Dans la grande banlieue dakaroise, un quartier pas comme les autres à cause des inondations et le déplacement de plusieurs familles vers le plan Jaxaay. Même la devanture de la mairie est sous les eaux. Ici tout le monde patauge en période hivernale. C’est le sauve qui peut total. Malgré les efforts de la municipalité, beaucoup reste à faire. La localité qui ne comptait aucune infrastructure peut désormais se targuer d’un poste de santé et d’une école primaire qui porte d’ailleurs le du père du chef de l’Etat.


Médina Gounass, c’est une population estimée à quarante trois mille sept cent cinquante (43750) habitants dont la plupart sont des jeunes, la commune de Medina Gounass est un réceptacle où viennent se déverser toutes les eaux de pluie de la zone. « La superficie de la commune est de 1 Km² » précise le Maire. L’origine de ce quartier remonterait au début des années 60 quand les premiers habitants sy installèrent. Ils ont venus pour la plupart du nord du Sénégal à la quête de lendemains meilleurs. Toutes les ethnies du Sénégal sont présentes dans la localité, « mais la plupart sont des toucouleurs » taquine un sérère. « D’ailleurs, le nom du quartier fait référence à un lieu saint de la région de Tambacounda où beaucoup de halpulars vont chaque année en pèlerinage ». poursuit le vieil homme.

Quand les premiers habitants se sont installés, les lébous qui étaient propriétaires des champs (ils y cultivaient des légumes et fruits) ont commencé à vendre. C’est ainsi que les occupants se sont rapidement organiser contre les menaces de déguerpissement. Ils se sont précipités pour construire une mosquée dés 1964, obtenu le premier point d’eau l’année suivante et un début d’électrification dans les années 80.

En effet, « le premier lieu de culte est sorti de terre dès l’installation des habitants. Un musulman construit toujours en premier lieu une mosquée avant de se tourner vers un autre projet » fait savoir le groupe de notables trouvé sous un arbre. D’ailleurs « dans la commune, on compte trente deux (32) petites mosquées et quatre (04) grandes mosquées » souligne le maire.

Les années de sécheresse de la décennie 80 ont fait qu’une grande partie de la population défavorisée en quête d’espace au sein de la grande agglomération dakaroise y a alors trouvé refuge, en s’y installant de façon irrégulière. C’est ce qui explique « les habitations en forme de labyrinthe » souligne une jeune fille qui revient de l’école. Elle est l’une des cinq communes d’arrondissements de la ville de Guediawaye… “Les limites administratives de l’arrondissement correspondent au pourtour de la cuvette la plus profonde de Dakar“.

Les inondations hantent le sommeil des populations

L’assainissement de ce quartier est un véritable casse tête pour la municipalité avec à sa tête Woré Sarr qui se félicite d’être à « sa treizième année de mandat de conseillère municipale ».

D’après le maire, « la commune est Composée de quarante deux (42) délégués de quartiers tous spontanés. Ce sont les représentants du paire au niveau de leur localité ». La commune d’arrondissement de Médina Gounass est aujourd’hui divisée administrativement en 7 zones, dont chacune est avec son  » chef de zone « . Elles se recoupent en sous-quartiers plus traditionnels qui donnent au total une cinquantaine.

Médina Gounass fait partie des zones déclarées en 1991 de rénovation urbaine. Ce classement est de nature à faciliter l’intervention et assure un relogement aux populations. « Des familles ont effectivement été relogées. 406 au total sont maintenant dans les maisons du plan Jaxaay. Le chef de l’Etat ne compte pas s’arrêter en si bon chemin car, d’autres familles se verront attribuer une maison et ce pour bientôt » précise le maire Woré Sarr. C’est pourquoi, Lountang Gassama demande de l’aide au gouvernement qu’elle trouve « le seul à pouvoir nous aider contre les inondations. Si on, a un bon assainissement les eaux qui vient pourront directement aller au bassin de rétention qui se trouve juste derrière la mairie ».

La plupart des villes du Sud sont en proie à des phénomènes d’exclusions économiques, sociales et spatiales. Ainsi en est-il de la Commune d’Arrondissement de Médina Gounass.

