« La mort n’est que le berceau de l’éternelle vie. Ousmane Tanor Dieng est mort comme il a vécu, tranquillement et sans bruit. »

A la disparition d’un homme cher, on voit des tweets, et des contributions pour rendre hommage au défunt. J’ai toujours été contre les hommages à titre posthume, car cela ressemble plus à une obligation, qu’à autre chose. Les morts n’ont pas besoin d’hommage et j’aurai dû vous honorer durant votre vivant, mais la mort qui ne prévient pas, vous a arraché contre toute attente.

Vous avez toujours été un homme discret, efficace et surtout endurant, et cela vous a propulsé au-devant de la scène politique, même si certains de vos camarades vous ont combattu corps et âme. Ils avaient oublié que lorsque Dieu décide d’une chose, Il dit seulement : « Sois », et elle est aussitôt. » Vous avez enduré durant toute votre vie, mais sachez que ce ne sera pas en vain, car Dieu est avec les endurants.  

Pendant que la crise sévissait au Sénégal, le président Diouf voulait être au-dessus de la mêlé et propose d’être demis de sa fonction de secrétaire général du PS pour s’occuper de l’économie agonisante du Sénégal. Les camarades de parti ont catégoriquement refusé, ne voulant pas accepter le destin politique de Tanor, qu’ils jugent comme chanceux. Et pourtant, Tanor était aux Affaires étrangères de 1976 à 1978 avant de devenir conseiller diplomatique de Senghor de 1978 à 1981. Le président Diouf dira a Tanor que Senghor lui a beaucoup parlé de lui et qu’ils feront du bon travail ensemble. C’est ainsi que le président Diouf prendra ses distances avec le PS pour le déléguer à son homme de confiance.

« j’ai voulu apparaître comme un chef d’Etat et non plus chef de parti. J’ai commencé par demander à mes camarades de me décharger de mes fonctions de secrétaire général du parti pour que je me consacre à l’Etat comme cela se fait dans les grandes républiques (…) et mes camarades ont refusé. J’ai fait adopter une réforme où j ‘étais président du parti avec un premier secrétaire qui gérer le parti au quotidien parce que je voulais me préoccuper de la gestion de l’Etat » Président Abdou Diouf

Néanmoins, l’affaire n’est pas aussi simple, car les camarades de parti ne veulent pas accepter Tanor Dieng à la tête du PS. Jean Collin était l’homme fort du Sénégal et il gérait presque tous les dossiers, même les plus secrets. Il sera remplacé par André Sonko, mais c’est Tanor qui a hérité des dossiers de Jean Collin. Il était l’homme de confiance du président Douf, mais les camarades de parti voient cela comme la « tanorisation » du PS et s’y opposent. Ils lui reprochent de ne pas avoir connu une ascension traditionnelle comme certains de leurs camarades.

C’est ainsi que Tanor deviendra conseiller diplomatique du président Diouf et il va gérer les dossiers les plus secrets de l’Etat. C’est lui qui signera les accords qui mettront fin à la grève universitaire de 1988. C’est un homme qui était discret, qui ne révélait rien des secrets d’Etat. Il devient naturellement le remplaçant de Collin et est présenté comme quelqu’un de compétant et très loyal, mais sa qualité la plus mise en avant est sa discrétion qui ne court pas les couloirs de la présidence.

Cependant, l’homme a toujours su rester discret. Combien de dossiers secrets Tanor a emporté avec lui ? Plusieurs. Pendant ce temps, il est difficile de trouver un vrai homme d’Etat au Sénégal. Les institutions étaient respectées au Sénégal, et Tanor faisait partie de ces hommes qui savaient incarner une institution.

Quand Dieu veut détruire une nation, il fait disparaitre les érudits, mais quand il veut faire disparaître une démocratie, il fait disparaître les hommes d’Etat comme feu Bruno Diatta et feu Ousmane Tanor Dieng.

« La mort n’est que le berceau de l’éternelle vie. Ousmane Tanor Dieng est mort comme il a vécu, tranquillement et sans bruit. »

Reposez en paix.

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