Les usines de trituration de la SONACOS étaient le fleuron de l’industrie sénégalaise sous la présidence de Léopold Sédar Senghor. On produisait de l’huile d’arachide à Ziguinchor, à Kaolack, à Diourbel et à Dakar. Les huiles européennes, américaines et asiatiques étaient inconnues au Sénégal. Avec le temps qui ne s’arrête jamais, négligées par les différents présidents qui se sont succédé à la tête de l’Etat après le Président Senghor, les unités de trituration de la SONACOS sont tombées en désuétude progressivement. Leurs équipement ont été démantelés sans raison crédible ou sont tout simplement obsolètes. Non seulement leur capacité de trituration est devenue quasi nulle mais le caractère dépassé des équipements industriels met actuellement en danger les travailleurs opérant dans les halls d’extraction par pression et par solvant. Les usines de la SONACOS sont si délabrées que c’est une quantité ridicule de la récolte arachidière qui est triturée annuellement. La conséquence de tout cela est que l’huile d’arachide est devenue une denrée introuvable dans nos marchés et boutiques. Avec cette pénurie tolérée par l’Etat, les consommateurs se ruent sur les huiles importées qui sont inadaptées à notre cuisine ou même impropres à la consommation humaine. Une huile qui reste solide à la température ambiante au Sénégal n’est pas une denrée alimentaire mais un produit destiné à la savonnerie.
Le délabrement de la SONACOS est aussi lié au fait que cette grande entreprise est dirigée depuis des décennies par des non spécialistes de l’agroalimentaire. Les différends DG qui se sont succédé à la tête de la société ces dernières années, malgré leur bonne volonté, n’étaient pas outillés pour diriger une agro-industrie de la taille de la SONACOS. C’est un banquier que l’on met toujours à la tête d’une banque. Certaines sociétés telle la SONACOS ne devraient être pilotées que par des spécialistes formés pour cette fonction. Mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut c’est faire de la qualité mais le contraire est de la non qualité qui est toujours payée par quelqu’un. Les producteurs d’arachides ont payé trop cher suite à la nomination de non spécialistes à la tête de la SONACOS.
Avec Macky II, l’espoir serait permis de croire que maintenant l’Etat va s’intéresser à la SONACOS et réhabiliter enfin ses 4 usines de trituration en y mettant l’investissement nécessaire.
Pour créer des emplois, l’Etat du Sénégal se trompe depuis les années 1980. Croire que financer des projets est la meilleure voie pour trouver du travail aux jeunes est une grossière erreur. Le bilan des financements de projets pour l’emploi des jeunes, de la SONABANQUE à la FNPJ, montre à suffisance que ce choix n’est pas le meilleur. Ainsi des milliards de Francs CFA ont été perdus ou vont l’être et pourtant le chômage des jeunes et moins jeunes demeure la demande sociale la plus pressante et la plus dangereuse. Le financement de projets pour créer des entreprises et donc des emplois doit être sélectif. Seuls ceux qui ont la fibre d’entrepreneur devraient bénéficier de ces financements de l’Etat. N’est pas entrepreneur tout demandeur d’emploi et l’Etat du Sénégal semble ignorer cette vérité pourtant si évidente. Depuis 1980 le financement des projets pour créer des emplois n’a jamais était évalué. Macky II devrait rompre avec cette habitude qui est aussi constatée avec l’agriculture, l’élevage et l’éducation, secteurs qui reçoivent des milliards de Francs CFA mais jamais évalués.
Dans tous les pays, la meilleure activité économique qui crée le plus d’emplois est l’industrie. Pourquoi alors nos gouvernants ne le savent-ils pas, pourquoi l’industrialisation n’est-elle pas une priorité dans un pays comme le Sénégal. Pourquoi notre Etat a-t-il laissé mourir la SONACOS et d’autres industries ? Pourquoi l’Etat du Sénégal néglige-t-il la CSS, une grande industrie ignorée par nos différents Ministres de l’Agriculture depuis des années ? Osons espérer que le nouveau Ministre de l’agriculture visitera la CSS et ses champs de canne à sucre à perte de vue
Le Président Macky Sall a dit avec force que son dernier mandat sera celui de l’industrialisation du Sénégal. Si cette promesse tant attendue est mise en application, des centaines de milliers d’emplois pérennes et décents seront créés chaque année. Cette promesse du Président semble être une volonté politique qui pourrait s’attaquer véritablement et frontalement au problème préoccupant du chômage des jeunes.
