Le président Wade, si friand de micros et de cameras, se sentait, malgré le succès de sa médiation à Madagascar, injustement mal aimé et malhonnêtement méprisé et dédaigné par Hosni Mubarak et Olusegun Abasanjo. Ces derniers, sans doute forts de leur puissance économique et démographique, ne se gênaient pas de le minimiser et de banaliser son succès diplomatique à Antanarivo, comme pour insinuer que le Sénégal ne faisait guère le poids en Afrique. Ayant pris son mal en patience, Wade mit à profit un des sommets de l’Union Africaine (UA) pour, d’abord leur  rappeler avec force, mais avec un plaisir non dissimulé, qu’il avait, à son actif 26 ans d’opposition, avant de devenir, grâce à la maturité du peuple Sénégalais et à la vitalité de sa démocratie (du moins au moment où il tenait ces propos), le président le mieux élu d’Afrique. Et comme si ce rappel ne suffisait pas, il les accusa ensuite de manière cinglante, d’être  tous arrivés au pouvoir par voie non démocratique, le plus souvent, par un coup d’Etat et de s’y maintenir machiavéliquement soit par le tripatouillage de leur constitution soit par le trucage de leurs élections.

Cette mise au point eut pour effet, non seulement de le conforter dans ses convictions de président-donneur de leçons et de le légitimer comme meilleur porte-parole de l’Afrique, mais aussi de lui faire gagner l’estime et le respect des autres chefs d’Etats et de gouvernements du monde. Ce même Wade, au début si prompt à donner des leçons, en dépit de sa posture et de sa carrure fièrement affichée, tomba malheureusement bien bas plus tard, trempé et englué dans les travers qu’il reprochait sévèrement à ses pairs. Inconcevable ! Incompréhensible ! O quel dommage ! Et surtout quel dérapage ! Occasion  ne pouvait alors être mieux rêvée pour Obasanjo Olusegun, dont le cours magistral de Wade à Addis Abeba en démocratie, résonnait encore tout fraichement, comme un éternel rappel ou un appel opportuniste dans ses fines oreilles, à se positionner, sans doute accidentellement, en médiateur entre Wade et son opposition, pour certainement lui reprendre, avec plaisir et fierté, son costume, sa posture et sa carrure de démocrate attitré perdu. On eût dit l’arroseur arrosé.

Ragaillardi par la noblesse de sa mission de médiation, Obasanjo effectua un  voyage très médiatisé à Dakar où, la jeunesse sénégalaise, par des pancartes, lui demanda tout simplement de rentrer chez lui, car se sentant suffisamment mûre et responsable pour, le moment venu, régler par les urnes le cas Wade, devenu si tristement inquiétant et si dangereusement préoccupant pour la sauvegarde des avancées démocratiques sénégalaises. L’histoire controversée du troisième mandat semble donc inlassablement se répéter en Afrique.  Elle reste intimement liée à la succession du président sortant. Une longue histoire où, le président sortant se retrouve coincé entre le marteau du troisième mandat et l’enclume de sa succession. Elle réapparait tout le temps comme un lugubre fantôme qui poursuit, pourchasse et pourfend la longue et périlleuse marche démocratique de l’Afrique. Une marche tantôt couronnée de succès éphémères mais jalonnée de plus de morts et de blessés qui finissent si souvent invalides, handicapés à vie. Elle devient une crise mortifère à répétition, un cycle infernal. Elle occasionne des marches de protestation, le plus souvent non autorisées, et donc ensanglantées. Elle donne aussi lieu à des marches de soutien, savamment orchestrées et encadrées par le parti au pouvoir, à la seule différence que les marcheurs-partisans sont transportés, rémunérés et non moins,  instrumentalisés avec l’argent du contribuable. Chaque camp évalue sa marche en termes de démonstration de force et croit avoir le soutien des masses populaires. Le troisième mandat n’engendre que stresse pour les populations. Il devient leur casse-tête. C’est dire que par sa récurrence phénoménale,  le troisième mandat est devenu un problème continental de santé publique d’ampleur épidémique. Il est même devenu une maladie à la fois héréditaire et contagieuse. Une redoutable tumeur cancéreuse nécessitant une intervention chirurgicale urgente. Elle ouvre la voie à toute sorte de rhétoriques incendiaires/guerrières, d’inepties, d’idioties et de folies. Tout ceci est révélateur d’un malaise profond, un mal-être symptomatique d’une hypocrisie institutionnelle, d’une fausseté citoyenne, d’une corruption généralisée et d’une profonde crise des valeurs, favorisée par un déclin confessionnel et relationnel. Pauvre Afrique ! Une Afrique infiltrée et durement frappée par le terrorisme que les forces de Mbakane et du G5 Sahel n’arrivent pas à vaincre. Une Afrique dont les armées sont toutes incapables d’assurer l’intégrité des territoires et la souveraineté des Etats. C’est cette Afrique qui ne comprend pas que les priorités sont ailleurs (que dans cette machination perfidement préparée que constitue la compagne électorale permanente) et qui se perd dans des disputes de troisième mandat. Pathétique !

