XALIMANEWS: Une table ronde portant sur le thème : «La remise en question des orthodoxies dans la pensée économique en Afrique, exploration de la solution alternative» a été organisée avant-hier mardi 3 septembre par Trust Africa et l’institut pour la justice économique. Dans sa communication, le professeur Alioune Sall, directeur exécutif de l’institut des futurs africains a fait un diagnostic de la crise économique que traverse le monde aujourd’hui. Selon lui, «dire que ce monde est en crise, c’est dans une très large mesure un euphémisme». Car dit-il, «la crise est grave, grande, profonde et multidimensionnelle».

«Dire que ce monde est en crise c’est dans une très large mesure un euphémisme. La crise est grave, grande, profonde et multidimensionnelle. On peut se demander si parler de crise est suffisant pour rendre compte de la complexité du monde dans lequel nous vivons». Ce constat est fait par le professeur Alioune Sall, directeur exécutif de l’institut des futurs africains. Il s’exprimait avant-hier, mardi 3 septembre lors d’une table ronde portant sur le thème : «La remise en question des orthodoxies dans la pensée économique en Afrique, exploration de la solution alternative», organisée dans le cadre de la de la conférence de haut niveau par Trust Africa et l’institut pour la justice économique.

Selon lui, dans chaque crise, il y a une menace de désintégration mais également une opportunité de reconstruction. «Aujourd’hui, la menace la plus grave qui plane sur nos devenirs, c’est un effondrement non seulement de l’économie, mais également des sociétés. Les systèmes culturels de l’environnement et des technologies. La crise a au moins ces 5 ou 6 dimensions : économique, sociale, politique, environnementale culturelle et technologique. Avec le risque de voir une robotisation de la pensée et un appauvrissement de la pensée sur le développement, on veut nous faire croire qu’il est possible d’avoir un regard quasi désincarné sur la réalité économique sociale ou politique. Je crois que ce risque de robotisation intellectuelle est quelque chose qu’il faut rejeter», soutient-il.

Ainsi, invite-t-il les intellectuels africains à se mobiliser pour se faire une place dans le débat et reconstruire une souveraineté. «Il se trouve qu’aujourd’hui, il est possible de le faire parce que non seulement il y a une très grande pauvreté au sein des institutions qui jusqu’ici, font les héros des approches néolibérales. Il y a un appauvrissement de la réflexion. Mais, il y a également le fait que ces institutions ont perdu leur légitimité. Il y a donc place pour une mobilisation des intellectuels et acteurs africains pour se faire une place dans le débat et reconstruire une souveraineté qui leur a été enlevée ou qu’on tente de leur enlever», a-t-il laissé entendre.

Pour le professeur Sall, il faut aussi beaucoup d’audace pour s’interroger à un certain nombre de notions qu’on a passé au peigne fin au point de dévier de leur substance.
«Il ne faut pas continuer à parler de la précarité, de la vulnérabilité, de la pauvreté etc., sans repenser le logiciel qui a derrière ces notions et sans repenser tout l’écosystème qui a produit de telles notions qui ne sont pas neutres. On ne peut pas parler de ces choses-là de façon totalement désincarnée. Parce que c’est des notions qui sont nées dans un contexte de lutte politique et idéologique», souligne-t-il.
«Il faut construire un mouvement de résistance capable d’apporter des réponses aux défis»

Par ailleurs, le Pr Alioune Sall souligne la nécessité de conceptualiser le développement et de reconquérir notre souveraineté intellectuelle mise à mal depuis des siècles. A son avis, il est important de se convaincre que le temps est venu de le faire. «C’est maintenant qu’il faut agir. C’était hier, qu’il fallait agir mais aujourd’hui plus que jamais, on n’a pas d’autres alternatives que de passer à l’action et à l’offensive sur le plan intellectuel et organisationnel. Cette montée des nationalistes et d’ethno-populistes prouve que le système ne peut survivre qu’en mobilisant des moyens extraordinairement coûteux sur le plan politique et social. Il est donc faible. Et lorsqu’on a affaire à un système qui est faible, il ne faut pas lui donner une chance de se reconstruire. Il faut contrairement passer à l’offensive et l’abattre. Il faut construire un mouvement de résistance capable d’apporter des réponses à la hauteur des défis auxquels nous faisons face», a-t-il conclu.

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