques, les religieux, les sportifs, les
intellectuels… Ils ont fait de l’éloge monnayé le piège qui asphyxie la rigueur et
la patience des adeptes de Besogne. Ils chantent les louanges des donateurs, non
pour les pousser à travailler honnêtement, mais pour vexer et humilier pauvres
et les sagaces récalcitrants.
Alors Besogne est malheureuse, mais elle tient à faire cette ultime prédication
aux gens de Ndoumbélane : investissez dans l’éducation de vos enfants pour les
former et les préparer à devenir mes adeptes au lieu de festoyer tous les jours ;
investissez dans les lieux de labeur pour mieux aider vos frères et sœurs
désœuvrés et désespérés au lieu de faire de la libéralité le nœud des rapports
sociaux ; investissez dans la créativité au lieu d’entretenir une vermine qui finira
de toute façon par vous émousser à force de vous émoustiller avec des précédés
de la sophistique. Les gens de Ndoumbélane aiment vraiment la vie onirique :
ils ont « peoplisé » toute leur existence sociale.

Ils oublient le message que Dieu leur a lancé en les créant nus là où tous les
autres animaux sont venus au monde pourvus de tout ce qu’il leur faut pour
vivre : poils, plumes, écailles, sabots, griffes, ailes, nageoires, etc., selon
l’espèce à laquelle ils appartiennent. Ils ignorent que leur nudité originelle est à
la fois un message de pureté et un pacte d’espoir : cette nudité suggère d’abord
qu’aucun peuple n’est damné et qu’ensuite Dieu a énormément confiance en
l’homme. Qu’ont-ils fait de cette confiance que Dieu a placée en eux ? Au lieu
de s’allier à moi pour relever ce défi (car la confiance de Dieu est un défi lancé
à l’homme) ils ont préféré s’allier à SAB-LEKK. Voilà pourquoi cette société
est pleine de « bruit et de fureur » parce que tout le monde y devenu SAB-KAT.
Il n’y a presque plus de JËF-KAT à Ndoumbélane : un lavage de cerveau a été
savamment orchestré par un lobby d’oisifs, mais voraces ; un lobby qui a eu la
ruse de procéder à une conversion morale des valeurs originelles de
Ndoumbélane.
Les abeilles leur ont pourtant montré la voie : minuscules et sans bras, elles ont
réussi à produire un des aliments le plus complet au monde ! Chaque abeille tire
le maximum de profit de ce que la nature lui a donné. Les termites font de
même : ils s’agglutinent et mutualisent leur talent pour élever des termitières à
partir de l’argile qu’ils ont auparavant pétrie en ciment. Au lieu de cela, les gens
de Ndoumbélane désagrègent leur communauté, l’atomisent en groupes rivaux
et espèrent néanmoins le progrès. Ils veulent se distraire avant d’avoir accompli
leur besogne ; ils veulent le loisir avant le travail ; ils ont fait du parasitage un
mode de vie. On fait dire à Gandhi que « la meilleure distraction est le travail » :
quelle belle leçon de vie ! Mais Besogne propose mieux aux gens de
Ndoumbélane : le meilleur culte rendu à Dieu, c’est le travail ; la voie la plus
directe pour accéder au paradis, c’est le travail ; le meilleur service rendu à
l’humanité, c’est encore le travail.
Malheureusement la voix de Besogne est devenue inaudible dans ce tintamarre
planifié et entretenu par ces fainéants à la langue pendue et onctueuse :
comment le laudatif peut-il créer un monde consistant ? Et ces gens de
Ndoumbélane n’ont d’autre argument pour justifier leurs largesses envers ces
désœuvrés (travailleurs de la parole vaine et stérile) que la tradition, comme si
celle-ci était un absolu. Depuis quand la tradition suffit-elle à régenter l’histoire
de tout un peuple ? Si les gens doivent se conformer ad vitam aeternam à la
tradition, qu’est-ce qui les différencie finalement des animaux dont toute
l’existence est de perpétuer leur espèce ? La tradition, comme toute œuvre
humaine, est faite pour être réformée ! Invoquer pieusement la tradition pour
prétendre justifier le conformisme, c’est méconnaître la vocation de l’homme :
toujours créer, toujours transformer, toujours corriger.

Il est aisé de concevoir le malheur de Besogne : meilleure amie de l’homme,
elle est piétinée à Ndoumbélane comme un vulgaire cafard dont la simple vue
répugne. Les adeptes de Besogne sont délaissés à Ndoumbélane ; ils n’ont ni
salaire ni décoration et leur exemple n’est donné à aucune jeunesse. Et on
implore le progrès comme si la mission de l’homme sur terre se limitait à
supplier Dieu de faire à sa place ce pourquoi Il l’a justement envoyé sur terre.
Le casse-pieds de Ndoumbélane.

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