En plus des marches lassantes, harassantes et enquiquinantes, les colonnes des journaux sont prises d’assaut par des partisans véreux du troisième mandat. Leur fallacieux argumentaire est contredit, déconstruit par des pourfendeurs du mandat jugé de trop. Les studios de radio, les plateaux de télévision et les tribunes politiques sont de plus en plus envahis par de mauvais orateurs, des débatteurs invétérés et sans valeurs mais qui, au contraire, ne véhiculent que des contre-valeurs qu’ils ensemencent inconsciemment dans le subconscient des enfants et des jeunes, sans épargner les adultes. Ces bouillants débatteurs sans foi ni loi, qui ne disent que des insanités et qui n’ont que l’injure et l’invective à la bouche, sont plus valorisés par le pouvoir qui les offre  hélas, en exemples en leur donnant des postes de responsabilité juteux et attrayants. Cette pratique est manifestement aux antipodes de sa volonté de bâtir, de modeler, de forger, de former et de façonner un nouvel Homo Senegalensis. Un nouvel Homme Sénégalais de ruptures. Des ruptures salvatrices et non moins salvifiques. Il s’y ajoute, que son objectif d’éduquer au civisme et à la citoyenneté, se retrouve dès lors, parasité/gangréné par un projet de vie et de société, déjà fortement entaché de souillures et de salissures. Pire, ce projet de société mort-né est très maladroitement mis en œuvre, car conduit  par des criminels et des montres froids, dans toute leur splendeur horrible.

Voilà pourquoi, le président Bissau Guinéen, resté au pouvoir à la faveur d’un arrangement de la CDEAO, défie et nargue l’organisation sous-régionale. Il vient, contre toute attente, de nommer un nouveau premier ministre qui a formé une nouvelle équipe gouvernementale. Avec son conseil de défense tenu au lendemain du passage des émissaires de la CDEAO, il prend de court, ses homologues ouest-africains et affiche sa forte détermination contre un engagement qu’il avait pourtant pris avec leur machiavélique médiation-bénédiction. Du coup, les risques d’affrontements entre les deux équipes gouvernementales (l’ancienne, d’Aristides Gomes, qui a le soutien du PAIGC, de la CDEAO et de la communauté internationale et la nouvelle (de Faustno Fudut Imbali), jugée illégale et illégitime, mais créée sur fond d’accusation d’ingérence étrangère) sont réels. Triste de voir ce changement-revirement opportuniste, uniquement favorisé par le manque d’exemplarité et les sombres velléités de ses pairs qui prétendent le conseiller mais qui, hélas, cachent mal leur volonté à briguer illégalement un troisième mandat. Ceux qui sont restés le plus longtemps au pouvoir sont certainement ceux qui ont moins rendu de services utiles et durables à leur peuple. Pour preuve, il n’a suffit que d’un seul mandat à Nelson Mandela pour donner à toute la communauté internationale, une belle leçon sur l’efficacité d’un règne éphémère: construire une nation Arc-en-ciel et réconcilier son peuple. La valeur d’un règne présidentiel n’est pas lié à sa durée, surtout pas à l’usure du pouvoir. Quelle sobriété ! Quelle simplicité ! Quel charme ! Quel génie ! Heureusement que c’est possible en Afrique, serait-on tenté de s’exclamer ! Mais encore faudrait-il que les africains prissent exemple sur Madiba et manifestassent plus  brillamment et plus régulièrement ce coup de génie. Ce qui est loin d’être présentement le cas dans la partie occidentale du continent  où, Jose Mario Vaz accuse ses homologues d’ingérence étrangère, dans la mesure où, ils trainent tous des casseroles et s’inscrivent déjà dans l’illégalité à travers leur funeste entêtement à un troisième ou à un quatrième mandat. O pouvoir quand tu nous tiens ! O appareil d’Etat quand tu nous prends en otages ! N’est-ce pas Gnassingbé, Issoufou, Ouatara, Condé et Sall ? Dopés par l’odeur enivrante de l’argent et drogués par la saveur addictive du pouvoir, ils ne comptent pas quitter. Pas même pour respecter leur constitution, banalement devenue un linge qu’on peut salir et laver à sa guise ; pour ensuite l’enfiler à nouveau. Leur prestation de serment n’aura donc été qu’un cirque, une séance de prestidigitation, une arnaque, un coup de Jarnac pour endormir leur peuple du sommeil de la mort et pour mieux l’exploiter. Quelle bande de chefs d’Etat ! Quel club d’amis ! Une amitié de façade qui ne repose que sur leurs intérêts partisans et leur cynique obstination à conserver le pouvoir. Une amitié transnationale qui anime dans leur pays respectif un débat politico-juridique alimenté par des sbires et thuriféraires, des troubadours et des laudateurs. Des pourfendeurs de la démocratie qui, sans pudeur, se déshabillent verbalement et parlent de leur président de manière dithyrambique et panégyrique.  Un débat entretenu par des politiciens de métier qui, conscients de leur manque de qualifications professionnelles, ne se préoccupent guère des menaces protéiformes des Djihadistes et narcotrafiquants qui  lorgnent les ports de Conakry, d’Abidjan, de Dakar, d’Accra, de Lomé, de Nouakchott dans leur diabolique projet de ceinturer cette bande sahélienne. Ils sont aux aguets comme des serpents sous l’herbe, prêts à mordre et à inoculer leur venin mortel pour s’emparer des ressources des pays de la sous-région. Sait-on combien la tentation est grande, au sein des communautés de cette sous-région marquées par la pauvreté, de tomber sous le charme des sirènes intégristes ? En a-t-on pris conscience ? Pourquoi tomberait-on quasi volontairement dans ce guet-apens ?

