Le Crépuscule de Westphalie : Face au duopole de la terreur Trump/ Netanyahou

Xalima
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Xalima
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Thierno Guèye, Ph.D. Philosophie / MA Science Politique

Ancien Professeur de philosophie au Canada

Enseignant-chercheur et Formateur à l’UCAD

Aucun être humain, qu’il préside la première puissance mondiale ou toute autre nation, ne devrait jouir du pouvoir discrétionnaire de décider seul du droit de vie et de mort sur ses concitoyens, et encore moins sur ceux d’une nation tierce. Ce privilège archaïque, que l’on croyait réservé aux tyrans d’un autre âge, resurgit pourtant avec une brutalité inouïe sous les yeux d’un monde médusé.

Au regard de l’escalade tragique qui embrase le Moyen-Orient depuis février 2026 et qui menace les économies du monde entier, nous assistons à une régression civilisationnelle majeure. Le tandem Trump-Netanyahou semble s’être octroyé une souveraineté absolue, défiant les limites de l’éthique et du droit international au nom d’intérêts personnels et d’egos surdimensionnés. Les politologues ont eu la naïveté de croire que les principes nés en 1648, au sortir des décombres de la guerre de Trente Ans, constituaient l’armure inamovible de la civilisation moderne.

 L’effondrement des piliers de 1648

Le Traité de Westphalie n’était pas qu’un simple accord de paix ; il était l’acte de naissance de la raison des États face à la déraison des passions. Aujourd’hui, ce socle vieux de quatre siècles s’effondre sous nos yeux, emportant avec lui trois principes fondamentaux :

 1. La Souveraineté Territoriale : Westphalie a consacré l’État comme autorité suprême sur son territoire, mettant fin à l’ingérence permanente. C’est ce principe, base de la Charte de l’ONU, qui vole aujourd’hui en éclats sous les bottes d’une hégémonie qui ne reconnaît plus aucune frontière, ni physique ni légale.

 2. La Sécularisation du Politique : En séparant les intérêts diplomatiques des dogmes religieux, le traité a permis l’émergence d’une gouvernance rationnelle. Or, l’alliance actuelle réintroduit une dimension messianique et binaire dans la gestion des conflits, où la décision géopolitique frôle le fanatisme.

 3. L’Équilibre des Puissances (*Justum Potentiarum Aequilibrium*) :Cet idéal visait à empêcher qu’une seule nation ne puisse dicter sa loi à toutes les autres. En défiant ouvertement la communauté internationale, ce couple politique piétine quatre siècles d’évolution diplomatique pour nous ramener à une ère pré-westphalienne : celle où la force brute fait office de droit.

 La complicité par le silence

Une question s’impose alors à la conscience universelle : comment plus de 190 États peuvent-ils vivre sous le diktat d’un État et d’un mini-État qui ignorent les ssupplications du monde depuis plus d’un demi-siècle ?

Si deux individus peuvent placer l’humanité au bord du gouffre, c’est que le reste du monde s’est muré dans une forme de passivité coupable. Notre lâcheté collective rend possibles les dérives de n’importe quel dirigeant porté au pouvoir par la force ou par des peuples souvent aveuglés par la haine ou la détresse.

 Vers un nouvel ordre nucléaire

Le monde doit s’éveiller et réagir en imposant un nouvel ordre nucléaire mondial. Si la dénucléarisation totale des armées reste un idéal hors de portée, il est impératif de transformer la dissuasion en une loi d’airain collective. Ce nouvel ordre exigerait que toute nation disposant du feu atomique s’engage à utiliser sa puissance destructrice contre le *premier* pays qui oserait s’en servir contre un autre, quel qu’il soit et quelle que soit sa cause.

Rééquilibrer la terreur par une responsabilité partagée est peut-être l’ultime issue face à l’impunité. Le droit de donner la mort ne peut être le privilège d’un homme ou d’un ego ; il doit être définitivement arraché aux mains des individus pour être remis à la seule justice du Droit international. Si nous ne restaurons pas cet équilibre, nous condamnons la raison à s’éteindre sous le feu d’un arbitraire sans limite et nous mettons en péril, non pas seulement l’humanité, mais la vie sur notre belle planète.

Thierno Guèye a été professeur au Canada et est enseignant-chercheur/Formateur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ses travaux portent sur la philosophie des nanotechnologies, la philosophie des sciences et les enjeux éthiques et politiques.

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