D’une position en 2015 que notre pays avait comme principal défi celui de «gagner son indépendance économique en nous libérant de l’aide et de la dépendance extérieure pour tout ce que nous pouvons produire par nous-mêmes», le Président de la République nous dit en 2017 que notre liberté est entre nos mains. Est-ce vraiment le cas? Qu’est-ce qui a changé? Nous exhortons le Président de la République à revoir sa définition de la liberté et de la souveraineté économique. Elle n’est ni l’autosuffisance alimentaire ni la souveraineté budgétaire.

La vision de la liberté du Président Macky Sall de 2015 semblait être celle d’une souveraineté budgétaire pour la mise en œuvre du plan Sénégal émergent qui est un plan de développement à exécuter par une administration moteur du développement par des choix assumés. Sur le plan économique, cette vision reposait principalement sur l’autosuffisance alimentaire (riz en particulier) et l’accompagnement du développement agricole financé par le budget de l’état. Il se rend compte peut être au fur et à mesure que cette vision n’est pas la bonne et que sa vision d’origine qui est celle d’un Sénégal inclusif et solidaire est ce que le gouvernement est en mesure de réaliser. Cette vision mise en œuvre dans le cadre de programmes sociaux et d’une culture de gestion axée sur les résultats est bonne pour notre contexte. Elle était celle du programme Yonu Yokuté et celle de la déclaration de politique générale de Madame Aminata Touré qui est en train d’être bien mise en œuvre dans le cadre du PUDC et de finances publiques en ajustement. Ce n’est pas un plan de développement, mais un bon programme social.

La vision de transformation structurelle du PSE par le PRACAS et l’agriculture est quant-à-elle inopérante et inadaptée à notre contexte économique et celui de nos ruraux qui ne sont pas insérés dans l’économie moderne. Les domaines communautaires agricoles ne changeront pas cette donne. Le programme du PSE dans le domaine de l’agriculture est un programme social. En effet, la croissance tirée par l’agriculture en 2015 du fait des ressources publiques a été éphémère. Il a fallu un environnement international favorable et l’apport difficilement croyable du secteur des services pour maintenir la croissance projetée en 2016. Notre transformation structurelle passera d’abord par une réforme monétaire, la maîtrise de notre système financier pour l’inclusion financière de nos petites entreprises et par là, la création d’emplois dans le secteur industriel et des services par le secteur privé national informel et moderne. Les emplois libérés par l’agriculture de subsistance du fait d’une agriculture moderne et productive devront être absorbés dans ces secteurs. Cette agriculture moderne nous sera impossible sans une réforme foncière et l’investissement du privé moderne dans l’agriculture. Ces conditions ne sont pas en place, ce qui fait que le développement du secteur privé ne sera pas une affaire de projets dans des secteurs stratégiques en cours de mise en œuvre dans les différentes régions du pays.

Sur le plan budgétaire avons-nous atteint la souveraineté en nous libérant de l’aide? Notre déficit budgétaire est toujours essentiellement financé de l’extérieur, mais en anticipant analytiquement sur les ressources pétrolières à venir, on peut dire que nous allons atteindre une souveraineté budgétaire, ressources pétrolières incluses. Ayant été silencieux sur l’agriculture en nous annonçons que nous sommes désormais libres, devons-nous supposer que le Président de la République ne mise plus sur les priorités actuelles du PSE dans le domaine de l’agriculture pour la transformation structurelle? Son Ministre de l’Agriculture l’a admis, ce n’est pas l’état qui «doit atteindre l’autosuffisance en riz mais les acteurs du secteur». Il se trouve que ces acteurs ne devraient pas en faire un objectif car les conditions économiques du Sénégal rendent cet objectif impertinent à moins qu’on n’y consacre des ressources budgétaires démesurées. La souveraineté budgétaire est atteinte mais il ne faudrait pas la dilapider.

Quand est-il de la souveraineté économique de façon générale? Nous n’y sommes pas encore car nous devons d’abord changer de paradigme de gestion économique pour y arriver puisque notre administration actuelle ne peut pas être le moteur de notre émergence. Cette émergence ne sera pas le résultat planifié d’un pouvoir central, mais celle d’un développement local et individuel dont la responsabilité incombe au premier chef aux citoyens eux-mêmes et à leurs communautés qui doivent prendre leur destin en main. Les pouvoirs publics centraux pourront appuyer et accompagner ces efforts, notamment dans la santé et l’éducation, en mettant les conditions appropriées en place dont une politique de décentralisation autonomisante et responsabilisante. Cette politique devrait se bâtir autour d’un découpage territorial nouveau qui s’appuit sur des villes clés qui de par leur urbanisation pourront alimenter la demande pour une production locale possible et nous aider à faire des économies d’échelle dans nos investissements en infrastructures. Ceci n’empêcherait pas la poursuite des programmes sociaux en faveur du monde rural, y compris par l’agriculture.

Bonne fête de l’indépendance

Dr. Abdourahmane SARR
Président du CEFDEL/MRLD
Moom sa bopp Mënël Sa Bopp

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