« Nous devons, tous ensemble travailler à définir les mécanismes d’une démocratie apaisée où chacun joue sa partition, dans le respect des textes fondamentaux, sans confusion de rôles, en reconnaissant, à l’autre son droit à exercer les prérogatives. »

Avec la vacance entraînée par l’élection de l’ancien coordinateur de la DES/APR France comme Député de la Diaspora pour la XIIIème législature, la compétition est ouverte en vue de pouvoir le poste tant convoité.

Un comité ad hoc autoproclamé s’est mis en place et à décider d’organiser une élection avec à l’apothéose une AG prévue le 13/01/2018 après avoir été initialement fixée au 16/12/2017.

C’est pour nous, l’occasion de rappeler certains principes inhérents à la démocratie interne pour que la volonté de la majorité des militants et sympathisants ne soit pas confisquée par des lobbyistes qui ont un agenda déjà concocté dans de lugubres officines.

Pour rappel, depuis quelques années déjà, les corps intermédiaires vivent une crise profonde. Parmi ceux-ci, les partis politiques sont probablement ceux qui souffrent du plus grand désamour des citoyens.

En étudiant l’objet « parti politique », un premier constat nous assaille : la faible représentativité des élites et militants politiques. Les partis politiques peinent à recruter en dehors de ce qu’il est d’usage d’appeler les « professionnels de la politique ». Pierre Rosanvallon, dans son ouvrage Le bon gouvernement, (2015) décrit les partis comme des organisations qui « représentent [davantage] la raison des gouvernements auprès des citoyens qu’ils ne représentent ces derniers auprès des premiers ». Il va sans dire que les modes d’organisation des partis, suivant une approche « top-down » (du haut vers le bas), n’arrangent rien à la situation. Quand bien même un citoyen lambda serait tenté de rejoindre un parti politique, celui-ci se rendrait probablement vite compte de l’impuissance qu’est celle du militant, devant se conformer aux directives prises par la direction du parti et ne pouvant donc apporter sa pierre à l’édifice.

Il semblerait que les directions des partis n’aient aujourd’hui pas vocation à favoriser le débat chez les militants, à encourager leur réflexion, mais bien à laisser la situation telle qu’elle est. C’est le constat tragique tiré en 1911 par Robert Michels, dans son ouvrage Les Partis politiques : essai sur les tendances oligarchiques des démocraties : « l’incompétence des masses […] constitue le fondement le plus solide du pouvoir des chefs ». Le parti est un outil de conquête électorale, c’est son rôle premier et il n’en dévie pas à l’heure actuelle.

Seulement, ce rôle est aujourd’hui remis en question, tant le discrédit des partis de gouvernement, est important. « Dépassés », « sectaires », « déconnectés du monde réel » : les qualificatifs apposés aux militants des partis politiques par une partie des citoyens est le symbole d’un changement d’époque. Auparavant légitimés par un clivage « Gauche/Droite » et l’opposition idéologique qu’il supposait, les partis semblent aujourd’hui avoir le plus grand mal à s’adapter à un monde en perpétuelle évolution et dans lequel les clivages se multiplient.

Qu’ils aient trait aux conceptions économiques, politiques et bien d’autres, ces clivages prennent de plus en plus d’importance et bouleversent l’échiquier politique. Comment comprendre qu’au sein d’un même parti cohabitent des opinions contradictoires ? Ces oppositions, conduisant parfois les partis près du point de rupture, rendent le monde politique plus opaque pour nos concitoyens.

Enfin, au-delà des idées des uns et des autres, les multiples dérives ont achevé d’enterrer l’idéal que portait l’engagement partisan. Comment accorder sa confiance à des partis politiques quand des leaders de partis ont été condamnés ou sont poursuivis par la justice ? Comment accorder sa confiance à des organisations où le seul spectacle proposé aux citoyens est celui des luttes internes pour le pouvoir ?

Malgré ce tableau peu ragoûtant, les partis politiques ont aujourd’hui un rôle important à jouer dans le débat démocratique, un rôle qu’aucun autre acteur n’a su remplacer pour l’instant.

Il est ainsi de la responsabilité des partis de travailler à une amélioration de la représentativité des élus, en faisant émerger et en valorisant de nouveaux profils. Cela passe d’abord, par l’application du non-cumul des mandats et postes politiques, qui permettra à de nouvelles têtes d’émerger.

Cet effort de renouvellement des élites politiques est aujourd’hui nécessaire pour revigorer la vie partisane et donc la vie démocratique. Naturellement, cela nécessiterait des efforts en matière de formation pour les élus et militants. Après tout, un parti n’a-t-il pas intérêt à fournir des clés d’émancipation à ses militants ? De leur permettre de maîtriser des savoir-faire, des savoir-être utiles ensuite dans leur représentation sur le terrain, auprès des citoyens ou lors de leurs mandats locaux ? La réponse est évidemment positive. La « reconquête » passe par ce biais. Cette stratégie d’« investissement sur l’avenir » qui passe par des formations a également l’avantage de permettre aux responsables partisans en place de découvrir de potentielles « pépites », à même de faire vivre l’organisation partisane à l’avenir.