Cette entité née de la réforme territoriale de 1996 est limité au Nord par la Commune de Ndiarème Limamoulaye, à l’Ouest par la Commune de Sam-Notaire et au Sud par la Commune de Djiddah Thiaroye Kao. Sa superficie est de un Km² et sa population est estimée à quarante trois mille sept cent cinquante (43750) habitants.

L’histoire d’un bidonville

Pour des raisons démographiques liées au phénomène de l’exode rural, la ville de Dakar a connu une extension qui s’est traduite par l’émergence de bidonvilles aux alentours de la capitale. Pour l’assainir et lui donner une image de ville moderne, l’État procéda entre 1952 et1972 au déguerpissement et à l’installation des familles à 13 kilomètres de Dakar. Ces lotissements sont Pikine Ancien, Pikine Loti, Pikine Extension et Guediawaye. Parallèlement à ces zones d’habitations planifiées, des habitats spontanés et irréguliers sont apparus à partir des années 60 autour des zones déjà habitées et des franges du domaine national qui abritaient des terrains maraîchers.

Ces deux phénomènes d’urbanisation ont donné naissance à une grande banlieue formée de quartiers réguliers et irréguliers. Ainsi, dans cette banlieue se trouve la commune d’arrondissement de Medina Gounass dirigée par la sénatrice Woré Sarr depuis les élections municipales de2002. La situation géographique de la municipalité fait qu’elle fait partie des quartiers les plus mal lotis de Pikine et Guediawaye. Ici se côtoient pauvreté, insalubrité, promiscuité insécurité et prostitution. « La prostitution y est bien réelle. On n’y peut rien car vous ne verrez jamais une fille se mettre nue et dire qu’elle est en une »confie le vieux Dème.

Le quartier de Médina Gounass est érigé sur les « Niayes » c’est à dire une cuvette sans exutoire naturel. Le terme, sans doute d’origine Wolof désignerait une zone de culture qui occupait les bas-fonds dans lesquels se rejoignent les eaux de pluies. Les flancs et le sous-sol sont constitués par des sables fins d’origine éolienne, modelés par le vent et le plus souvent très perméables. Les fortes précipitations et la faible hauteur par rapport au niveau de la mer ont contribué à la formation d’une nappe phréatique. Les sables ont longtemps favorisé la culture d’arachides, puis la production s’est diversifiée : légumes et fruits en primeurs (haricots verts, fraises, melons…).

S’agissant de l’économie, les dernières enquêtes menées par l’Unicef indiquent que plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, que le taux de chômage atteint 20% et que 80% des habitants peuvent être considérés comme analphabètes car n’ayant pas fait des études poussées. Mais aujourd’hui on peut s’attendre à des changements car les centres de formation et écoles sortent de terre. L’activité économique réduite au petit commerce et celui des marchés et sur la voie publique. Cette voie publique est marquée par une absence totale d’architecture industrielle, commerciale et bancaire « il n’existe que certaines mutuelles d’épargne »confie la dame Ramatoulaye Ndiaye. « Une pauvreté endémique » poursuit elle. La plupart des responsables de familles sont à la retraite avec des revenus aléatoires.

Conditions de vie très précaires

Les conditions de vie sont mauvaises dans la commune, et désastreuses dans les parties les plus basses qui sont complètement inondées presque toute l’année. L’inondation y est permanente, ce qui oblige la quasi-totalité des familles installées dans la Cuvette à se déplacer à l’approche de l’hivernage. Les familles démunies, qui n’ont pas les moyens d’aller louer une maison ou une chambre ailleurs sont obligées de vivre dans l’eau où à côté. C’est le cas de la dame Maïmouna Ndiaye qui faute de moyens n’a trouvé mieux que de rester dans l’eau avec ses enfants. « Je ne pouvais pas partir car les moyens manquent terriblement. Mes enfants sont très petits et mon mari est décédé me les laissant, ils ne se soucient de rien du tout sauf un cadre pour jouer. J’entends parler d’aide de la marie mais je n’en vois pas. Peut être que ça existe mais depuis que la municipalité est là je n’ai jamais reçu d’aide venant de là. Il m’arrive de me demander si je ne fais pas partie de la mairie ».

