La politique de décentralisation consiste à mettre en place un processus de transfert des compétences ou des ressources vers des entités locales distinctes. Il s’agit donc d’un mouvement du centre vers la périphérie, de la capitale vers les localités aussi lointaines soient-elles.
Il s’agit d’un concept communément connu dans la sphère étatique et dont son évocation renvierait aux fameux Actes 1,2 et 3 de la décentralisation. Mais l’histoire et la pratique ont démontré, non seulement, le fait que cette notion n’est pas propre à l’Etat, mais bien au contraire, que toute personne physique ou morale, centre de décisions touchant des populations qui se trouveraient dans différents parages, pourrait procéder à une décentralisation de ses pouvoirs de décisions vers d’autres entités qui seraient plus proches de ces populations. Pour ainsi faciliter et permettre une meilleure prise de décision conformément aux besoins et attentes des concernés.
C’est exactement ce que Serigne Touba avait compris et appliqué plus d’un siècle avant l’apparition du fameux Acte 1 de la décentralisation en France en 1982. Pour concrétiser cette politique de décentralisation, Serigne Touba s’est, dans un premier temps, focalisé sur un préalable sine qua non, qui consiste à changer radicalement le système éducatif de cette époque qu’il jugeait obsolète et non conforme à son objectif. Il a ainsi jeté ce système aux orties pour ensuite, adopter ce préalable incarné par une méthode qui lui a permis de former des véritables leaders, en inculquant sur eux – et par lui-même- toutes les qualités qu’un dirigent aurait besoin pour être à la hauteur de la mission qui lui serait confiée.
Ayant compris les attentes considérables dans un avenir proche, causées par un afflux des talibés, il a, dans un premier temps, tout centralisé sur lui en faisant de ses disciples des musulmans exemplaires qui amassent le travail et l’adoration de Dieu, sans manquer à leurs devoirs envers leurs semblables. Et toute cette formation a comme base le savoir et la dévotion ; cette dernière (la dévotion) englobe le culte et le travail.
Serigne Touba avait ainsi bien compris les enjeux et les avait pris très au sérieux, chose qui l’a poussé à adopter cette politique de décentralisation en commençant, avant toute, par se doter d’une ressource humaine de très haute qualité tels que Mame Thierno, Serigne MBacke Bousso ou encore Serigne Dame Abdou Rahmane Lô, pour pouvoir ensuite, mettre en exécution son programme de décentralisation vers ses compagnons et empêcher un engorgement des talibés sur le centre qu’il incarnait lui-même.
Apres une formation complète et aguerrie de ces hommes, il a ainsi envoyé Mame Thierno, en 1912, à 28 kilomètres de Touba (Darou Mouhty) avec une mission précise ; Serigne Mbacke Bousso, en 1918, à 2 kilomètres de la Grande mosquée de Touba (Guédé) avec une mission propre à lui, et Serigne Dame Abdou Rahmane Lô à Ndam chargé d’enseigner tout ce qui est apprentissage du coran. Etc.
Mais la question qui se pose aujourd’hui c’est de savoir si, avec la croissance considérable de la ville de Touba et ses périphéries, avec une augmentation quantitative innombrable des mourides, sommes-nous conscients de l’immense responsabilité qui nous incombe? Sommes-nous au courant de cette politique de décentralisation que notre guide avait adoptée pour mieux affronter les défis de son époque ?
Notre non-conscience de l’immense responsabilité qui nous incombe vis-à-vis de l’avenir de Touba et des talibés, fait que, même si des traces de cette politique de décentralisation sont, quelque part, repérées, elle (la politique de décentralisation initiée par Serigne Touba) reste partielle et ressemble plus à un partage de gâteau, car dépourvue de toute substance.
Notre cher guide privilégiait dans sa politique de décentralisation, la compétence de ses disciples. Il choisissait ses « généraux » selon leur compétence et leur dévouement. Personne ne conteste les compétences – en guise d’exemple – de Mame Thiérno ou de Serigne Mbacké Bousso :
Brom Darou, son immense attachement aux principes et valeurs islamiques, sa capacité d’éduquer et d’enseigner, son attachement sans faille au travail et à l’adoration de Dieu, font que Serigne Touba lui avait confié ses enfants, sa famille et la gestion même des affaires lors de son exil. Un travail qu’il a accompli loyalement jusqu’au retour de son guide et grand frère.
Serigne Mbacké Bousso, homme de science, un érudit incontestable, poète et écrivain affiné, qui a su démontrer que la science est au cœur du Mouridisme. Un des plus grands astronomes que le monde ait jamais connu et sur qui Cheikh Anta Diop a fait un excellant témoignage pour son immense savoir en la matière. Il est formé par Bamba et a excellemment accompli sa mission car nul ne doute de ses dons extraordinaires d’écrivain et de son leadership. Chose qui l’a poussé à s’ériger en fin diplomate pour endiguer, à travers ses écris, tout malentendu entre Cheikh Ahmadou Bamba et l’administration coloniale durant de son exil.
