Depuis l’idéal défendu par les promoteurs du bitcoin,  d’établir un système financier qui se serait affranchi des intermédiaires, comme les banques, et d’organisations en haut de la pyramide,  pour instaurer un nouveau système financier, la libre circulation du capital a pris de nouvelles dimensions, en s’attaquant  à ses derniers obstacles que constituent les Banques et les Etats, via des réglementations et la fiscalité.

 Ainsi, depuis l’avènement de  la financiarisation du Capital mondialisé et de  la révolution digitale, le système bancaire,  dont les Banques centrales et les Banques, d’idéal sous le capitalisme monopoliste, est  de plus en plus devenu un obstacle à la libre circulation du capital, qui  est entravée par frais bancaires et la fiscalité sur les revenus des multinationales du digital,  qui ont pris en main le contrôle de l’Economie mondiale.

En effet, les frais bancaires limitent l’accès à ses services, et la fiscalité sur les revenus du capital, empêche la maximisation des profits.

C’est ainsi que l’optimisation fiscale a été inventée par les multinationales,  pour minimiser l’impôt sur les revenus du Capital, et une crypto monnaie  a été inventée, dont le précurseur est   Bitcoin,  pour plus d’inclusion financière en évitant les frais bancaires.

Face à cette nouvelle situation, les Etats des grandes puissances occidentales  exigent plus d‘impôts  sur le chiffre  de la part des multinationales  installées chez eux, en luttant contre les paradis fiscaux.

Mais de guerre lasse, l ‘Union européenne inflige de lourdes amendes à Google pour fraude fiscale,  suivie par la France, qui vient ensuite de  décider  de taxer le chiffre d’affaires des multinationales du digital.

C’est face à ses attaques que  Google, après avoir analysé  la nature économique et sociale  de la  crypto monnaie à travers le succès du Bitcion dans la libre circulation du Capital, débarrassé des contraintes bancaires et fiscales,  a entrepris de lancer sa propre crypto monnaie, le Libra.

De cette manière, il offre les mêmes services que les banques sans frais bancaires,  et minimise la fiscalité que les Etats veulent lui imposer.

Cette crypto monnaie, avec 28 multinationales- membres,  s’attend à en avoir 100, au moment de son  lancement  officiel en juin. 2020.

Dans un premier temps,  Facebook destine  le Libra  à  ses 2 milliards d’usagers, via son dispositif de messagerie électronique.

Pour leur faire accepter une telle devise numérique, Facebook présente son avantage de rendre les transactions plus rapides, moins coûteuses en  frais liés à la gestion de l’argent liquide, et faciliterait l’accès des populations « peu bancarisées » à des services financiers, tout occultant l’avantage fiscal qu’il attend d’elle.

Facebook cache ainsi derrière  des préoccupations de justice sociale et d’équité, son véritable combat, qui est celui de  l’optimisation fiscale contre laquelle des Etats se sont soulevés !

Si  ces 2 milliards d’individus se tournent vers le libra  pour une partie de leurs transactions en ligne, les États risquent de perdre le contrôle sur une partie non négligeable des flux financiers, ce qui les priverait    d’informations  importantes pour déterminer la politique monétaire à mener.

Et c’est pourtant cela que la France fait subir aux Etats Africains de la Zone franc !

Avec le phénomène d’accélération technologique, les États des grandes puissances occidentales, peuvent craindre que cette monnaie dématérialisée serve,  dans un futur pas si lointain,  à payer des achats du quotidien, comme la baguette  de pain, sevrant de fiscalité, même aux Communes !

Dans un monde où le libra se serait confortablement installé en tant que devise concurrente à l’euro, au dollar ou à d’autres monnaies, Facebook deviendrait «  trop gros pour couler », comme ces banques que les États ne peuvent pas laisser faire faillite,  de peur de déstabiliser toute l’économie.

Ainsi les Etats  des grandes puissances occidentales vont hésiter avant de contrer sa politique d’optimisation fiscales, mêmes si les paradis fiscaux, devenus impopulaires, cessaient d’exister.

 C’est pour cela que le Ministre français de l’Économie a exprimé, jeudi 13 septembre2019, sa volonté de s’opposer au développement de cette devise numérique en Europe, assurant que « notre souveraineté monétaire est en jeu ».

Pourtant,  il n’a de cure que  son pays dans la Zone Fran, en fait de même pour les Etats Africains de cette Zone !

Ce  Ministre français insinue que le libra pourrait, en cas de succès, « parasiter les politiques monétaires », et  c’est pour cela qu’il  penche pour la création d’une monnaie numérique publique, gérée par les banques centrales.

Cette idée d’une devise virtuelle publique est examinée depuis des années par les banques centrales des grandes puissances occidentales,  mais n’a jamais été une priorité.

 En ce sens, on peut dire,  que la menace de l’arrivée imminente du libra, a rendu le débat sur la modernisation de la monnaie, plus pressant.

Une telle monnaie aurait l’avantage sur celle de Facebook,  de bénéficier de la garantie officielle des  Banques  centrales.

Déjà la Chine s’et mise à développer sa crypto monnaie,  pour mieux asseoir sa souveraineté monétaire.

C’est ce contexte de débats pour  la souveraineté monétaire,  qui permet  de soulever la question de la  non – pertinence du  maintien de la zone franc, dont la monnaie, le Fr CFA, continue d’échapper à la souveraineté des Etats africains membres, et reste sous le contrôle du Trésor public Français et de la Banque Centrale Européenne, reléguant nos Banques Centrales au simple rôle de supervision des banques  locales et des organismes financiers décentralisés, et sevrant nos Trésors publics de devises, à travers le dépôt obligatoire dans les Comptes du Trésor Français, 50% de nos recettes d’exportation.

La France ne devrait donc pas revendiquer cette souveraineté monétaire vis-à-vis de Facebook, et refuser, en même temps, cette même souveraineté,  aux Etats africains de la  Zone franc, membres de la CEDEAO, pour  qu’ils puissent se doter d’une monnaie commune, l’ECO,  confiée à une banque centrale, qui pourrait en même temps, explorer la faisabilité d’une crypto monnaie publique,  pour mieux asseoir son contrôle sur son système financier,  en s’inspirant  de l’expérience en cours de la Chine.

L’entrée en vigueur du Libra se faisant en 2020, comme celle de la monnaie commune CEDEAO,  l’ECO, ce tournant historique dans le système financier international, est une opportunité, pour les pays de la CEDEAO, pour prendre leur destin monétaire en main.

Cette souveraineté monétaire sous-régionale, permettrait aussi de limiter le transfert  légal des revenus du Capital dont souffrent les pays de la Zone Franc, et qui favorise la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.

 L’  ECO, et sa crypto monnaie, sont  donc les deux mamelles  de la CEDEAO, pour permettre à nos peuples de maîtriser notre destin.

      Pan africanistes de tous les bords, vous êtes interpellés par ce tournant de  l’Histoire !

                                 Ibrahima SENE PIT/SENEGAL

                                     Dakar le 15 Septembre 2019

1 Commentaire

  1. L’entrée en vigueur du Libra se faisant en 2020 et celle de la monnaie commune CEDEAO, l’ECO, necessite une information exhaustive transparente de ce qui va réellement advenir Des bribes par-ci et par là ne suffisent pas et semble jeter la confusion dans les esprits. Une question à clarifier: Si un 1200 Éco= 1Euro=650 fCFA., cela voudrait il dire logiquement que lors de la mise en place de la nouvelle monnaie en 2020 la parité entre le CFA et l’Éco sera de 650 FCFA pour 1200 Éco?

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