Une autre femme explique « je m’appelle Ndeye Coumba Diagne. Je n’ai pas peur de mes mots. J’habite le quartier depuis longtemps mais pour vous dure la vérité Mme le maire fait une sélection pour les aides et autres avantages que les populations doivent pouvoir bénéficier de la municipalité. Elle ne donne qu’à ses partisans. Même pour l’évacuation des eaux de pluie Woré Sarr fait un travail sélectif. C’est elle qui donne les ordres, on sait bien comment ça se passe. En tout cas les aides sont pour ses partisans ». Propos qui rejoignent ceux du vieux Cheikh Ahmed Tidjane Thiaw, conseiller municipal membre de Benno Siggil Sénégaal « nous voulons qu’on nous aide à évacuer les eaux qui stagnent depuis longtemps sur la route. C’est dégoutant et pas joli à voir et bientôt ce sera la saison des pluies. Le maire n’a rien fait. Pourquoi elle veut rien faire sinon amener l’argent vers Jaxaay. La population de Gounass est très fatiguée ». Les maisons abandonnées deviennent la proie des voleurs qui enlèvent portes, fenêtres et toitures. S’y prolifèrent moustiques, ordures ménagères ainsi que les eaux usées d’où la fréquence des maladies hivernales et diarrhéiques. Pour Amadou Kébé Bèye conseiller spécial du maire, « la seule solution aux inondations est la délocalisation ou la restructuration. Mais, avant tout cela pourquoi pas ne pas évacuer les eaux vers le bassin »

Le manque de sécurité est la résultante de l’absence d’éclairage public

L’absence de toute canalisation est à l’origine des eaux usées qui sont déversées dans les ruelles. Les fosses septiques sont vidées dans les rues. Selon le maire, « pour la route principale on va certes dégager la saleté mais il faut que les populations elles mêmes nous aident car, certaines d’entre elles versent leurs saletés sur la route, une fois la nuit tombée » L’insécurité y règne à Gounass, vu l’enclavement de la localité avec ses ruelles étroites, ses sentiers tortueux du fait de l’absence totale d’urbanisation et d’éclairage public dans les quartiers. La seule et unique rue qui fait la fierté qui de la localité est la voie longitudinale « Tally-Boubess « prolongée. En effet, les agressions sont monnaie courante dans cette partie de la ville de Guediawaye et Pikine. Selon Sadio Camara « on ne peut pas faire une semaine sans entendre parler d’agression. Les gens ont peur de sortir ou de s’attarder dehors. Les agresseurs sont logés dans les maisons abandonnées et une fois la nuit tombée, ils sont maîtres de la rue et sèment le désordre et gare à celui qui ose les approcher. Ils n’hésiteront pas une seule seconde à tuer » Et le maire d’ajouter « ma prérogative n’est pas de gérer l’éclairage public. La commune d’arrondissement ne fait que recharger ou rechanger une pièce défectueuse. C’est cela la compétence d’une mairie d’arrondissement, maintenant, le reste est du ressort de la ville ».

C’est dans cet environnement hostile que naissent et grandissent des enfants qui, livré à eux même, sans éducation ou avec un système éducatif qui est loin d’être des meilleurs deviennent des délinquants primaires. Des jeunes filles sont agressées ou violées « par des inconnus qui habitent pourtant le quartier ». L’une d’elles confie sous le couvert de l’anonymat « j’ai été violée vers 21 heures alors que je revenais d’une cérémonie familiale. Je me suis fait entrainée dans une rue étroite et inhabitée par un groupe de jeunes garçons à qui je n’avais aucune raison de craindre. Quelques mètres seulement après avoir pris cette rue ils se sont agrippés de mon sac avant de m’assommer et violer à tour de rôle. Je me suis évanouie, ce sont mes amies avec qui j’étais à la cérémonie qui m’ont découvertes après avoir su que je ne n’étais pas encore rentrée à la maison. Elles ont cherché et m’ont trouvée réveillée. Mais j’avais peur et honte. Qui peut croire à cette thèse ? Une jeune fille en âge d’avoir des copains qui se fait violer. Mais ma famille m’a soutenue, elle a déposé une plainte contre X qui est restée depuis lors sans suite »

