A sept mois du combat de lutte entre Yékini et Balla Gaye 2, ce n’est pas encore l’effervescence à Guédiawaye. Le choc en vue entre les deux colosses, prévu le 22 avril 2012, n’occupe pas trop les esprits et les populations semblent avoir d’autres préoccupations plus urgentes pour l’instant. Elles restent néanmoins conscientes des énormes enjeux de cette affiche qui met aux prises leur idole et ambassadeur à l’invincible roi des arènes. D’où l’appel à l’union sacrée autour du « lion » afin qu’il puisse déboulonner l’empereur et que Guédiawaye continue à trôner sur l’arène.

Guédiawaye. Il fait beau temps, en cette matinée de dimanche. Il y a quelques instants, une fine pluie s’est abattue sur le quartier. A la Cité SHS, sous les huttes installées à côté du terminus des bus, un groupe d’individus hume l’air frais. L’ambiance est bon enfant. A quelques mètres de là, l’odeur suave du thé vous embaume les narines. Ici, on discute de tout et de rien. Mais contre toute attente, le combat tant attendu entre Balla Gaye 2, surnommé le lion de Guédiawaye et Yékini, le roi des arènes n’occupe pas encore trop les esprits. «Pour l’instant, cette affiche n’est pas encore notre préoccupation majeure», explique le jeune Ameth Ndiaye.

Un sentiment d’indifférence qui semble s’expliquer par le fait que la date du face à face, à savoir le 22 avril 2012, entre les deux mastodontes, est encore lointaine. Mais, s’empresse d’ajouter Ameth, les populations de Guédiawaye vont se mobiliser comme d’habitude pour pousser le fils de Double Less à la victoire finale face à l’indéboulonnable chef de file de l’écurie Ndakaru. S’il dit être confiant pour son idole, Balla Gaye 2, le jeune homme se refuse néanmoins à tout pronostic. «C’est toujours un pari risqué de faire un pronostic dans la lutte, surtout pour l’affiche Balla Gaye/Yékini. Tout peut arriver dans ce combat », se borne-t-il à laisser entendre.

La même prudence est notée chez Babacar Sarr, un retraité de la Douane, qui réside à Guédiawaye depuis cinq ans maintenant. Le chapelet à la main, l’ancien gabelou soutient à priori, ne pas être « très versé dans les affaires de lutte ». Il estime néanmoins que «c’est un combat ouvert et que chacun des deux protagonistes peut bel et bien battre son adversaire». A la Cité des enseignants qui jouxte le quartier SHS, le jeune Mbaba Ndiaye est convaincu des difficultés qui attendent le dernier tombeur de Mohamed Ndao dit Tyson, pour sa prochaine sortie devant l’enfant de Bassoul. «Yékini est un lutteur expérimenté qui n’a encore jamais perdu de combat », rappelle-t-il ; ajoutant que Balla Gaye 2 doit d’abord respecter son adversaire pour pouvoir tirer son épingle du jeu.

 

Appel à l’union sacrée

 

Selon lui, le fils de Double Less joue gros face au sociétaire de l’écurie Ndakaru et « c’est ce qui rend son face-à-face contre le roi des arènes beaucoup plus difficile ». «C’est sûr qu’il va prendre davantage de galons s’il parvient à battre Yékini. Mais cela ne sera pas une chose aisée ; dans la mesure où ce dernier voudra encore prolonger son règne de roi des arènes», éructe-t-il. De l’avis de Mbaba Ndiaye, tout Guédiawaye doit s’unir comme un seul homme, autour du grand frère de Sa Thiès, afin qu’il remporte, avec brio, cette confrontation avec le porte-étendard de l’écurie Ndakaru. « Nous devons faire en sorte que Guédiawaye poursuive et renforce son leadership dans l’arène », martèle-t-il avec force. A son avis, beaucoup de jeunes de ce quartier veulent aujourd’hui être des lutteurs et s’identifient actuellement à la génération dorée des Balla Gaye 2 et Lac de Guiers 2.