Alors que l’abstention atteint de nouveaux records, que la complexité des textes de loi croît et que la simplification qui en est effectuée par les médias est trop souvent approximative ; n’est-ce pas du rôle des partis de recréer de la réflexion, du débat ? Un débat de fond qui manque aujourd’hui terriblement, en leur sein, comme dans notre vie politique. Au sein des villes, des villages et hameaux, une demande de sens s’exprime. Informer, apprendre, apprendre à débattre et à comprendre le monde : la formation permettrait sans aucun doute de sensibiliser à la citoyenneté les jeunes désintéressés par la politique, d’intéresser les citoyens qui sont aujourd’hui éloignés du débat public. Les partis politiques auraient à y gagner en recréant une dynamique militante, en renouvelant en profondeur et reprenant leur place dans le jeu démocratique.

C’est tout l’enjeu de la camapagne à laquelle nous assistons pour le poste de Coordonateur de la DSE APR France car la méthode de sélection employée influera nécessairement sur le genre de dirigeant qu’il sera élu. Aussi, les militants et les sympathisants ne doivent pas avoir le sentiment de n’être que du « bétail électoral » alors qu’une certaine « nomenklatura » se partage des postes, encore des postes et toujours des postes.

Faire fonctionner la démocratie interne dans les décisions majeures de la vie de la DSE est pour nous le mode de désignation idéal pour le poste vacant. Pour cela il y a des arguments qui militent en faveur : La logique qui s’applique au système de démocratie devrait s’appliquer aussi, ainsi est-il allégué, aux affaires internes des organisations de parti politique elles-mêmes. L’objectif de la démocratie est que le peuple ait le droit de choisir. Grâce aux élections, il sélectionne et contrôle ses maîtres politiques. Tout comme les citoyens d’une nation ont le droit d’exprimer leur opinion par leur suffrage lors des élections, de même les membres d’un parti politique devraient avoir le droit de sélectionner et de rejeter leurs chefs, leurs élus et leurs candidats à des fonctions publiques. A  titre d’exemple, l’Allemagne est un pays où la valeur de la démocratie interne de parti est considérée comme allant de soi. La Loi fondamentale de 1949 stipule au sujet des partis politiques que « leur organisation interne devra se conformer aux principes démocratiques » (article 21, para. 1). La démocratie interne de parti fut également une revendication majeure des réformateurs du Parti progressiste aux États-Unis vers le tournant du vingtième siècle.

Les déclarations de candidature constatées ça et là, les parrainages accordés à certains candidats qui se détachent du lot, démontrent s’il en est encore besoin, une soif manifeste de pouvoir désigner la femme ou l’homme qui sera à la tête de la DSE APR France sans une intervention « extérieure ». Malgré les apparences, l’arrivée de l’ancien coordonateur, devenu Député de la Diaspora à la tête de la DSE avait créé beaucoup de frustrations dans nos rangs car il n’était pas forcément le plus outillé pour le poste. Sa sortie depuis Dakar après la DPG du Premier ministre en est la parfaite illustration. En lieu et place de mettre le Président de l’APR à l’aise en attedant pas d’être « démissioné », il se lance dans une attitude de défiance et de mépris vis à vis d’une processus irréversible. La seule martinguale qui s’offre est de susciter les avantages de la démocratie interne qui sont : de procurer des occasions de participation politique  et surtout d’encourager la participation politique.  

 

Ben Yahya SY

Convergence des Cadres Républicains France

Coordinateur adjoint Section Chilly Mazarin

Délégué de la CCR à la DSE APR France

 

Et demain, quels partis politiques ?

Bien évidemment, pour se renouveler, les partis politiques doivent faire évoluer leur forme. Les partis ne consacrent plus suffisamment de temps à la réflexion (sinon au sein de procédures le plus souvent verrouillées par les instances), ils réagissent et commentent, laissant à d’autres la mission d’être force de propositions innovantes. Sur un plan intellectuel, ils doivent aujourd’hui s’ouvrir, favoriser le débat et l’échange, prendre du recul, permettre le développement d’une pensée globale. 

Sur un plan plus proche du terrain, de nouvelles pratiques doivent être encouragées, tant par les directions partisanes que portées par les militants eux-mêmes. Exemplarité, retrait de la vie politique d’un responsable après sa défaite (le Royaume-Uni, l’Italie, les pays scandinaves le font ; pourquoi ne pas s’en inspirer ?), non-cumul des mandats. Les partis devraient davantage s’appuyer sur le monde associatif, y puiser des ressources. Cela participerait de l’ouverture évoquée précédemment. Enfin, ils doivent offrir une place à tous, et notamment aux jeunes. Quand les ainés peuvent apporter leur expérience, les jeunes contribuent à la dynamique globale par leur énergie et leur fougue. Comment intéresser les jeunes ? En s’intéressant à leurs problématiques ! Le candidat à la primaire du parti démocrate Bernie Sanders, en s’intéressant aux difficultés d’accès à l’université, est aujourd’hui plébiscité par des milliers de jeunes. Difficultés à se loger, à se former, à trouver un travail : les problématiques de la jeunesse sont multiples et stimulantes. Les pays nordiques (Suède et Finlande notamment) mettent un point d’honneur à rendre leurs jeunes indépendants et matures par de nouvelles pratiques de formation et des programmes divers encourageant les initiatives. Si les partis politiques français se saisissaient de ces enjeux, nul doute qu’ils sauraient redorer leur blason auprès de catégories qui ne les voient plus comme des acteurs d’avenir.

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