La méthode que Serigne Touba avait adoptée pour avoir cette ressource humaine de très haute qualité n’est ignorée de personne. Il ne s’agit pas d’une baguette magique tombée du ciel, mais plutôt un travail bien structuré qu’il a formellement pérennisé en l’inscrivant presque partout dans ses écris auxquels tout guide dévoué peut s’y référer pour l’éducation de ses Hommes et avoir des résultats identiques, comme ceux des grands disciples du Cheikh précédemment cités. Il (le Cheikh) disposait à son époque beaucoup moins d’outils que l’on dispose aujourd’hui pour bien accomplir sa mission. Etant une époque coloniale où tout était difficile, l’islam était l’ennemi du système colonial, l’accès aux ouvrages était tellement difficile par manque de moyens de transport etc., mais malgré cela, le Cheikh a réussi, en produisant des musulmans exemplaires et des mourides « sâdikh ».
De nos jours, malgré la disponibilité de tout, on est déficitaire en tout. On ne produit plus des musulmans exemplaires encore moins des mourides « sadikh ». Ceci a comme conséquence, l’inconscience totale de nos défis actuels et futurs en occultant notre passé ainsi que le chemin privilégié par Serigne Touba (la méthode et la politique de Serigne Touba en matière d’éducation et de travail). Cette politique de décentralisation, qui est loin d’être une politique expansionniste, est tombée aux oubliettes jetées aux orties. Nous avons dit précédemment que cela ressemblerait le plus à un partage de gâteaux qu’à une politique de décentralisation car les affaires sont réparties non pas en privilégiant la compétence ou le mérite, mais bien au contraire, en tenant compte à des appartenances familiales et des clivages de « sama talibé ». Et ce qui pose problème aussi c’est qu’une fois la mission confiée, il n’existe aucun élément de contrôle en cas de disfonctionnement. Cette confiance devient à vie, même s’il y a échec manifeste de l’objet de la mission.
L’exemple le plus vivant de ce manque de conscience et de politique de décentralisation, c’est l’état actuel des quartiers périphériques de Touba. Des populations qui, par leur amour à Serigne Touba et par un sentiment du devoir de s’approcher à leur Guide, pour ainsi mieux accomplir leur mission d’ici-bas et de l’au-delà, décident de tout quitter : leur village natal, les terres de leurs ancêtres qu’ils habitaient et cultivaient pour gagner dignement leur vie. Tout en espérant trouver un meilleur avenir près de Bamba. Une fois sur place, ces populations vivent le calvaire, leur rêve devient un cauchemar, mais cela n’empêche qu’ils gardent toujours l’espoir en faisant confiance à leur Guide Serigne Touba. Ils manquent de tout, même les plus élémentaires pour vivre : de l’eau, des sanitaires, d’électricité et la liste est loin d’être exhaustive. Ils leur manque même d’école coranique pour aprendre leur religion, ce qui est inimaginable dans une ville comme Touba. Cette situation était prévue par Serigne Touba, en choisissant de décentraliser le système, c’est-à-dire, former des « élites » et les envoyer dans de différentes localités pour, d’une part, permettre aux talibés, à travers ses « Dieuwrines » (ses généraux), de bénéficier de la même éducation que ceux qui sont près de lui, et d’autre part, empêcher un probable exode rural qui pourrait créer un engorgement au centre.
C’est en ce moment même que le Khalife général Serigne Mountakha (que Dieu l’assiste) s’apprête à doter Touba d’un système éducatif conséquent et complet. Une initiative qui est salutaire et répondrait, d’une part, à une partie importante des demandes tant attendues.
Mais ayant manqué l’occasion de contenir ces populations dans leurs villages respectifs, ayant manqué à la responsabilité de les mettre, une fois installées dans la Ville sainte, dans des conditions nécessaires pour vivre, ne serait-il pas temps de penser à mettre en place ce même système de politique de décentralisation que Serigne Touba avait adoptée pour Guédé, Darou, Ndam ou encore Ndindi…, au bénéfice de ces quartiers périphériques ?
Oubli ? Inconscience ? Négligence ? Ou simple indifférence ? La réponse incombe à tous et à chacun de la faire.

Cheikh Ahmadou Bamba Bousso (Cheikhouna)
Bordeaux (France)

1 Commentaire

  1. Ce n’est pas bien de mentir ! Ce n’est pas bien de manipuler et d’insulter l’intelligence des populations ! ce n’est pas bien de travestir l’histoire de ce pays !

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