L’industrialisation se fera avec succès si l’Etat, en partenariat avec le secteur privé, engage des ressources humaines compétentes et mobilise des moyens financiers substantiels. En mettant l’homme qu’il faut à la place qu’il faut tout en dégageant les moyens nécessaires, des unités industrielles vont pousser comme des champignons à travers le Sénégal. Nos produits agricoles ne seront plus exportés à l’état brut comme c’est le cas actuellement. Ils seront transformés sur place et cela permettra à des milliers de jeunes et de moins jeunes de trouver des emplois rémunérateurs. Les produits agroalimentaires non consommés localement seraient exportés avec des retombées non négligeables sur notre balance commerciale très déficitaire. L’industrialisation se fera avec le secteur privé et les chercheurs ou ne se fera pas. Un cadre triangulaire de concertation et de collaboration regroupant l’Etat, le privé et les chercheurs devra être mis en place pour définir enfin une réelle politique industrielle nationale. Les universités et les instituts de recherche tels que l’ISRA et l’ITA regorgent d’expertise non encore utilisés dans les politiques publiques de développement économique et c’est un gâchis que l’Etat ne devrait plus se permettre.
L’industrialisation du Sénégal doit commencer par la réhabilitation des industries moribondes et toujours ignorées par l’Etat et mal gérées depuis des décennies. Les 4 usines de la SONACOS doivent être redressées et dotées d’équipements aux normes en vigueur pour qu’elles retrouvent et même augmentent leur capacité de trituration. La réhabilitation des usines de la SONACOS permettraient, avec les autres huileries, de triturer la totalité de la production arachidière du pays. On mettrait un terme à l’exportation de l’arachide brute, un mauvais choix économique. La rénovation des usines de la SONACOS permettrait en conséquence de mettre sur le marché de l’huile d’arachide raffinée avec des prix compétitifs. Actuellement le marché national est inondé d’huiles de mauvaise qualité ou même impropre à la consommation humaine. Les consommateurs et l’Etat doivent savoir que la meilleure huile de friture est l’huile d’arachide qui ne se désintègre pas à haute température. La cuisine sénégalaise se faisant toujours à haute température, ne devrait utiliser que l’huile d’arachide. Les autres huiles qui bénéficient de publicité tapageuse et souvent mensongère devraient être réservées à la marinade et autres. A haute température, ces huiles importées se décomposent et peuvent produire des composés toxiques pour ne pas dire plus. La réhabilitation des usines de la SONACOS permettrait également de diminuer le tonnage d’huile SEGAL (huile d’arachide non raffinée) mise en vente dans tout le pays. Cette huile brute est impropre à la consommation humaine et animale car elle est fortement contaminée en aflatoxines, un composé toxique et cancérigène.
Depuis quelques années l’Etat injecte des milliards de Francs CFA dans le secteur agricole. En conséquence de ces investissements colossaux, les productions agricoles augmentent d’année en année : arachide, riz, pomme de terre, oignon, tomate, fonio etc. Dans son ambitieux plan de développement de l’agriculture, l’Etat oublie que l’augmentation de la production agricole sans politique concomitante de transformation industrielle est sans intérêt. L’agroalimentaire est dans tous les pays la locomotive de l’agriculture. Il est utile de rappeler que l’agroalimentaire rapporte à la France plus que l’industrie automobile. Le Sénégal a tout à gagner en investissement dans l’agro-industrie et en soutenant toutes les initiatives dans ce sens. Un Ministère dédié à cette industrie est opportun et le Président Wade avait raison de créer un ministère en charge de la transformation des produits agricoles. Il n’avait pas été compris, il était en avance sur les autres hommes politiques surtout de son camp.
Avec la nomination de Monsieur Modou Diagne Fada à la tête de la SONACOS, les travailleurs huiliers s’impatientent de prendre connaissance de sa vision pour redresser cette grande société moribonde mais qui tout de même permet à des millions d’arachicultures de vivre. Les producteurs sont fatigués et de plus en pauvres. L’espoir des paysans du bassin arachidier repose désormais sur les épaules de M Diagne Fada même si l’homme n’est pas un spécialiste de l’agro-industrie. Toutefois, son passage à 3 ministères pourrait être un atout pour lui. Pour réussir sa mission à la tête de la SONACOS, Monsieur Diagne devra porter une casquette de capitaine d’industries et non celle d’un chef de parti. Il devra parler peu et travailler beaucoup surtout qu’il est dans un domaine où il est incompétent. Monsieur Diagne devra également écouter le personnel de cette entreprise et élaborer avec lui une nouvelle politique de redressement de cette grande agro-industrie. Le grand Syndicat des huiliers a déjà interpelé le nouveau Directeur Général

PID

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