« Même quand ils vont au terrain pour jouer au football, les enfants ont tendance maintenant à s’essayer d’abord à la lutte », témoigne-t-il. Une véritable ruée qui, à son avis, reste favorisée par la pauvreté grandissante qui sévit dans ce quartier populeux de la banlieue. « Vous savez, Guédiawaye est un grand quartier et les sociétés y sont inexistantes. La lutte est devenue une aubaine pour beaucoup de jeunes qui n’ont pas de métier et qui sont confrontés à des difficultés pour s’insérer dans la vie professionnelle », indique-t-il. Ce dernier déplore cependant, l’énorme disparité qui existe entre les cachets et le faible pourcentage de lutteurs qui disputent des combats de lutte au cours de la saison.

«C’est vrai qu’ici, il y a une ruée vers la lutte, mais il n’y a que Balla Gaye 2, Lac de Guiers 2 et Elton qui obtiennent de bons cachets ; tandis que la plupart des lutteurs passe tout simplement une année blanche », regrette-t-il fortement. C’est pourquoi, il estime que Balla Gaye 2 doit investir à Guédiawaye ; le seul moyen selon moyen lui, d’apporter sa touche à la lutte contre le chômage auquel font face les jeunes et certains de ses coéquipiers. Dans cette Cité des enseignants, Amadou Diongue, la soixantaine, est une véritable mémoire vivante de la lutte. Enseignant à la retraite, il a suivi depuis les années 50, l’évolution de cette discipline au Sénégal et particulièrement à Guédiawaye.

 

La lutte à Guédiawaye, un phénomène récent

 

D’après lui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis des années. «Au début, la lutte incarnait beaucoup de valeurs cardinales. On luttait pour l’honneur, le prestige, la notoriété, etc. La lutte favorisait également le brassage culturel, la loyauté et les amitiés fortes », ajoute-t-il. Le vieux Diongue soutient aussi que les lutteurs étaient très fair-play et avaient un véritable esprit sportif. Pour preuve, il cite en exemple, le combat de lutte entre Médoune Khoulé et Yéri Sadio. « Pour avoir fait un seul appui dans la foulée d’un crochet esquivé par son adversaire, Médoune Khoulé jusque-là invincible, avait volontairement désigné Yéri Sadio vainqueur alors que l’arbitre n’avait pourtant pas rendu son verdict », se souvient-t-il, avec un brin visiblement ému par cet acte de ce grand champion. Aujourd’hui, note-t-il, cet exemple de fair-play n’existe pas dans l’arène.

« On assiste plutôt à de la tricherie, une quête frénétique d’argent et surtout à une vague de violence inouïe qui a fini de travestir l’esprit de la lutte », commente-t-il, avec inquiétude.  S’agissant de la lutte à Guédiawaye, Amadou Diongue indique que le phénomène ne date pas de très longtemps. « Guédiawaye est créé tout récemment en 1967 par les populations des quartiers de Nimzat, Baye Gaindé et Hlm qui avaient fait l’objet d’un déguerpissement », révèle l’enseignant à la retraite. A l’en croire, c’est seulement vers les années 80, avec la génération des Double Less que la lutte a commencé à se développer dans cette localité de la banlieue.

En observateur avisé de la lutte, Amadou Diongue est d’avis que le choc en vue entre Yékini et Balla Gaye 2 sera très disputé. « Balla Gaye 2 réunit tous les atouts pour être un grand champion. C’est un fin lutteur, courageux et qui dispose d’un encadrement technique expérimenté avec des gens comme Balla Gaye 1, Double Less, Mohamed Ali entre autres », affirme-t-il ajoutant que, le lion de Guédiawaye peut bien se tirer d’affaire face au poulain de Robert Diouf. Il souligne cependant qu’autant la fougue du fils de Double Less peut être un atout autant elle peut être une faiblesse. Surtout poursuit-il, qu’il fera face à un adversaire, expérimenté qui a atteint sa maturité la plus complète.

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