La Guinée Bissau se signale comme une piqure de rappel. Elle se remet au goût du jour pour aviser et avertir que quand elle s’enrhume, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui tousse ! Comment faire accepter à Jose Mario Vaz, le respect de sa constitution et de ses institutions, alors que, ceux chargés d’assurer la médiation entre lui et son opposition, bafouent, tripatouillent leur constitution et envisagent tous de briguer un troisième ou quatrième mandat ? Voilà tout le sens de la tragi-comédie de nos politiciens dont le dessein inavoué est d’asseoir une dictature clanique masquée par un sombre vernis démocratique.

Quel cynisme ! Quelle honte ! Sont-ils conscients que leur boulimie du pouvoir est une des principales causes de l’immigration clandestine qui voit hélas, chaque année, des milliers d’africains dévorés par les requins ou engloutis dans l’immense et insatiable cimetière marin ? C’est dommage qu’ils ne s’en indignent pas et feignent même de ne pas s’en rendre compte. Des dirigeants qui donnent malheureusement raison à Donald Trump, ce déséquilibré mental qui, dans un moment de lucidité retrouvée,  les nargue, arguant que l’Afrique n’était pas encore prête à l’indépendance.  Depuis les indépendances jusqu’à aujourd’hui, nos dirigeants ne se comportent-ils pas pire que les esclavagistes, les négriers et les néo-colons? Si pendant l’esclavage, les africains étaient entassés comme des boites de sardine en bateaux, et contraints d’aller en Europe et aux Amériques, aujourd’hui c’est le manque d’humanisme, de vision et de projet de société de leurs dirigeants qui les oblige désespérément à tenter l’immigration clandestine, au péril de leur vie. Voilà un continent qui, malgré plus de quatre siècles d’esclavage et de colonisation, demeure toujours immensément riche de son sol et sous-sol, mais dont le développement est plombé par la cupidité pernicieuse, la nullité prétentieuse, le manque d’humanisme et de vision de ses dirigeants. Le cœur meurtri, l’âme en lambeaux, on revoit les images des jeunes africains qui se précipitent, pour enjamber et escalader les barbelées du détroit de Gibraltar pour réaliser leur rêve d’entrer à tout prix en Espagne. Mais que faire quand ils se sentent chez eux, comme des laissés pour compte, des moins-que-rien, des étrangers, des exilés ou des apatrides dans leur mère-patrie ?  Des dirigeants experts en spoliation des ressources et en enrichissement illicite éclair, les forcent à ne trouver d’issue que dans ce slogan si téméraire et suicidaire: « Barça ou Barsaq » ! Des dirigeants incapables de gérer leurs besoins fondamentaux. Des dirigeants qui, d’une monstruosité génocidaire, ne pensent qu’à la prochaine élection, jamais à la prochaine génération. Comme si les élections devraient inévitablement être des moments de confrontations fratricides et de contestations socio-politico-fatales. Ne devraient-elles pas, au contraire, constituer de joyeux moments de célébration de la citoyenneté responsable et de consécration de la maturité démocratique des peuples?  Comment se mettre dans la perspective du futur souhaitable pour les africains, en particulier des jeunes et des femmes? Comment jeter les bases de la germination et de la maturation durable de nouvelles certitudes porteuses de quiétude et de sérénité? Comment sur la base d’un renouveau éthique, asseoir les solides fondations d’une nouvelle conscience citoyenne, piliers de la reconstruction des espoirs et des espérances perdus? Comment fédérer et libérer les énergies des jeunesses africaines, du Caire au Cap et de Dakar à Djibouti pour, dans une marche/démarche irréversible vers le progrès et le développement,  mettre tout le continent en mouvement?  Comment ne plus continuer à donner raison à Seydou Aka Koné (Alpha Blondy) quand il fait ironiquement danser les jeunesses africaines à travers ces paroles tristes, prémonitoires mais pleines de sagesse : « les ennemis de l’Afrique ce sont les africains » ? Ou faut-il juste se consoler de châtier les mœurs (politiques) en riant ?

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