L’absence de réserve foncière et la forte concentration humaine enlèvent aujourd’hui toute possibilité d’extension sérieuse à l’intérieur du périmètre de Guediawaye. Les jeunes se plaignent du manque d’espaces verts ou airs de jeu « pour effectuer quelques besoins de jeunes » se désolent certains « nous sommes obligés de nous rendre à chaque fois au stade Alassane Djigo de Pikine pour les matches de Navétane ou au stade Amadou Barry ». Le lycée Limamou Laye détient un grand espace pour sport mais il semble que cet espace ne soit pas utilisé. Mais on voit mal l’Education Nationale laisser ainsi ronger son domaine foncier. Mme Woré Sarr confie « nous manquons d’espace. Toute la commune est pleine ». Ainsi, ajoute le maire : « les problèmes de la population ne sont pas seulement limité à cela, ils vont bien au-delà. L’évacuation au fil de l’eau des débits et volumes provenant des ruissellements des flancs abrupts du bassin versant ».

« Le quartier étant un réceptacle toutes les eaux de ruissellement de Guediawaye et Pikine s’y retrouvent. La commune n’a même pas de poste de santé tous les parents amènent leurs enfants hors du territoire communal pour des soins » révèle la dame Fatoumata Faye Diop infirmière dans un centre de santé de la localité. Le maire rassure sur cette question « par la grâce de Dieu et avec l’aide de l’Etat mon équipe et moi avons construit un poste de santé et une maternité qui ne sont pas certes fonctionnels mais avec les recrutements qui se feront bientôt au niveau du ministère de la santé je suis à peu près sur que ces infrastructures auront du personnel ».

Le rabattement de la nappe au dessous des seuils des maisons pour être hors de portée des enfants en bas âge pourrait enrayer le caractère endémique des maladies à transmission hydrique et leur résurgence à la faveur des contacts avec les eaux stagnantes. « Nos enfants souffrent des inondations car ils ne savent pas savoir ce qui est bien ou mal avec les eaux. Certes, ce sont les femmes qui doivent faire très attention quant à la surveillance de leurs enfant mais, j’avoue que ce n’est pas évident d’y parvenir convenablement » continue Mme Diop

Les zones inondées sont plus nombreuses que la partie non inondée. Ainsi les autorités qui subissent la pression des populations en saison des pluies, tentent des solutions. Ici, les sapeurs pompiers ont effectué des pompages importants. « Depuis toujours la zone est inondée. Mais pour la route principale, chaque jour que Dieu fait , on évacue l’eau, mais chaque matin c’est encore le même décor qui s’offre à nos yeux, l’eau revient.

Avec un budget prévisionnel de deux cent(200) millions, les sept associations sportives et culturelles ont chacune reçu 250 mille francs cette année en guise de subvention. Mais puisque d’autres sports individuels comme la lutte, l’athlétisme, le taekwondo, le karaté, la pétanque, le judo, le savate boxing et le Kung Fu, le foot Ball, le hand Ball et basket sont pratiqués au niveau de la commune.L’équipe municipale compte les aider.

A Médina Gounass, c’est le football qui l’emporte sur les autres disciplines sportives, à l à l’exception de la lutte Halpular qui se déroule dans l’arène toucouleur dans le quartier CFA. Il y a sept équipes de quartiers qui jouent dans les Navétane ».En effet, les Navétane sont devenues une tradition au Sénégal où durant les grandes vacances qui coïncident avec la saison des pluies (août à octobre), les équipes de football des quartiers se rencontrent dans des compétitions organisées par les structures décentralisées de l’ONCAV.

Les femmes sont les grandes perdantes de la commune, car, « la nomenclature budgétaire ne prévoit pas de rubrique pour les femmes. Ceci est valable pour toutes les mairies du Sénégal ». Quant aux petits écoliers « chaque élève de la seule école de la commune a reçu un sac plein de fournitures. C’est mon équipe et moi qui avons construit l’école et donné le nom du père du chef de l’Etat » ,ajoute -t- elle fière. Mais n’empêche, la commune ne compte pas les laisser sur la touche. Selon Lountang Gassama, conseillère municipale ,« nous venons de terminer un séminaire sur la transformation des fruits et légumes grâce à la mairie. Nous avons également constitué un groupement de femmes pour avoir quelque chose pour nous même et aider nos maris et nos enfants ».

http://www.africanglobalnews.com

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